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Homélie

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Appel des premiers disciples

L'Appel des quatre premiers disciples

Homélie prononcée par Père Boris le 15 octobre 2006 à la crypte

Père Boris Bobrinskoy

Dimanche des Pères du VIIe Concile Œcuménique
XVIIIe dimanche après la Pentecôte
IVe dimanche après la Croix
2e Lettre aux Corinthiens 9, 6-11 ; Luc V, 1-11
Hébreux XIII, 7-16 ; Jean XVII, 1-13

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen !

Nous assistons aujourd’hui à l’une des premières manifestations de la vie publique du Seigneur. Nous voici en Galilée, au bord du lac de Génésareth, là où le Seigneur a l’habitude, dans la première période de son ministère public, de venir prêcher pour annoncer l’Évangile, dire la Bonne Nouvelle et proclamer la venue du Royaume.

Nous avons écouté ce récit : Pour ne pas être pressé par la foule et pour être mieux entendu, Jésus était monté dans une barque et S’était un peu éloigné pour prêcher dans de meilleures conditions. Quand Il eut fini, Il ordonna aux pêcheurs qui L’accompagnaient dans une des deux barques d’avancer en eau profonde, d’aller au large – retenez bien cette expression "au large" !

C’est alors qu’Il leur ordonna de jeter les filets. Ces hommes, épuisés par une nuit de labeur inutile – ils avaient pêché toute la nuit et n’avaient pris aucun poisson – exprimèrent leurs réticences par la bouche de Simon-Pierre : "Nous avons travaillé toute la nuit en vain…". Pourtant, par respect pour Jésus, ils obéirent au Seigneur et les filets furent remplis de poissons à tel point qu’ils se rompaient quand les pêcheurs tentèrent de les embarquer. Ils durent faire appel à un autre bateau, et la pêche miraculeuse fut telle que les bateaux eux-mêmes risquèrent de sombrer car, alourdis par la quantité de poissons, ils s’enfonçaient dans les flots. Avec sobriété, saint Luc nous a dressé un tableau très expressif et nous n’avons aucune peine à imaginer la surprise des pêcheurs, leurs efforts, l’effervescence dans les embarcations, l’enthousiasme des spectateurs qui, depuis le rivage, assistent stupéfaits à cette pêche miraculeuse et enfin la crainte révérencieuse de Simon-Pierre.

Cet épisode animé s’est déroulé au début du ministère public du Seigneur et nous retrouvons beaucoup plus tard un épisode analogue que saint Jean nous relate à la fin de son évangile . Après la résurrection du Sauveur, sept disciples se trouvent sur le rivage du lac, peut-être à l’endroit même de la première pêche miraculeuse. Simon-Pierre décide d’aller pêcher et ses compagnons n’hésitent pas un seul instant à l’accompagner. Malgré leur expérience, leur pêche ne donne rien et, au petit matin ils se résignent à rentrer bredouilles. C’est alors qu’au loin, un homme depuis la rive leur crie : "Enfants, n’avez-vous rien à manger ?" Ils répondent : "Non.". Il leur dit : "Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez.". Notons cette expression "Du côté droit de la barque", ce détail nous a été scrupuleusement transmis par saint Jean, il souligne la précision des souvenirs de l’évangéliste. Alors, une nouvelle fois, les filets se gorgent d’une quantité considérable de poissons. Et, se souvenant du premier épisode, l’évangéliste prend soin de remarquer "et malgré le nombre de poissons les filets ne se rompirent pas". Il est clair qu’aux yeux de saint Jean ces deux pêches miraculeuses sont intimement liées et qu’elles s’éclairent l’une l’autre.

C’est lors de la première scène que le Seigneur Lui-même donne la clé fondamentale pour comprendre ces deux épisodes. En effet, lorsque Simon-Pierre se jette à Ses pieds en disant "Éloigne-Toi de moi, Maître, car je suis un homme pécheur", le Seigneur lui répond : "Ne crains pas, désormais Je ferai de toi, et de vous tous, des pêcheurs d’hommes." Ainsi, de pêcheur de poissons, Simon-Pierre est appelé à devenir pêcheur d’hommes. La barque qu’il va mener a pour vocation de s’emplir d’une toute nouvelle façon. Nous percevons toute la symbolique de la barque qui représente l’Église, et des poissons qui symbolisent les âmes humaines appelées à monter dans la barque. Dans le même esprit, les filets symbolisent la conviction, la parole, l’œuvre des apôtres et de leurs successeurs pour annoncer l’Évangile. Les filets représentent tout ce que met en œuvre l’Église, jusqu’à la fin des temps, afin que les âmes de bonne volonté entendent la parole évangélique, afin qu’elles puissent entrer dans la barque évangélique, pour trouver leur Salut au pied du Seigneur.

Les deux épisodes se répondent et je voudrais seulement insister ici sur un contraste très fort entre les deux miracles. Dans le premier miracle, les filets se rompent et la barque risque de sombrer, alors que dans le second miracle "les filets ne se rompirent pas malgré le nombre de poissons".

