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Éditorial

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Il y a 50 ans… Histoire d’une rencontre.

En janvier 1964, à l’image des apôtres Pierre et André, le Pape Paul VI et le Patriarche de Constantinople Athénagoras ont mis leurs pas dans ceux du Christ. Pasteurs de leurs troupeaux respectifs, souffrants d’une fracture vieille de plusieurs siècles, ils ont mis  leur foi commune et leur énergie au service d’une même cause, celle de l’Unité de l’Église du Christ, telle qu’Il l’a voulue à la veille de sa Passion : « Que tous soient UN ».
Afin de réconcilier les deux sœurs séparées par le poids des divergences
théologiques et des contextes politiques, ces deux grandes figures ont franchi bien des barrières et rompu bien des silences.
Il fallait ne plus se tourner le dos mais oser enfin se regarder en face pour créer des relations et restaurer le dialogue.
Et c’est ainsi que le successeur de Pierre  fit une partie du chemin tandis que le successeur d’André fit l’autre.
Leurs pas fusionnèrent à Jérusalem, ville trois fois sainte qui porte en son nom le vocable de la Paix.
Les deux archi-pasteurs, chargés de conforter leurs frères dans la foi, échangèrent alors un baiser de paix « in nomine Domini » : moment fort, chargé de sens et porteur d’espérance pour tous les chrétiens.
Du côté orthodoxe, Athenagoras fût un pionnier en matière d’œcuménisme. En pleine crise de Chypre, alors que les orthodoxes grecs affrontaient le nationalisme turc, il s’attacha d’abord à faire entrer la quasi totalité des églises orthodoxes dans le Conseil œcuménique. Puis, avec patience et humilité, il mit en œuvre le rapprochement avec le catholicisme dont la rencontre avec Paul VI fut le point d’orgue symbolique.
Bien sûr le choix de Jérusalem ne fut pas anodin.
Cette rencontre fut le début d’une vraie libération : les anathèmes de 1054 furent levés, pour laisser place à un dialogue fraternel ; à un dialogue dans l’Amour et dans la vérité.
Tout ceci, l’histoire l’a retenu.
Mais connaît-on ce qui avait précédé ?
Ce serait ignorer un petit tour de l’Esprit-Saint : les tout premiers mots
échangés entre le pape et le Patriarche de manière officieuse, que les appareils de la télévision italienne ont enregistrés… à l’insu des deux
hiérarques.

En voici la retranscription, que j’ai reçue en cadeau il y a plus de quinze ans d’une sœur Carmélite :
Le Pape : "Je vous dis toute ma joie, mon émotion. Vraiment, je pense que c’est un moment que nous vivons en présence de Dieu."
Le Patriarche : "En présence de Dieu. Je le répète, en présence de Dieu."
Le Pape : "Et je n’ai d’autre pensée que celle de parler avec Dieu tandis que je parle avec vous."
Le Patriarche : "Je suis profondément ému, Votre Sainteté. Les larmes me viennent aux yeux."
Le Pape :  "Et comme c’est un moment vraiment de Dieu, il faut qu’on le vive avec toute l’intensité, toute la rectitude et tout le désir."
Le Patriarche : "…de pousser en avant…"
Le Pape :  "…en avant les voies de Dieu. Est-ce que votre Sainteté a quelque apercu, quelque désir auquel je peux correspondre ?"
Le Patriarche : "Nous avons le même désir…"
Le Pape : Voilà, nous sommes deux voies qui peut-être vont se rencontrer."
Le Patriarche : "Nous avons le même désir. Dès que j’ai vu dans les journaux que vous aviez pris la décision de visiter ce pays, j’avais immédiatement pris l’idée d’exprimer le désir de vous rencontrer ici et, j’en étais sûr, que de Votre Sainteté j’aurais la réponse…"
Le Pape :  "…positive"
Le Patriarche : "…positive, puisque j’ai confiance en Votre Sainteté, je vous vois, je vous vois sans vous flatter, dans les Actes des Apôtres ; je vous vois dans les lettres de Saint Paul dont vous avez le nom ; je vous vois ici, oui, je vous vois dans…"
Le Pape : "Je vous parle en frère : sachez que j’ai la même confiance en vous. Je pense que la Providence vous a choisi pour pousser cette histoire."
Le Patriarche : "Je pense que la Providence vous a choisi pour ouvrir le chemin de son…"
Le Pape : "La Providence nous a choisis pour nous entendre."
Le Patriarche : "Les siècles vous attendaient. Les siècles, pour ce jour, ce grand jour… Quelle joie dans cette pièce, quelle joie dans le Sépulcre, quelle joie au Golgotha, quelle joie sur le chemin que vous avez suivi hier…"
Le Pape : "Je suis tellement rempli d’impressions qu’il faudra beaucoup de temps pour laisser calmer et interpréter toute cette richesse d’émotion que j’ai dans l’esprit.
Mais je veux profiter de ce moment pour vous dire la loyauté absolue avec laquelle je traiterai toujours avec vous."
Le Patriarche : "La même chose."

Père Élisée

Bulletin de la Crypte N° 420 janvier 2014