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Saint Alexis de MoscouL'Invention des reliques de saint Alexis (†1378)
métropolite de Moscou

Homélie prononcée par saint Philarète à Moscou le 20 mai 1855

« Toute la multitude cherchait à Le toucher, parce qu’une vertu sortait de Lui et les guérissait tous. » (Lc 6,19)

Saint Philarete de MoscouQuel heureux temps ! Quels hommes heureux ! Le Fils incarné de Dieu vit au milieu des hommes, et toute la multitude peut s'approcher de Lui, et Le toucher, et puiser la vertu guérissant tous les maux qui sort de Lui !

Ne serait-on pas tenté de jalouser les contemporains de la vie terrestre de notre Seigneur Jésus Christ ? Ce serait un péché, parce que le sentiment de l'envie est opposé à l'amour du prochain. Et ce serait inutile, – parce que l'envie ne nous donne pas ce que nous envions, et ne fait que nous tourmenter. Mais cela n'est pas non plus nécessaire, parce que Dieu, infiniment sage et infiniment bon, ne nous a certainement pas placés dans une situation telle que nous puissions avec justice porter envie à d'autres hommes et à d'autres temps, comme si la Providence nous avait fait une injustice.

Quoi donc ? Sort-il encore aujourd'hui une vertu de notre Seigneur Jésus Christ, pour nous guérir tous ? – Cela est, sans aucun doute. Mais pourquoi n’en voyons-nous pas toujours l'effet quand nous le désirons ? – Si ce n’est pas parce que sa vertu s'est cachée ou s’est éloignée, c’est assurément parce que nous ne savons pas chercher à Le toucher.

Qu'était cette vertu qui sortait du Seigneur Jésus et les guérissait tous ? – Ce n'était pas autre chose que la vertu de sa Nature divine unie à la Nature humaine, et de son Humanité divinisée.

La vertu de la Divinité est infiniment grande, puisque tous ses attributs sont infinis, et éternellement active, puisque tous ses attributs sont éternels et impérissables. Ainsi donc, non seulement la vertu de la Divinité est sortie activement de ses trésors au temps de la création des six jours, mais elle en sort activement encore après cette création, selon ce qui a été dit par le Seigneur : Mon Père agit jusqu'ici, et J'agis aussi (Jn 5,17). Elle se produit dans le monde invisible, et elle agit comme lumière primitive éclairant les secondes lumières, les purs esprits, – comme source de vie vivifiant et remplissant de béatitude l'existence immortelle des esprits. Elle se produit dans le monde visible, et elle agit comme étant la lumière qui luit dans les ténèbres (Jn 1,5), qui éclaire tout homme venant en ce monde (9), comme étant la vie qui vivifie ce qui est mortel et ressuscite ce qui est mort. Le saint apôtre Paul voit et atteste que le Fils de Dieu soutient tout par la parole de sa Vertu (Hb 1,3), qu’en Dieu nous avons la vie, le mouvement et l'être (Ac 17,28), qu'il s'approche de nous d'une manière admirable afin que du moins nous le sentions et nous le trouvions comme n’étant pas loin de chacun de nous (Ac 17,27).

Mais comme l'expérience des siècles a montré que l'esprit humain n'a pas su trouver et sentir spirituellement la Divinité s'approchant de lui, et, malgré sa destination à une communion bienheureuse avec Dieu, s'est embourbé dans les créatures, dans la corruption, dans la mort, alors, Dieu, inépuisable dans ses moyens de miséricorde, a imaginé un moyen nouveau et inusité de communiquer à l'homme sa vertu vivifiante et salutaire. Ce n’est plus seulement le rapprochement de la Divinité, vers l’homme, mais l'union de la Divinité avec l'humanité dans la personne de l'Homme-Dieu Jésus Christ, dans lequel, selon l'explication de l'Apôtre, toute la plénitude de la Divinité réside corporellement (Col 2,9). Son Humanité est remplie et imprégnée de la Vertu divine par l'union hypostatique ou unipersonnelle en Lui des Natures divine et humaine ; mais comme l'humanité assumée par Lui et divinisée, comme humanité, est de nature identique avec tout le genre humain, – il s'ensuit qu'elle est, pour tous les hommes, une source ouverte et inépuisable de grâce divine, de vertu vivifiante, curative, salutaire.

