Site de la Crypte

seraphin

Homélies

Revenir à la page "Quoi de neuf sur le site de la Crypte"     → Recevoir nos mises à jour

Les AncêtresDimanche des Ancêtres

Épître aux Colossiens 3, 4-11 ;
Évangile selon saint Luc 14, 16-24

Homélie prononcée par Père René à la crypte le 16 décembre 2007

AUJOURD’HUI, si l'épître de l'Apôtre avait été lue trois versets plus tôt, nous aurions reçu de saint Paul une de ses visions coutumières : "Du moment donc que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en-Haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu."(1) Déjà dans l'épître aux Éphésiens ne dit-il pas que : Dieu "nous a ressuscités et fait asseoir dans les Cieux dans le Christ Jésus."?(2)

Ces affirmations, de prime abord inouïes, s'expliquent simplement. Du moment que nous sommes baptisés en Christ, nous sommes ressuscités avec le Christ, c'est le sens même de notre immersion baptismale. Notre baptême est la première manifestation de notre résurrection déjà accomplie dans et par le Christ, mais encore à parfaire par notre effort personnel au cours de nos vies respectives.

Il en résulte pour saint Paul une de ces litanies qui lui sont chères. Pour atteindre le terme de la Promesse, il nous faut entretenir les uns les autres et les uns pour les autres des sentiments "de compassion, de bienveillance, d'humilité, de douceur, de patience"; il nous faut "nous supporter et nous pardonner mutuellement, car le Seigneur nous a pardonné en premier"(3). Dans l'épître aux Éphésiens encore, nous retrouvons les mêmes objurgations : "Montrez-vous bons et compatissants les uns pour les autres, vous pardonnant mutuellement, car Dieu vous a pardonnés dans le Christ."(4)

Ainsi, pour que notre résurrection, quoique déjà octroyée, devienne définitivement acquise dans le Royaume, il nous faut pratiquer les uns les autres et les uns pour les autres l'amour même du Christ pour nous. Ce qui, en vérité, ne devrait pas nous paraître insurmontable. Voire ! Car la parabole de saint Luc ne semble guère le montrer. L'homme qui invite à un grand dîner, nous le savons bien, c'est Dieu qui nous appelle à son Royaume. Les invités entendent bien sa Parole, mais ne s'intéressent qu'aux choses d'ici-bas. Ce n'est surtout pas la charité mutuelle qui les soucie, mais d'acquérir les biens ou les bonheurs de ce monde, qui un champ, qui une ferme, et même – qu'on m'en excuse – qui une femme. Tellement accaparés par les intérêts et les institutions de ce monde, qu'ils n'entendent pas l'appel à participer au banquet du Royaume, si même ils ne le rejettent pas. Alors Dieu envoie ses anges ramener à leur place tous les déshérités et les malheureux de la terre pour les introduire, jusque par la force, dans son Royaume, quand bien même ceux-là n'auront jamais été baptisés, catéchisés ni ecclésialisés. Quant aux premiers, aucun d'eux ne pourra goûter au repas préparé.

C'est dire que la promesse du Royaume donnée à notre baptême reste conditionnelle. Elle dépend de la façon dont nous mettons en pratique, de la façon dont nous comprenons et appliquons les commandements du Christ : "Je vous donne un commandement nouveau, que vous vous aimiez les uns les autres comme Je vous ai aimés."(5) Au risque de tout perdre si nous n'en tenons pas compte.

Ainsi se termine la parabole de saint Luc. Car la dernière phrase : "il y a beaucoup d'appelés mais peu d'élus"(6)n'est pas dans saint Luc mais dans saint Matthieu. Sensu stricto elle ne devrait pas avoir sa place ici, mais l'Église en a jugé autrement. Pour saint Luc le thème le plus cher est la miséricorde divine qui s'étend à l'immense majorité de ce monde, toute cette humanité sans richesse, ni biens, ni terre, ni même de vie de famille véritable, mais que Dieu inclut totalement dans son amour. Aussi ne pourrons- nous, nous, entrer dans la vie nouvelle du Royaume que dans la mesure où nous aurons participé à cette miséricorde même de Dieu: "Soyez miséricordieux comme votre Père est miséricordieux."(7)

Nous aimer les uns les autres n'est donc pas une affaire entre les seuls baptisés, les seuls membres de l'Église entre eux, mais autour d'eux, avec tous ceux que le Seigneur place sous nos yeux et qui, quoi que nous en pensions, sont aussi nos frères, car ils sont les frères du Seigneur.

Au point que l'adage "il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus" peut s'entendre d'une autre façon : il y a beaucoup d'appelés à travailler pour le Royaume, mais peu d'élus pour vouloir le faire. Oui il y a eu des appelés qui ont été élus pour le Royaume, les hommes et les femmes qui depuis le début des siècles ont oeuvré pour la venue du Seigneur. L'Église leur consacre ces deux dimanches, Dimanche des Ancêtres et Dimanche des Pères du Seigneur, cette chaîne illimitée d'hommes et de femmes d'Abraham à la Mère de Dieu, chaîne qui se perpétue avec les saints d'aujourd'hui, tous ceux que la tradition latine appelle les "hommes de bonne volonté" et dont il nous revient de devoir être. C'est pourquoi, saint Paul toujours, nous presse d'œuvrer pour la venue du Royaume.

À l'Heure où nous allons célébrer la Naissance du Christ dans la chair et dans l'Histoire, il s'agit pour chacun de nous de naître avec le Seigneur, apprenant de Lui à aimer toute personne de la façon même dont Il nous aime.

"L'amour pour le Christ me presse, écrit saint Paul, à la pensée qu'Il est mort pour tous, afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour Celui qui est mort et ressuscité pour eux."(8) L'amour du Christ a pressé, étreint et angoissé saint Paul jusqu'à l'extrême, jusqu'au martyre. Combien nous faut-il demander à Dieu pour chacun de nous un peu de ce même amour, ne serait-ce seulement que gros comme un grain de sénevé ! Puisse cet amour nous amener à nous aimer réellement les uns les autres, "non pas en paroles et en langues, mais en actes et en vérité"(9). Pour que, comme le veut l'Église, comme le veut le Christ, il y ait parmi nous autant d'élus que d'appelés à la venue du Royaume.
Amen.

Père René

Notes :
(1) cf. Épître aux Colossiens III, 1.
(2) Voir l'épître aux Éphésiens II, 4-6.
(3) cf. Épître aux Colossiens III, 12-13.
(4) cf. Épître aux Éphésiens IV, 32.
(5) cf. Évangile selon saint Jean XIII, 34.
(6) Voir l'évangile selon saint Matthieu XXII, 2-14.`
(7) cf. Évangile selon saint Luc VI, 36.
(8) cf. Seconde épître aux Corinthiens V, 14-15.
(9) cf. Première épître de saint Jean III, 18. Épître aux Galates IV, 4-7 - Matthieu II, 1-12.

Retour à la page "Quoi de neuf sur le site de la Crypte"  → Recevoir nos mises à jour