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Épître aux Éphésiens, chapitre II - verset 4 à 10

Homélie de saint Jean Chrysostome


saint Jean Chrysostomesaint Jean Chrysostome commente ici un passage de l'Épître aux Éphésiens, Chapitre IV versets 4 à 10 Dans cette partie de l'homélie numéro IV saint Jean Chrysostome explique "C'est par grâce que vous êtes sauvés"

"C'est par grâce que vous êtes sauvés"

Verset 4 : "Dieu, qui est riche en miséricorde". Il ne dit pas seulement : "miséricordieux" mais : "riche en miséricorde". Comme il dit ailleurs : "Dans l'abondance de votre miséricorde", et encore : "Ayez pitié de moi selon votre grande miséricorde (1)". — "Par le grand amour dont il nous a aimés"(2) . Il montre l'origine de cet amour. Car ce n'est pas l'amour que nous méritions, mais la colère et le dernier châtiment... C'est donc l'effet d'une miséricorde infinie.

Verset 5 : "nous qui étions morts par nos offenses, nous a rendus à la vie avec le Christ."
Encore la médiation du Christ, et la chose est digne de foi. En effet, si nos prémices vivent, nous vivons aussi : il a vivifié et lui et nous.
Voyez-vous que tout cela est dit de Jésus-Christ comme homme ? Voyez-vous la grandeur suréminente de sa vertu en nous qui croyons ? Les morts, les fils de colère, il les a vivifiés. Voyez-vous l'espérance à laquelle nous sommes appelés ?

Verset 6 : "il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ".
Voyez-vous la gloire de l'héritage ? Oui, dira-t-on : "Il nous a ressuscités" c'est clair ; mais ceci : : "il nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ".
Comment l'établir ? Comme : "il nous a ressuscités". Car personne n'est encore ressuscité, sinon que par la résurrection du chef, nous aussi sommes ressuscités : ainsi que Jacob ayant adoré, sa femme par là même aussi adora Joseph. C'est de la même manière que nous sommes assis : car le corps est assis lorsque la tête est assise. Voilà pourquoi Paul ajoute : en Jésus-Christ. Ou si ce n'est pas cela, s'il nous a ressuscités par le baptême, comment donc nous a-t-il fait asseoir ? C'est que "si nous partageons les souffrances du Christ, nous partagerons aussi sa royauté (3)". Si nous mourons, nous partagerons la vie. Il est vraiment besoin de l'Esprit et de la révélation pour sonder la profondeur de ces mystères.
Ensuite pour vous convaincre, il ajoute :

Verset 7 : "afin de montrer dans les siècles à venir l'infinie richesse de sa grâce par sa bonté envers nous en Jésus-Christ."
Car après avoir dit ce qui concerne le Christ, comme on pouvait demander : En quoi cela nous concerne-t-il, que le Christ soit ressuscité ? il montre que cela nous concerne, en effet, puisque le Christ est uni à nous : outre qu'il fait voir ce qui nous touche en particulier, lorsqu'il dit : "nous qui étions morts par nos offenses,... il nous a ressuscités ensemble, et nous a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, en Jésus-Christ". Ainsi donc, comme je le disais, ne conservez plus de doute, puisque vous avez pour preuves et les choses précédentes, et le chef, et la volonté que Dieu a eue de faire éclater sa bonté. En effet, comment la montrera-t-il, si cela ne se réalise pas ? Et il fera voir dans les âges futurs, quoi ? que c'étaient de grands biens, et les plus sûrs de tous. Car maintenant les incrédules considèrent ce qu'on leur en dit comme des sottises : mais alors tous seront instruits.
Voulez-vous savoir encore comment il nous a fait asseoir avec lui ?
Écoutez le Christ qui dit à ses disciples : "vous serez assis sur douze trônes, jugeant les douze tribus d'Israël" ; et encore : "mais d'être assis à ma droite et à ma gauche, il ne m'appartient pas de vous l'accorder à vous, mais à ceux à qui mon Père l'a préparé(4) ". C'est donc préparé. Et Paul dit bien : "Par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus". En effet, être assis à droite , est le signe d'une dignité qui surpasse toutes les autres, et au-dessus de laquelle il n'y a rien. Il dit donc que nous serons assis nous-mêmes. C'est vraiment une richesse suréminente, une suréminente grandeur de vertu, que de nous faire asseoir avec le Christ. Quand vous auriez des milliers de vies, ne les sacrifieriez-vous pas pour cela ? S'il fallait entrer dans le feu, ne devriez-vous pas y courir ?
Jésus lui-même dit encore : "Je veux, partout où je serai, que mes serviteurs y soient également"(5) . Quand on devrait se frapper la poitrine chaque jour pour obtenir un pareil bonheur, ne faudrait-il, pas se hâter d'accepter ? Songez où il nous a fait asseoir : "Au-dessus de toute principauté et de toute puissance". Et à côté de qui ? À côté du Maître. Qui es-tu donc ? Un mort, de sa nature enfant de colère. Et pour quelle bonne œuvre ? Aucune. En vérité, voici bien le moment de s'écrier : "O profondeur des trésors de la sagesse et de la science de Dieu !"(6)