Telle est la vertu qui sortait du Seigneur Jésus et qui les guérissait tous. Est-ce que quelqu'un demandera encore : Sort-elle de Lui encore aujourd'hui ? – Avant la question, l'Apôtre a déjà répondu à cela : Jésus Christ était hier, et il est aujourd'hui, et Ll sera le même dans les siècles (Hb 13,8). – Il est le même encore aujourd'hui, avec la même vertu sortant de lui et guérissant tous les maux, puisque c'est la vertu divine, et. par conséquent non temporelle, non passagère, mais éternelle et agissant éternellement, et principalement sur ceux qui aspirent et cherchent à Le toucher.

Ici naît une nouvelle question, embarrassant en apparence : Comment pouvons-nous toucher Jésus Christ, quand Il ne vit plus sur la terre comme un homme au milieu des hommes, mais que, comme Dieu, Il est assis dans les cieux, à la Droite de Dieu le Père ? Qui de nous peut atteindre à Le toucher ? – Si nous sommes attentifs, il se trouvera, à cette perplexité, une solution favorable même pour nous, dans, les événements du temps où Jésus Christ vivait visiblement au milieu des hommes.

Beaucoup pensaient alors que la vertu bienfaisante de Jésus Christ était bornée à son Corps, et que, pour en éprouver l'action bienfaisante, il fallait toucher corporellement son Corps ; et c'est pourquoi, même sans Lui demander la guérison, on se précipitait simplement pour toucher à son Corps, et, évidemment, on obtenait le succès, comme on peut le voir par les paroles du saint évangéliste Marc : Il en guérissait beaucoup, de sorte qu'ils se précipitaient sur Lui pour le toucher (Mc 3,10).

Ce n'est pas ainsi que pensa la femme affligée d'une perte de sang. Elle supposa que la vertu de Jésus Christ ne se bornait pas à son Corps, mais s'étendait plus loin, que ses vêtements mêmes en étaient imprégnés, que toucher à ses vêtements c'était toucher à Lui-même et à sa Vertu curative, et que par conséquent, au moyen d'un attouchement à ses vêtements, on pouvait recevoir la guérison. Et l'expérience justifia cette opinion. Elle toucha soit vêtement, – et soudain l'écoulement de sang s'arrêta en elle, et elle sentit en son corps qu’elle était guérie de ce mal. (Mc 5,27-29).

Autrement encore pensèrent les dix lépreux. Toucher à Jésus Christ, ou seulement à son vêtement, cela ne leur était pas permis, à cause de la loi sévère qui éloignait les lépreux, comme impurs, de toute communication avec les purs. Qu'avaient-ils donc à faire ? Il était désirable d'être guéri, mais il n’était pas permis de toucher au Médecin. La nécessité les obligea de s'élever au-dessus de la forme sensible des idées. Ils pensèrent judicieusement que la vertu qui était en Jésus Christ n'était pas corporelle, mais spirituelle, divine, et que par conséquent on pouvait y toucher non seulement par le corps, mais encore, indépendamment du corps, par l'esprit, par la pensée, par le désir, par la parole de la prière.

Ainsi donc, ils s'arrêtèrent au loin, et ils élevèrent la voix, disant : Jésus notre Maître, aie pitié de nous (Lc 17,12-13).

Et que par là ils aient touché au Christ spirituellement, et qu'ils aient attiré à eux sa Vertu curative, c'est ce que l'expérience démontra de même que sur la femme affligée d'une perte de sang. Et il arriva, pendant qu’ils allaient qu’ils furent purifiés (14).

Par ces exemples se découvrent à nous trois aspects de l'attouchement salutaire à Jésus Christ – L’attouchement corporel immédiat, l'attouchement par quelque objet intermédiaire ou signe visible, et l'attouchement spirituel.

