Chapitre XXVIII versets 16 à 20
Je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde
16 Les onze disciples s'en allèrent en Galilée, sur la montagne que Jésus leur avait désignée.
17 En le voyant, ils se prosternèrent; mais il y en eut qui doutèrent.
18 Et Jésus s'approchant leur parla ainsi : "Toute puissance m'a été donnée dans le ciel et sur la terre.
19 Allez donc, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit,
20 leur apprenant à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous pour toujours jusqu'à la fin du monde."
Commentaire patristique par saint Jean Chrysostome
Que leur dit donc Jésus-Christ, lorsqu’il les vit assemblés ?
Jésus s’approchant leur dit : "Toute puissance m’a été donnée dans le ciel et sur la terre". Il leur parle encore en quelque sorte humainement, parce qu’ils n’avaient pas reçu le Saint-Esprit qui devait élever leurs âmes : "Allez donc et instruisez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, et leur apprenant à "observer toutes les choses que je vous ai commandées".
Ce qu’il entend et des maximes de la foi et des règles de la morale. Il ne leur dit pas un seul mot des Juifs, et il ne leur parle point de tout ce que ce peuple venait de faire contre sa personne. Il ne reproche point non plus à saint Pierre son triple renoncement ; il ne se plaint point de la fuite et de l’abandon des autres.Il leur commande seulement d’aller dans le monde entier, et il leur donne en abrégé toute la doctrine qu’ils doivent prêcher, en baptisant les hommes, en leur disant : "Qu’ils leur apprennent à observer toutes les choses qu’il leur a commandées", et pour rassurer leurs esprits dans la frayeur que ces grands commandements leur pouvaient causer, il ajoute ces paroles : "Et voilà, je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles". Considérez encore ici, mes frères, la grandeur et la souveraine puissance du Fils de Dieu. Voyez aussi comment, en parlant à ses apôtres, il continue de condescendre à leur faiblesse. Il proteste qu’il sera lui-même toujours non seulement avec eux, mais encore avec tous ceux qui doivent croire un jour en lui.
Les apôtres ne devaient pas vivre jusqu'à la fin du monde, et c’est visiblement à tous les fidèles qu’il parle, qu’il regarde comme un seul corps. Ne m’objectez donc point, leur dit-il, la difficulté des choses que je vous ordonne, parce que je suis avec vous, et que je vous rendrai tout facile. C’est la parole et la promesse dont il rassurait aussi autrefois ses prophètes, et on voit qu’il dit à Jérémie, qui lui représentait son enfance, à Moïse et à Ezéchiel, qui hésitaient à suivre ses ordres : "Je vous assure que je suis avec vous".
Mais quelle différence voyons-nous ici entre les apôtres et les prophètes ? Les prophètes s’excusent, lorsqu’on ne les envoie prêcher qu’à un seul peuple, et les apôtres ne font point ces difficultés, lorsqu’on les envoie dans tout l’univers. Il leur parle, et il les fait à dessein souvenir de la fin du monde et "de la "consommation des siècles", afin de les attirer à lui, et de les empêcher de considérer seulement les maux qu’ils souffriraient sur la terre, mais de penser encore aux biens du ciel. Il semble qu’il leur dise par cette parole :
Les maux dont vous serez affligés se termineront dans cette vie, puisque le monde même verra sa fin ; mais les biens dont je vous ferai jouir ensuite seront éternels, comme je vous l’ai déjà souvent promis.
Ainsi, après les avoir fortifiés et rassurés par cette promesse, et leur avoir rappelé dans l’esprit ce dernier jour, il les quitte et il se retire dans le ciel. Ce jour est sans doute l’objet des vœux de tous les bons, comme il est le sujet de la crainte et de la terreur de tous les méchants, parce qu’ils y entendront l’arrêt éternel et irrévocable de leur condamnation. Mais ne nous contentons pas, mes frères, de regarder ce jour avec frayeur. Préparons-nous-y pendant que nous en avons le temps, en réglant toute notre vie, et en renonçant à tous nos désordres. Nous le pouvons si nous le voulons.
Car si tant de personnes l’ont fait avant la grâce du Sauveur et de l’Évangile, combien plus le peut-on faire après un si grand secours ?