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Pâques : Par la Croix, la Joie !

Les deux plus importantes antinomies ou paradoxes de la foi chrétienne sont d'une part l'Incarnation du Fils de Dieu, et de l'autre Sa Résurrection des morts. Celles-ci trouvent leur accomplissement dans la célébration de Pâques : Le Passage de Notre Seigneur de la mort à la vie.

Un hymne résurrectionnel, chanté lors de chaque célébration eucharistique, nous fait rappeler que chaque célébration eucharistique commémore et réalise, pour nous, la victoire du Christ sur la mort. Le thème de cet hymne se base sur l'affirmation paradoxale que, « par la Croix, la joie s'est répandue dans le monde entier  ! »

Cette affirmation parle avec simplicité et avec éloquence de la préoccupation primordiale de notre génération  : la crainte face à la mort. Toute notre culture, semble-t-il, de la confusion des conforts de la créature à l'incitation de nous cloner, a été formée - déformée - par le désir résolu de nier, si ce n'est d'échapper à, la réalité de la mort. Pour la plupart des gens, la mort signifie l'ultime annihilation de tout leur accomplissement, de leur propre image soigneusement cultivée, de toute leur existence. Une voix chuchote dans leur oreille, « Tu es poussière et tu retourneras à la poussière. »

Déjà la promesse de Pâques, et de son miracle, c'est la promesse de la vie au-delà de la mort. Par la Croix du Christ, par la vertu de Sa mort et de Sa Résurrection, notre vie est devenue un pèlerinage spirituel, qui nous mène au-delà de la crise de la mort physique, à la vie sans fin. Ce pèlerinage est déterminé, pour nous, par les étapes du Grand Carême, avec ses pratiques ascétiques et la prière intensifiée. Ici, dans cette vie, nous nous engageons dans une lutte spirituelle, afin qu'un jour nous puissions jouir de la paix éternelle dans le Royaume de Dieu. Ici nous demeurons en exil, mais en sachant que nous sommes créés et invités à participer pour toujours à la propre vie divine de Dieu.

Le vrai message de Pâques est exprimé, le plus éloquemment, dans l'icône de la Descente du Christ aux enfers ou au Schéol, dans la demeure des personnes décédées. Dans les traditions occidentales, la Résurrection de Notre Seigneur est dépeinte comme un soulèvement victorieux au tombeau. Dans l'Orthodoxie, la Résurrection est proclamée par l'image du Christ glorifié, descendant dans les abîmes. « Dans la tombe avec le corps, en enfer avec l'âme comme Dieu... »

Sans perdre sa nature divine, le Fils éternel de Dieu assuma toutes les conditions humaines. Dans un acte de totale abnégation, dans une parfaite obéissance à la volonté du Père, il accepta la « kénose », ce mouvement nous menant du sein de la Vierge à l'humiliante agonie de la Croix.

Cependant même sur la Croix Sa descente n'est pas complète. Le cri tourmenté, « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi...? » n'est pas un mot final, et le fait de rendre Son âme n'est pas non plus l'acte final de la « kénose. » Il doit encore descendre dans les fins fonds des abîmes, le royaume de la mort, afin de détruire les liens de la mort. Lui, le Second Adam et Homme parfait, il doit étendre sa main pour toucher, renouveler et relever dans Sa gloire le Premier Adam, l'humanité tombée de la vie, qui demeure dans le pays des ombres.
Cette descente, cette pénétration finale et ultime dans le royaume de la mort, est accomplie une fois pour toute. Elle libère les patriarches, les prophètes et les rois. Mais en même temps, elle nous libère, nous affranchissant des conséquences de la mort. La main, qui s'étend pour saisir les mains d'Adam et d'Eve, s'étend aussi pour étreindre leurs descendants : chaque Adam est celui qui répond à Son geste, avec désir et avec foi.

Nous sommes, comme Adam représenté sur l'icône pascale, limités, nous sommes tenus captifs par la puissance du péché, de la mort et de la corruption. Nous aussi, nous sommes et nous nous sommes jetés nous-mêmes dans un enfer de notre propre confection, loin de la présence du Donateur de Vie. Cependant Il vient à nous comme vers des brebis perdues, descendant, dans son amour compatissant, afin de nous chercher dans l'obscurité et de nous relever avec Lui. Comme nous pouvons le voir dans le livre de Francis Thompson « Hound of Heaven » (le Chien du Paradis), Il nous poursuit « à travers les nuits et à travers les jours... à travers les arcs des années, » pour qu'à la fin, Il puisse nous appeler, « Ressuscite, serre ma main, et viens ! » Même si nous façonnons notre lit en enfer (Ps.138/139) ! Il est là-bas, toujours présent, toujours en train de tendre sa main pour nous monter avec Lui dans la gloire la vie ressuscitée.

Ceci, les Ecritures l'attestent très clairement. Cependant, cette vie, cette participation à la Résurrection de Notre Seigneur, n'est pas simplement un futur espoir. C'est vraiment déjà, de façon prophétique, une réalité présente. Ensemble avec toute la création, nous chantons avec ardeur, en attendant la révélation des enfants de Dieu. « Ici en vérité, » St Paul nous rappelle que, « nous gémissons et nous désirons façonner notre demeure céleste. » Notre vraie maison, l'épanouissement de notre existence créée, se trouve dans les cieux, au-delà de l'inadmissible mort physique. La vraie signification de notre vie ne peut trouver de sens que dans la transformation de ce corps de chair en un corps d'esprit, à travers la pleine et parfaite restauration en nous de l'image de Dieu.

Cependant cette transformation commence dans le ici et le maintenant, dans le moment présent de notre vie terrestre, puisque la victoire du Christ est une victoire sur le temps, ainsi que sur le péché et la mort. Résidant dans cette tente terrestre, luttant avec les puissances des ténèbres dans les événements habituels et tragiques de la vie quotidienne, nous pouvons néanmoins marcher ici, aujourd'hui, dans la lumière éternelle de Sa gloire. En tendant notre main vers Lui, souvent lors d'une angoisse vécue seul, nous avons ressenti que vraiment Il essuie chaque larme. Et cette expérience nous permet, même si nous nous trouvons face à la mort - notre propre mort ou celle d'un être cher - de vivre avec un profond sentiment d'espoir. Par la Croix du Christ il n'y a plus ni mort, ni deuil, ni peine, ni angoisse, ni douleur. « Regardez, » déclare la voix venant du trône céleste, « les choses d'autrefois ont disparu ; tout a été restauré » (Apocalypse 21).

Pour ceux qui font le pèlerinage du Carême, à travers l'obscurité de la nuit et sur la voie de la radiante luminosité de l'aube pascale, ceux-ci passent par le Chemin de la Croix pour arriver à la splendeur de la vie ressuscitée. Pour eux, la peur du futur - l'angoisse face à la mort - est transfigurée en joie, puisqu'ils savent ce que chacun de nous, au plus profond de notre âme, désire savoir : qu'en endurant la Croix pour nous, le Christ a vraiment détruit la mort par la mort.

Father John Breck

God With Us, Critical issues in Christian Life and Faith,
St Vladimir's Seminary Press Crestwood, New York 2003.
Chapter 19 : Pascha : Through The Cross, Joy !
(Traduction : Alexandre Sadkowski)

Bulletin de la Crypte N° 322 avril 2004