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Éditorial de décembre 2005

Notre pays vient de vivre deux semaines d’émeutes, de sauvagerie, de déchaînement de la haine. Une rage suicidaire qui se manifeste dans la destruction de tout ce qui peut exprimer le vivre ensemble. Ces jeunes, des enfants parfois, n’ont pas hésité à détruire leur propre quartier, les écoles de leurs petits frères, leurs commerces, les transports en commun, mais aussi les biens de leurs voisins.

Rage suicidaire car pour eux il n’y a plus d’avenir, plus de confiance. Les dégâts ne concernent pas que les voitures et les centres commerciaux, ils sont avant tout dans les têtes et les cœurs.

Nous avons déjà entendu toutes les analyses possibles et imaginables sur les causes (ghettoïsation, chômage, exclusion, pauvreté, …) et les solutions (restaurer l’ordre, emploi, subventions, …). « Vanité des objurgations, des incantations et des mouvements de mentons. Vanité même de ces analyses de « spécialistes ». Spécialistes de quoi ? Les meilleurs spécialistes des quartiers difficiles ne sont ils pas d’abord les gens qui y vivent ou tentent d’y survivre. … Il ne faudrait parler qu’avec un grand respect de ce que l’on ignore et refuser les automatismes de l’indignation ou de la peur » comme l’écrit Bruno Frappat dans le journal La Croix du 7 novembre dernier.

Avant d’écrire cet éditorial, je me suis interrogé sur l’opportunité d’aborder dans notre bulletin paroissial ce « drame des banlieues ». Est-ce bien le lieu de s’exprimer sur un tel sujet qui, plus est, a déjà été largement médiatisé ?

Et puis, je me suis souvenu de ces lignes de Monseigneur Georges Khodr : « Un moment arrivera où nous ne pourrons comprendre la parole de Dieu que si nous prêtons attention aux cris des opprimés et de tous ceux qui souffrent. Nous devons nous laisser prendre à bras-le-corps par ces cris, pour toucher du doigt l’immensité du mensonge et de l’hypocrisie dans lesquels nous vivons. »

Nous avions déjà la « France d’en haut » et la « France d’en bas ». Nous avons maintenant la « France des bas-côtés ». Ceux qui sont restés sur le bord de la route, comme cet homme qui a été secouru par le bon samaritain.

Nous ne pouvons pas ne pas entendre et rester indifférents à ces cris de détresse. L’Église ne peut être réduite à un club et vivre en vase clos. Notre liturgie ne peut pas être étrangère aux angoisses de ce monde. C’est par l’Église et par l’eucharistie que nous participons avec le Fils, portés par l’Esprit, au plan de Dieu pour le monde. Tout en déposant les soucis de ce monde, nous sommes appelés à l’assumer, à l’aimer comme le Seigneur l’a aimé, à nous offrir à lui comme le Seigneur s’est offert à lui.

Les personnes vivant dans les cités, nous en croisons plus souvent que nous ne le croyons. Il ne s’agit pas de culpabiliser, encore moins d’avoir peur. Il s’agit d’être vivant. Être frère avec celui qui nous ressemble est facile, avec celui qui est différent demande de nous dépasser. Si chacun, avec nos forces, nous nous mettons au service de la Vérité, si nous apprenons à regarder celui qui est différent avec respect, alors nous pourrons beaucoup. Bien plus que nous ne le soupçonnons.

Nombre de nos paroissiens sont déjà présents dans des associations, chrétiennes ou non, de proximité, d’alphabétisation, d’insertion, d’aide aux réfugiés ou encore ont des démarches plus personnelles. Il faut persévérer plus que jamais. Par leur présence, les chrétiens n’apportent peut-être pas de solutions politique ou économique aux détresses du monde. Mais il n’y a pas de fatalisme. Là où le Seigneur nous a placés, quels que soient nos moyens ou notre position dans la société, nous devons œuvrer en son nom pour la vérité et la justice. Nous pourrons ainsi apporter, peut-être imperceptiblement, un sens au politique et à l’économique. Nous pourrons alors faire comprendre la Parole de Dieu au monde parce que nous aurons prêté attention aux cris des opprimés et de tous ceux qui souffrent.

Nous nous préparons à vivre la joie de la Nativité. Au cœur de la plus longue nuit, perdue dans des ténèbres qui semblent sans limites, l’humanité voit poindre la lumière. La lumière de ce Dieu petit enfant, tellement déroutant pour notre monde. Il ne s’impose pas. Il est tendresse. Il appelle chacun de nous à une existence personnelle unique et responsable en toute liberté.

C’est ainsi que nous aussi sommes exhortés, en retour, à offrir sans nous imposer mais avec exigence, à celui qui est sur le bord de la route, la possibilité de s’émerveiller devant cet enfant qui vient, la possibilité de cette existence personnelle unique et responsable.

En ce petit enfant, Dieu est venu sur terre pour que l’homme puisse monter au ciel. Quel bouleversement ! Ne passons pas à côté.

Père Alexis

Bulletin de la Crypte N° 338 décembre 2005

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