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L'AnnonciationAnnonciation de la Très Sainte Mère de Dieu
et toujours Vierge Marie

Épître aux Hébreux II, 11-18 − évangile selon saint Luc I, 24-38

Homélie prononcée par le Père Boris à la crypte le 25 mars 2007

Père Boris Bobrinskoy

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Nous vivons aujourd’hui ce grand événement, au commencement même de notre Salut, l’Annonce à la Vierge Marie par l’archange Gabriel de la naissance virginale de Jésus, c’est à dire de la naissance en elle d’un enfant, du Fils de Dieu, Lui-même, devenu pour notre salut le Fils de l’homme.
Ce miracle annoncé est un événement étonnant d’une telle ampleur que les mots manquent pour en parler. Marie est révélée ici comme celle non seulement vers qui converge déjà toute l’histoire d’Israël mais encore en qui se rassemble toute l’histoire de l’humanité. Cette pauvre humanité que la désobéissance du premier Adam et de l’Ève ancienne, a plongée dans le désordre, la corruption, le péché et, surtout, la séparation provisoire d’avec le Seigneur.

Aussitôt après la désobéissance, dès l’expulsion du Paradis, Dieu a annoncé combien sera décisif le rôle joué par la femme dans la réalisation de Son plan éternel. S’adressant au serpent, le Seigneur a dit en effet : "Je mettrai une inimitié entre toi et la femme, entre sa semence et ta semence. Tu chercheras à la mordre au talon, elle t’écrasera la tête ." Et depuis, nous assistons à la réalisation du plan de Dieu à travers des événements qui contrecarrent ou dépassent la nature humaine. C’est ainsi qu’Isaac naquît dans la vieillesse d’Abraham et de Sarah. C’est un miracle analogue pour la naissance du prophète Samuel . Plus tard, Marie naîtra de la vieillesse de Joachim et Anne, puis de Zacharie et Élisabeth naîtra Jean-Baptiste. Ces naissances, bien que miraculeuses, ne contredisent pas absolument les lois de la nature et il n’y a donc qu’une analogie avec la naissance virginale de Jésus. Pourtant ces naissances demeurent miraculeuses dans la mesure où c’est le Seigneur qui a rendu fécond le sein de ces femmes stériles. Par Son intervention, Dieu témoigne de Sa volonté comme le dit le Prologue de l’Évangile de Jean : "Ceux qui croient en Son Nom […], ce n’est pas du sang, ni du désir de la chair ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu qu’ils sont nés. "

Et voici qu’à la fin des temps, au cœur même des temps, dirais-je, advient celle que saint Irénée aura appelée la nouvelle Ève. La première Ève fut séduite par le serpent, c’est dire l’ange maléfique, le père du mensonge, la seconde, ou plutôt la nouvelle Ève fait confiance à l’ange qui lui annonce cette nouvelle inouïe, incompréhensible, inacceptable même : comment ne connaissant pas d’homme pouvait-elle, elle-même, concevoir et mettre au monde un enfant ? L’ange explique "Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la Puissance du Très-Haut te couvrira de Son ombre…" et sans hésiter Marie accepte sa vocation.
Nous sommes là en face de ce qui apparaît comme une folie et un scandale pour la sagesse de ce monde, et si Marie interroge, bien sûr, c’est pour se soumettre aussitôt à l’incompréhensible, à l’inacceptable, c’est à dire, avant tout, à la volonté de Dieu.

Elle obéit solennellement en prononçant ses paroles mémorables qui resteront gravées dans nos propres cœurs afin que chacune et chacun d’entre nous puisse redire dans toutes les circonstances de notre propre vie : "Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon Sa parole". Et l’ange se retira.

"Je suis la servante, je suis le serviteur du Seigneur" Il faut s’arrêter un moment sur ce thème de la servante et du serviteur, parce que ce n’est pas un mot banal, ce n’est pas un terme anodin. Derrière ce titre de serviteur ou de servante se déploie toute une vision de l’offrande de notre vie.

Permettez-moi de souligner ici, une profonde correspondance. Il y a quinze jours nous fêtions la Sainte Croix qui manifeste, elle aussi, le plan de Dieu, non seulement dans la vie de Jésus Lui-même mais encore dans la vie de celui qui veut suivre Jésus, être son serviteur ou sa servante et porter sa croix. Il est dit dans l’épître de Saint Pierre et dans l’Apocalypse que l’Agneau de Dieu était immolé avant ou dès la création du monde. Cela signifie que dans le plan de Salut de l’humanité pécheresse, la Croix était déjà disposée et préfigurée par l’arbre de vie dans le jardin d’Éden. Par conséquent, notre contemplation du mystère marial, notre louange, notre vénération, notre prière à la Mère de Dieu sont indissociables du mystère de la Croix. C’est pourquoi l’évangéliste Jean s’est souvenu que Marie était présente au pied de la Croix où, à ce moment-là, elle reçut du Seigneur l’apôtre Jean comme son fils, et à travers lui, toute l’humanité, pour l’envelopper dans sa prière et son intercession . Voilà pourquoi il nous faut méditer sur le lien qui unit la Sainte Croix à l’obéissance de Marie.