Maintenant, que l'on demande : Peut-on toucher à Jésus Christ à présent qu'Il est monté au ciel ? – J'espère que la réponse sera intelligible et convaincante : On peut toucher à Jésus Christ spirituellement, non par la main ou par les lèvres, mais par l'esprit, par la pensée, par le désir, par la prière, par la foi, par la contemplation de l'esprit, par l'amour du cœur, parce que l'esprit et ses mouvements ne sont pas restreints par l'espace et par le temps comme le corps et ses mouvements. Que si même l'esprit revêtu de la chair a besoin d'un objet intermédiaire ou d'un signe visible pour le rapprochement et l'attouchement à Jésus Christ, Lui qui a répandu sa Vertu bienfaisante même dans ses vêtements matériels, ne l’a-t-il pas mieux encore répandue dans les âmes de ses saints qui, baptisés en Jésus Christ, ont été revêtus de Jésus Christ, et, dans la mesure de leur foi et de leur pureté, sont dévêtus eux-mêmes les vêtements et les réceptacles de la vertu de sa grâce ? Et, de leurs âmes saintes, ne s'est-elle pas répandue aussi sur leurs vêtements non faits de main d'homme, – sur leurs corps saints et leurs reliques incorruptibles ; ne s'est-elle pas montrée et ne se montre-t-elle pas même par les saintes icônes ? La vertu de Jésus Christ ne se répand-elle pas par ces intermédiaires et ces symboles pour guérir tous les maux ? Les croyants n’éprouvent-ils pas souvent cela, quoique tous ne sachent pas le voir et le comprendre ? Désirez-vous encore davantage, – désirez-vous toucher Jésus Christ corporellement, immédiatement ? Que dire à cela ? – Il faut dire qu'il vous a donné plus que vous ne pouviez désirer et vous représenter comme possible. Il a dit : Prenez, mangez, ceci est mon Corps ; buvez, ceci est mon Sang ; et, par la bouche du serviteur du mystère, il le dit encore aujourd'hui : et Il nous offre, à nous croyants, toujours et en tout lieu, son Corps vivifiant et soit Sang vivifiant, non pour les toucher seulement, mais encore pour les savourer, afin qu'après les avoir savourés avec foi, nous puissions crier vers Lui, de la profondeur de notre sentiment intérieur, avec saint Basile le Grand Nous sommes remplis de ta vie infinie : Que te faut-il donc encore, chrétien de l'Église universelle ? Peux-tu porter envie au Juif qui, après avoir entendu parler de Jésus, s'élançant de Jérusalem, ou de quelque endroit, vers la Galilée, cherchait à Le toucher parce qu’une vertu sortait de Lui et les guérissait tous ?

Te plaindras-tu de ce que, quoique tu cherches à le toucher par les moyens mêmes que j'ai indiqués, tu ne ressens cependant pas l'attouchement vivifiant et tu n'obtiens pas la guérison de tes passions, de tes afflictions et de tes infirmités ?

Examinons cette plainte également sur la base des expériences qui se présentent dans les récits évangéliques.

Nous ne voyons pas dans l'Évangile que le Christ Sauveur ait refusé à quelqu'un l'attouchement vivifiant à sa Vertu : En effet, même ce qu'il dit à la femme chananéenne : Laisse d'abord se rassasier les enfants (Mc 7,27), ne fut pas un refus décisif de la guérison de si fille, mais ce fut seulement une condamnation du paganisme et l'appel d'une païenne à la foi pure en l'unique du vrai Dieu. Au contraire, I'Évangile dit qu’une vertu sortait sans cesse, comme d'elle-même, du Seigneur Jésus, et se répandait partout et sur tout, comme la vertu de la lumière sort du soleil. Une vertu sortait de Lui et les guérissait tous. Et il témoigne Lui-même de Lui-même qu'une vertu était sortie de Lui comme spontanément, au gré de ceux qui cherchaient à Le toucher, sans la demande préalable de son consentement : Quelqu'un M’a touché car J'ai senti qu’une vertu est sortie de Moi. (Luc 8,46). Et ne convenait-il pas que cela fut ainsi ? Si du soleil visible sort, incessamment et se répand sur tout la vertu vivifiante de la lumière, ne doit-elle pas être plus puissante et plus incessamment active, et reconnaître encore moins de limites, la vertu du divin Soleil de la vérité ?

