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Éditorial

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Ange de l'éditoQuelques réflexions sur le carême

Nous avons entamé notre cheminement dans le grand Carême. Nous savons que, quelles que soient les difficultés que nous pourrons rencontrer, ce cheminement nous mène à la Résurrection du Christ.

Il pose alors le questionnement fondamental de notre foi, que rappelle le père Cyrille Argenti : croyons-nous vraiment que le Christ est ressuscité ? Croyons-nous vraiment que nous sommes ressuscités avec le Christ ? Ainsi, ce grand Carême est entièrement lié à notre vie de foi et ne peut être vécu comme un moment isolé dans le cours de notre année, mais comme une période d'intensité particulière dans le cours de notre vie en Christ. Il se situe dans un cheminement global où notre vie est centrée sur le Royaume des Cieux, en sachant que Dieu nous donne tout le reste par surcroît (Mt 6,33). Ce cheminement a commencé avec notre baptême, et il nous pose quotidiennement ces questions : "Renonces-tu à Satan ? Te joins-tu au Christ ? As-tu renoncé à Satan ? T'es-tu joint au Christ ?".

Ces questions ne sont pas seulement du domaine du désir, du projet de vie, mais surtout de la constatation de la réalité vécue, c'est-à-dire du repentir, d'un repentir qui n'est pas une forme de remords stérile, mais "le sentiment d'être exilé de Dieu… le désir profond de retourner vers ce qu'on a quitté, de revenir, de retrouver le 'home' perdu", comme l'exprime le père Alexandre Schmemann, en sachant que, comme pour le fils prodigue, notre Père n'attend pas que nous ayons fait tout le chemin, mais vient à notre rencontre pour nous accueillir dans son Amour et sa miséricorde. (Lc 15,20). Dans la réalité de notre vie, ce retour au Père n'est pas un trajet direct, mais est émaillé de chutes et de relèvements : notre vie est souvent comme un cercle qui nous ramène aux mauvaises habitudes. Mais ce ne doit pas rester un cercle vicieux qui aboutit toujours au même point ; ce doit être une spirale, qui nous élève progressivement vers Dieu, qui nous fait progresser dans notre retour au Père, si nous gardons cette volonté de nous relever après chaque chute, conscients que ce n'est pas nous qui nous relevons, mais le Christ qui nous relève. C'est l'importance de la prière incessante : "Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur".

L'Église nous propose tout au cours de l'année des périodes de carême, des périodes de jeûne rythmant les moments importants ; elle nous propose des jours de jeûne durant la semaine. En cela, elle nous invite à manifester que, si nous vivons dans le monde, nous ne sommes pas du monde. Cela signifie que, tout en menant une vie de travail, une vie sociale, familiale normale, tout en rendant "à César ce qui est à César", notre vie n'est pas centrée sur des désirs terrestres et matériels, mais que nous voulons vivre la vie de l'Église, être membres du Corps du Christ ; qu'en tant que membres du Corps du Christ, notre vie n'est pas guidée par des événements finalement contingents, mais par ceux qui ont une importance réelle, vitale, car ce sont ceux qui jalonnent le chemin qui mène au Royaume des Cieux, car ils sont réellement la vie du Christ.

Ces périodes de jeûne sont importantes car elles nous aident à incorporer ces événements dans notre vie, dans l'unité corporelle et spirituelle de notre être, à les rendre présents, sans en faire un simple souvenir cyclique ; en un mot de renoncer à nous-mêmes, prendre notre croix et suivre le Christ (Mt 16,24). En ce sens, le grand carême est particulièrement important. Saint Paul affirme que "si nous avons été unis au Christ dans sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection" (Rm 6,5).

Au terme de ce carême, nous allons vivre avec le Christ son entrée à Jérusalem, ses souffrances, sa mort, sa résurrection. Cela ne peut pas être simplement l'expression d'un rituel, mais une réalité que nous vivons pleinement, existentiellement, et qui nécessite une progression, une ascèse, ce qui signifie non pas une mortification, notion totalement étrangère à l'orthodoxie, mais un "entraînement", ce qui en est le sens étymologique. On ne peut pas mener une vie mondaine et matérielle, et entrer ex abrupto dans la Semaine Sainte. Cette ascèse n'est pas uniquement celle du corps, en particulier avec le jeûne, la continence, mais aussi une orientation de notre être tout entier vers le Royaume de Dieu : une orientation de nos yeux, de nos oreilles, de notre langue, de nos pensées, dans l'attente de la résurrection du Christ et de notre résurrection en Lui, tout en gardant la conscience qu'en cela nous ne cherchons pas notre salut personnel, car nous sommes membres du même Corps et solidaires - comme le montre saint Paul en 1 Co 12,12-27 - mais que nous participons à l’œuvre de salut universel du Christ. C'est le sens de ce qu'écrit saint Paul (Col l,24) : "... je complète en ma chair ce qui manque aux épreuves du Christ pour son Corps, qui est l'Église". Il ne prétend pas que l'œuvre rédemptrice du Christ soit incomplète, rappelle le père Jean Breck, il indique simplement sa participation à cette œuvre rédemptrice, à laquelle le Christ Lui-même nous convie.

Le Christ est mort par Amour pour tous les hommes. Être unis à sa mort c'est aussi être unis dans son Amour, rester fidèles à son commandement : "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés". Ce n'est plus un amour quelconque, mais "comme Je vous ai aimés", un Amour en Christ, à l'image de la périchorèse d'Amour de la divine Trinité, comme le rappelle le père Alexandre Schmemann : "En aimant le Christ, nous aimons tous ceux qui sont en Lui ; et en aimant tous ceux qui sont en Lui, nous aimons le Christ." Et saint Paul affirme que, de la foi, l'espérance et l'amour, c'est l'amour qui est le plus grand. (1Co 13,13). L'Amour est indissociable du non-jugement. "... Oui, Seigneur et Roi, donne-moi de voir mes fautes et de ne pas juger mon frère, car Tu es béni dans les siècles des siècles. Amen", demande la prière de saint Ephrem. L'Amour est indissociable du pardon, de ce pardon que nous nous sommes demandé les uns aux autres avant d'entrer dans le grand carême, comme un désir profond et durable d'une vie dans l'Amour mutuel, pardon témoin d'un Amour qui "excuse tout, croit tout, espère tout, endure tout" (1Co 13,7).

Vivons donc ce carême comme l'ascension d'une montagne, avec les renoncements, les efforts, les difficultés ou même les souffrances qu'elle implique, les chutes et les relèvements, en gardant les yeux sur ce sommet désiré qui guide notre volonté de progresser, sans nous décourager lorsqu'il nous est par instants caché, conscients que notre force nous est donnée par l'Esprit Saint pour atteindre la joie profonde qui nous fera crier : "Le Christ est ressuscité! ".

Diacre Dominique Beaufils

Bulletin de la Crypte N° 431 février 2015