Ainsi, être serviteur, être enfant, être obéissant, c’est soumettre totalement et unir intimement notre propre volonté à la volonté de Dieu. Finalement, notre volonté se soumet tellement qu’elle se confond avec la volonté de Dieu. Au fur et à mesure qu’elle se laisse envahir par la volonté divine, elle fusionne avec celle-ci, nous en arrivons à ne faire qu’un, et c’est ainsi qu’en nous agit le Seigneur. Quand nous soumettons notre désir, notre identité intérieure, tout notre être au Seigneur, alors vraiment – mais alors seulement – le Seigneur peut agir en nous.

C’est ainsi que va s’opérer ce miracle, cet événement annoncé par l’ange et par Marie : Marie conçoit Celui qui pénètre en elle par l’effusion, la grâce et l’action de l’Esprit Saint, elle conçoit Celui qui est le Fils éternel. Marie devient le Tabernacle et le Temple. Marie devient encore le Buisson Ardent comme le remarquent les Pères qui aiment comparer le Buisson qui fut contemplé par Moïse au Sinaï et qui brûlait sans se consumer avec la Vierge Marie qui reçut aussi le Feu divin, le Feu immatériel, sans se consumer.

Et c’est aussi notre chemin, car nous sommes appelés à la suite de Marie à cette condition de serviteur ou de servante du Seigneur. Ici nous entrons dans ce mystère de Marie, car si Marie conçoit et met au monde le Christ, Fils de Dieu et Fils de l’homme, si Marie met au monde le Seigneur, elle demeure pour toujours et dans toute éternité Sa Mère comme Il demeure son enfant. Désormais, Son Fils qui trône, Lui qui est né avant les siècles, demeure pour toujours le fils de Marie.

Demeurant éternellement le fils de Marie, Il est aussi Celui qui récapitule et rassemble en Lui. Le Seigneur Jésus rassemble en Lui tous les êtres humains qui sont tous appelés à entrer dans l’amour du Christ. Certes, nous pouvons refuser cet amour, nous pouvons nous détourner de Lui, et alors c’est une grande tristesse dans le cœur du Seigneur. Le cœur du Christ saigne d’amour et de douleur lorsqu’Il voit que Ses enfants se détournent de Lui, et Marie est là justement comme celle qui nous aide, nous guide et, par son amour maternel nous introduit dans l’amour du Christ. Depuis la visite de l’archange Gabriel, toute la vie de Marie est restée tournée vers le Seigneur. Et par le fait même, Marie est aussi toute entière tournée vers le monde. Et comme on le dit parfois, elle marche encore parmi nous pour consoler ceux qui sont dans la souffrance, la peine, la quête, la maladie de l’âme et du corps.

Dans toute la tradition de l’Église, Marie demeure celle qui intercède, car l’amour maternel est parfois plus proche de nous, mieux à notre portée, plus accessible que l’amour de Dieu. L’amour de Dieu est si grand, si fort, si puissant qu’il nous intimide et nous impressionne au point qu’il nous paraît incroyable ou inaccessible. Marie est, quant à elle, cette mère qui intercède pour nous.

Ainsi donc Marie se tient au terme de toute l’histoire ancienne de l’humanité et d’Israël ainsi qu’au début et à l’origine, dirais-je, de toute la vie même de l’Église. Par conséquent, avec les anges, les saints et tous ceux qui nous entourent, nous aiment et nous aident, Marie occupe dans l’Église une fonction très réelle et très singulière en raison de sa maternité. Et cette Maternité de Marie si particulière inspire et préside la maternité de l’Église toute entière.

Ainsi puissions-nous, nous aussi, dans notre propre vie graver dans nos cœurs cette parole de la Mère de Dieu : "Je suis la servante, le serviteur de Dieu". Puissions-nous véritablement chacun de nous où que nous soyons, quoi que nous fassions, quelle que soit notre profession, quel que soit notre âge, enfant, adulte, vieillard, malade bien-portant… dire et redire constamment cette parole "Je suis le serviteur, la servante du Seigneur, et qu’il nous soit fait selon Sa parole." Puissions-nous désirer vivre cette parole de la Mère de Dieu !

Alors la grâce de Dieu agit à travers nous, la grâce de Dieu devient en nous une lumière dont l’éclat rayonne de joie, de paix, d’offrande et d’amour. Car cet amour est tellement contagieux qu’il attire à lui. Nous sommes donc appelés à vivre cette filiation à Marie, et à travers elle à nous mettre au service de la volonté de Dieu, à apprendre l’obéissance, à offrir notre vie et notre volonté au Seigneur et alors s’accomplit la gloire de Dieu à travers notre faiblesse humaine.

Mes amis, rendons grâce d’être aujourd’hui rassemblés pour célébrer l’Annonciation de la Mère de Dieu ! Qu’elle ouvre les yeux de notre cœur et de notre intelligence pour la contemplation de tous les mystères du Salut.

Amen

Père Boris

Notes
(1) Cf. Genèse III, 15.

(2) Voir 1-Samuel I, 1-20.

(3) Cf. évangile selon saint Jean I, 12-13.

(4) Voir successivement la Première épître de saint Pierre I, 19-20 et Apocalypse XIII, 8.

(5) Cf. évangile selon saint Jean XIX, 25-27.

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