Ainsi donc, si tu te plains que, malgré l'emploi des moyens connus de rapprochement et d'attouchement à Jésus Christ, tu ne sentes pas l'action vivifiante et curative de sa Vertu, comprends que ta plainte ne doit retomber sur personne autre que sur toi-même. De même que personne ne peut se plaindre avec justice que le soleil ne lui donne pas sa lumière et sa vertu bienfaisantes, ainsi personne ne peut se plaindre avec justice que Jésus Christ ne lui donne pas la lumière et la vertu de sa grâce ; avec cette différence que les nuages et la nuit peuvent être des obstacles à la lumière et à la vertu du soleil, tandis qu’aucune force ténébreuse et contraire ne peut mettre obstacle à la Lumière et à la vertu de Jésus Christ. Si tu ne vois pas la lumière réjouissante de Jésus Christ, c'est assurément parce que tu ne sais pas ou que tu ne veux pas ouvrir ton œil spirituel. Si tu ne sens pas la vertu bienfaisante de Jésus Christ, c'est assurément parce que ton sens intérieur, n'est pas éveillé, ou qu'il est engourdi par les impressions des sens extérieurs, à cause de ton inattention et de ta négligence qui te dominent ; ou peut-être la vertu bienfaisante modère-t-elle avec prévoyance son influence manifeste, afin de ne pas briser ton vase fragile, parce que tu n'es pas encore assez fort, mais que tu ne fais que de commencer à te fortifier par son action mystérieuse elle-même. Si ton esprit ne trouve pas la force de s'élever vers ce qui est céleste, et de toucher d'une manière vivifiante à Jésus Christ par la foi, n'est-ce pas parce qu'il est retenu par les attachements terrestres, auxquels tu as permis de prendre trop de force ? Si les moyens qui te sont donnés pour t'approcher de Jésus Christ et pour entrer en communication avec Lui ne produisent pas sur toi l'effet désiré, n'est-ce pas parce que tu les emploies mal ou négligemment ? n'est-ce pas parce que tes pensées sont distraites, tes désirs inconstants, ta prière nonchalante, ta foi morte par l'absence de bonnes œuvres, ton amour pour Dieu étouffé par l'amour pour les créatures ?

Mes frères saints, je vous appelle de l'appel apostolique, vous qui êtes participants de la vocation céleste, comprenez l'envoyé et le pontife de notre confession, Jésus Christ (Hb 3,1). Comprenez qu'en Lui est notre vie, en lui notre Lumière et notre force, en lui remède guérissant toutes les maladies de l'âme et du corps, en lui notre bonheur présent et notre félicité future ; que hors de Lui et dans l'éloignement de lui, il n'y a que des fantômes passagers de bien et de bonheur, et à leur suite le mal, et la corruption, et la mort. Et par conséquent, ne soyons pas moins attentifs à notre propre bonheur que cette multitude juive qui, oubliant maison et affaires, accourait vers Lui de tous côtés et en foule, pour entendre son enseignement et pour recevoir de Lui la guérison, et, avec des efforts indomptables, cherchait à Le toucher. Courons et approchons-nous vers le Seigneur Jésus dans son saint temple, et dans notre cœur, qui doit aussi être son temple. Recueillons près de Lui nos pensées en les arrachant aux distractions du monde. Élançons vers Lui nos désirs loin de la passion pour les créatures. Adonnons-nous à la prière, afin qu'elle puisse enfin se changer en un entretien incessant de notre cœur avec Dieu. Par la foi active, puissions-nous acquérir la foi contemplative ! Non seulement ne nous permettons pas d'aimer la frivolité, mais imposons des bornes à l'amour terrestre, même naturel et légitime, et élevons au-dessus de lui l'amour de Dieu. Et, selon la mesure de sa fidélité et de ses efforts zélés, et par le don même de Jésus Christ notre Dieu, que chacun soit trouvé digne, non seulement de l'attouchement vrai, vivant et vivifiant, mais encore de l'habitation de la vertu (2 Co 12,9) bienfaisante qui sort de Lui et guérit tous les maux. Amen.

Philarète Métropolite de Moscou