Verset 8 : "Car c'est la grâce qui vous a sauvés". De peur que la grandeur des bienfaits ne vous enfle le cœur, voyez comme il vous rabaisse : "c'est la grâce qui vous a sauvés par la foi". Ensuite, de peur de porter atteinte au libre arbitre, il fait mention de ce qui nous appartient. Mais aussitôt il revient sur ses pas et dit : "et cela ne vient pas de vous". Pas même la foi ne vient de nous : car si Dieu n'était pas venu, s'il ne nous avait pas appelés, comment aurions-nous pu croire ? "Comment croiront-ils, s'ils n'entendent pas ?(7) " De sorte que notre foi même ne vient pas de nous.
"C'est le don de Dieu"...

Verset 9 : "ce n'est pas par les œuvres". Est-ce que la foi suffirait pour sauver ? — Afin de ne sauver ni les vaniteux, ni les nonchalants, Dieu a requis une foi agissante. Il dit que la foi sauve, mais par Dieu ; car si la foi a sauvé, c'est que Dieu a voulu. En effet, comment, dites-moi, la foi sauverait-elle sans les œuvres ? Cela même est un don de Dieu,
"afin que personne ne se glorifie", afin de nous inspirer de la reconnaissance au sujet de la grâce. Quoi donc ! dira-t-on, est-ce que Dieu a prohibé la justification par les œuvres ? Nullement : mais Paul dit : "personne n'a été justifié par ses œuvres", afin de montrer la grâce et la bonté de Dieu. Dieu n'a pas repoussé ceux qui ont les œuvres ; mais il a sauvé par la grâce ceux qui étaient abandonnés des œuvres, afin que personne ne pût plus se glorifier.
Ensuite, de peur qu'en entendant dire que tout est l'effet de la foi et non des œuvres, vous ne vous abandonniez à là nonchalance, voyez ce qu'il ajoute :

Verset 10 : "Car nous sommes son ouvrage, ayant été créés en Jésus Christ en vue des œuvres bonnes, que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions."
Entendez bien ces paroles : il fait allusion ici à la régénération. En réalité, c'est une création nouvelle qui nous a fait passer du néant à l'être. Nous sommes morts à ce que nous étions autrefois, je veux dire au vieil homme : ce que nous n'étions pas, nous le sommes devenus. C'est donc une création, et une création plus prédense que l'autre : car à la première, nous devons de vivre ; à la seconde, de bien vivre : "en vue des œuvres bonnes, que Dieu a préparées d'avance, afin que nous les pratiquions."
Non afin que nous commencions, mais afin que nous y marchions : car nous avons besoin d'une vertu constante et soutenue jusqu'à notre fin. S'il nous fallait suivre une route conduisant à une capitale, et si, après avoir fait la plus grande partie du chemin, nous nous arrêtions lassés, au moment de toucher au but, il ne nous servirait de rien de nous être mis en marche : de même l'espérance à laquelle nous sommes appelés resterait inutile à ceux qui la possèdent, si nous ne marchions pas comme l'exige la dignité de celui qui nous a appelés.

Ainsi donc, appelés pour les bonnes œuvres, remplissons notre tâche avec persévérance. Car si nous avons été appelés , ce n'est pas pour en faire une, mais pour les faire toutes. De même qu'il y a en nous cinq sens, et que nous devons les employer tous à propos, nous devons agir de même à l'égard des vertus. Être chaste et sans charité, être charitable et injuste, s'abstenir du bien d'autrui, mais ne pas faire l'aumône avec le sien, tout cela est inutile. Il ne suffit pas d'une seule vertu pour nous faire comparaître avec confiance au tribunal du Christ : il en faut beaucoup et de toute espèce, il nous les faut toutes. Écoutez le Christ disant à ses disciples : "Allez et instruisez toutes les nations ; enseignez-leur à garder tous mes commandements"  ; et encore : "celui qui violera l'un de ces moindres commandements, sera appelé très petit dans le royaume des cieux " ; c'est-à-dire, à la résurrection : car cet homme-là n'entrera. pas dans le royaume l'Évangile appelle souvent royaume le temps même de la résurrection : "celui qui en violera un sera appelé très petit"... Nous sommes donc tenus de les observer tous.

Ce texte est extrait de la série des commentaires de saint Jean Chrysostome sur l'épître de saint Paul aux Éphésiens chapitre II - 4e Homélie.

Notes

(1) Psaume 69(68), verset 17

(2) Psaume 51(50), verset 3

(3) Deuxième Épître à Timothée chapitre II, verset  12

(4) Évangile selon saint Mathieu chapitre XIX, verset 28 et chapitre XX, verset 23

(5) Évangile selon saint Jean, chapitre XII, verset 26

(6) Épître aux Romains chapitre XI, verset 33

(7) Épître aux Romains chapitre X, verset 14

(8) Évangile selon saint Mathieu chapitre XXVIII, verset 19

(9) Évangile selon saint Mathieu chapitre V, verset 19.