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Homélie

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Appel des premiers disciples

L'Appel des disciples

Homélie prononcée par Père René le 17 juin 2001 à Colombelles

IIème dimanche après la Pentecôte
Épître aux Romains II, 10-16 ; évangile selon saint Matthieu IV, 18-23

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen !

Saint Matthieu et saint Marc présentent le début du ministère de Jésus de la même façon. Jésus s’entoure des disciples qui Lui seront les plus proches. Et aussitôt Il annonce le Royaume de Dieu au milieu de ce groupe qu’Il s’est choisi.

C’est un trait évident de la volonté de Dieu de nous associer directement et solidairement à son œuvre. Entre Dieu et l’homme, par la volonté même de Dieu, s’établit un lien privilégié et indissociable. Si, à la Création, Dieu nous a créés par surabondance d’amour, c’est bien évidemment sans nous avoir demandé notre avis. Mais quand Il s’investit dans notre chair pour nous arracher à la perdition, Il nous associe directement et de façon responsable à son œuvre de relèvement.

En s’appropriant au bord du lac de Génésareth une poignée de pécheurs comme disciples, c’est pour que tous nous participions à notre propre salut. Dieu, dit saint Basile, ne nous sauve pas sans nous. Le récit de l’appel de Pierre et André, Jacques et Jean n’est pas pour nous informer d’un détail historique. C’est pour nous avertir d’entrée de jeu que, dès ce moment, nous sommes tous impliqués par cet appel et devenons personnellement responsables de notre propre devenir.

Tout à l’opposé, à la fin de son ministère, au terme de son œuvre sur terre, Jésus s’adresse à son Père dans cette grande Prière qu’on appelle "sacerdotale", parce qu’elle établit le sacerdoce du seul Grand-Prêtre sur le monde. Jésus présente et confie ses disciples au Père : "J’ai manifesté ton Nom aux hommes que Tu as tiré du monde pour me les donner [...] Comme Tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi Je les ai envoyés dans le monde [...] Je ne prie pas pour eux seulement, mais aussi pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi [...] Père, ceux que Tu m’as donnés, Je veux que là où Je suis, eux aussi soient avec moi"(1)

Ce "Je veux " de Jésus est vraiment extraordinaire. Jésus, qui n’est venu que pour faire la volonté de son Père, exige que Celui-ci établisse dans sa propre Gloire ceux qui sur terre se sont faits ses disciples.

Cette volonté de Jésus est déjà présente au jour de l’appel des quatre premiers disciples. Comme elle est présente en chacun de nous, en chacun de ceux à qui un jour Jésus s’est adressé. À travers l’appel de Jésus à Pierre et André, Jacques et Jean, il convient et il nous revient de discerner notre propre responsabilité dans la qualité de notre réponse. Il en va de notre devenir dans le Royaume.

Jésus fait de son appel une exigence primordiale. "Si quelqu’un vient à moi sans haïr son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs et jusqu’à sa propre vie, il ne peut être mon disciple.(2)" Bien entendu Jésus ne nous demande pas de haïr nos proches à la façon de ce monde, comme cela n’arrive que trop et pour les plus basses raisons. Mais Il veut que son appel à Le rejoindre soit pour nous une priorité absolue. En toute logique d’ailleurs, Jésus nous prévient qu’en retour : "Vous serez haïs de tous à cause de mon Nom.(3)" Mais le premier et le plus irréductible obstacle à devenir disciples réside en nous-mêmes, dés lors que Jésus nous demande pour être disciples de nous renier nous-mêmes, de prendre notre croix et de Le suivre(4).

Cette exigence est impérieuse. Elle peut paraître exorbitante. Comment les premiers disciples y ont-ils répondu ? Pierre et André abandonnent sur le champ leur bien et leur travail, tout ce qui était leur être, leur "esse" dans le monde. Jacques et Jean, qui sont adolescents, font de même et par surcroît quittent leur père Zébédée. La suite montera que la rupture n’a pas été irréversible, le détachement sans retour. Simplement les quatre disciples, on opté pour Jésus sans hésitation ni restriction. D’autres, qui voulaient suivre Jésus, désiraient auparavant prendre congé des leurs ou enterrer leurs morts. Ceux-là étaient impropres au Royaume de Dieu.

Il y a dans la Prière eucharistique de la Liturgie de saint Basile une demande qui peut surprendre : Saint Basile demande à Dieu d’encourager les timides. Si cette demande est de nature purement psychologique, elle semble étonnante à cette place. Mais elle se justifie pleinement au plan spirituel. Saint Basile demande à Dieu que nous puissions vaincre la timidité de notre foi, ou plutôt de notre absence de foi, si semblable à celle du père de l’enfant lunatique(5). Il faut de l’audace pour entrer dans le Royaume. Il faut oser tout perdre ici-bas pour gagner le Ciel. "Qui voudra sauver son âme la perdra, mais celui qui perdra son âme à cause de Moi et de l’Évangile la sauvera."(6)

Ce n’est pas encore ce que Jésus dit à Pierre, André, Jacques et Jean, mais "Je vous ferai pêcheurs d’hommes." Se faire disciple du Christ, c’est vouloir Lui amener des hommes pour que Lui-même les attire vers le Père du haut de sa Croix. Chacun est appelé à partager l’œuvre du Christ, jusqu’à y compris sa Passion. Certes, c’est Dieu qui sauve et qui seul peut sauver. Mais Jésus ne le veut pas sans nous. Quand nous fêtons Pâques et la Résurrection, nous sommes à juste titre dans la joie. Mais nous n’avons aucun droit à l’être si par ailleurs nous ne sommes pas revêtus de la robe de noce toute teintée du sang de notre Maître et notre Dieu. Le vrai disciple accepte les souffrances d’aujourd’hui, reçues au Nom du Christ, pour entrer au Jour du Seigneur dans le Royaume à venir et déjà présent.

La robe de noces, chacun de nous la reçoit au baptême et elle nous est toute personnelle. Mais c’est aussi la robe de toute l’Église. Nous ne nous sauvons pas seuls. Aucun de ceux qui constituent l’Église ne peut, ne doit y manquer. Tous ensemble, nous sommes la robe de noces de l’Église qui est en ce monde la tunique sans couture du Christ, quand bien même, dit Origène, Celui-ci doit-Il sans cesse la laver dans son sang.

Jour après jour, comme au temps d’Isaïe, Jésus appelle chacun de nous : "Qui enverrai-Je et qui marchera pour Moi ?" Répondons à notre tour : "Me voici ; envoie-moi !"(7) Choisissons tous en ce jour d’être des disciples du Seigneur, résolus et fidèles, pour le salut de nos âmes et du monde.
Amen.

Père René

Notes


(1) cf. évangile selon saint Jean XVII, 6-24.

(2) cf. évangile selon saint Luc XIV, 26.

(3) cf. évangiles selon saints Matthieu X, 22 ; Marc XII, 13 et Luc XXI, 17.

(4) Cf. évangiles selon saints Matthieu XVI, 24 ; Marc VIII, 34 et Luc IX, 23.

(5) Cf. évangiles selon saints Marc IX, 17-27 et Matthieu XVII, 15-20.

(6) Cf. évangile selon saint Marc VIII, 35.

(7) Cf. Isaïe VI, 8.