Je crois que cela est très significatif de ce qui se passe, y compris dans l’Église, dirais-je, lorsque nous comptons sur nous-mêmes. Très souvent, quand nous comptons sur nos propres forces et sur nos propres talents, nous constatons amèrement que notre parole, notre langage, notre énergie, toute notre activité s’émousse rapidement puis s’épuise. Dans la vie de l’Église, cette dure réalité s’est maintes fois illustrée dans son histoire par les soubresauts, les tumultes, les querelles de chapelles, les disputes ecclésiales et tous ces maux dont nous souffrons tant.

Combien souvent notre témoignage devient un contre-témoignage, parce qu’il y a une discordance entre les paroles que nous disons et la vie que nous menons, parce que, dans notre existence, nos attitudes, nos postures, notre conduite trahissent l’image de Dieu que nous devrions manifester.

Les efforts considérables des pêcheurs symbolisent notre bonne volonté, mais les filets qui se déchirent symbolisent nos difficultés à annoncer au plus grand nombre la Bonne Nouvelle du Royaume. Nous en souffrons beaucoup et il est certain que tout cela s’enracine dans une foi trop tiède, trop superficielle. Il nous manque de rechercher véritablement le Seigneur Lui-même car ce n’est pas seulement la Loi de l’Église qu’il faut respecter, ce n’est pas seulement les rites qu’il faut accomplir, mais c’est le Seigneur Lui-même, le Christ vivant qu’il faut chercher dans la puissance et la grâce du Saint-Esprit. Et chaque fois que l’un d’entre nous, dans sa vie personnelle, approfondit cette quête essentielle sous le souffle de l’Esprit Saint, chaque fois que l’un d’entre nous cherche le Christ dans son être profond, dans son cœur intérieur, alors il constitue une lumière pour l’Église entière, et une lumière pour le monde.

Voilà pourquoi très tôt après Sa résurrection le Seigneur a accordé aux disciples l’Esprit Saint. En effet, le soir même, au cénacle, Il souffla sur eux en leur disant "Recevez l’Esprit Saint ". Et la seconde pêche miraculeuse nous montre que dans l’Esprit Saint, l’Église naissante fut déjà capable de subvenir à la multitude de poissons et d’accueillir tous ceux qui vinrent à elle. Et c’est parce que dans l’Esprit Saint résident la force, la grâce, la sainteté que les apôtres n’ont pas connu la crainte d’aller au large, leur filet ne céda pas, et la barque de l’Église ne s’enfonça pas dans les flots. En l’Esprit Saint, nous recevons la Vie elle-même pour annoncer la Bonne Nouvelle, sans que notre témoignage ne se falsifie et ne devienne un lamentable contre-témoignage de l’Évangile.

Les filets et la barque sont des symboles de l’action divine qui œuvre à travers les hommes. Les apôtres, les prêtres, les prédicateurs, les théologiens, les catéchistes, les parents, tous nous avons vocation à annoncer et partager la parole vivante de Dieu. Nous sommes tous des pêcheurs d’hommes et devons lancer nos filets, c’est-à-dire communiquer à nos enfants, à notre entourage, à nos prochains la Bonne Nouvelle du Royaume, sans hésiter à partir en eau profonde.

Les filets revêtent des formes nombreuses, innombrables sont les moyens que Dieu choisit pour mieux nous atteindre. Il y a maintes façons de témoigner : la parole évangélique, bien sûr, la liturgie, les chants liturgiques, la beauté des offices, la sainteté des saints, la vie même de l’Église. Tandis que le contre témoignage consiste à brouiller, déformer, flétrir l’image de Dieu.

Dès lors, vous comprendrez combien sont importantes l’image et l’icône. Or, si l’image est une icône peinte dans la prière, si l’iconographe maîtrise les règles et son art, et si on s’adresse à elle dans la piété et le recueillement, alors l’image est un symbole au sens fort du terme. L’icône est un lieu, une ouverture, un relais, un pont par lequel se transmet au Seigneur notre prière, notre amour, les mouvements intérieurs de notre cœur et par lequel également la grâce de Dieu nous illumine et nous pénètre.

Les Pères de l’Église nous confirment que l’icône est un lieu rempli de grâce et d’énergie divine. Tout ceci a été solennellement souligné par les Pères dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire lors du VIIe  Concile Œcuménique à Nicée en 783. Au terme d’une crise particulièrement longue et douloureuse, les Pères ont proclamé la légitimité de l’image du Seigneur et affirmé combien l’icône est respectable et nécessaire. En défendant l’icône, ils ont reconnu à l’image de Dieu son droit à l’être, sa puissance, son souffle, sa vision, sa lumière et en définitive sa capacité de nous communiquer la vie même de Dieu

Ainsi l’image est un précieux filet. Lorsque les gens viennent et voient l’icône, ils en reçoivent une énergie divine qui peut les émouvoir et qui peut surtout allumer – voire rallumer – une petite lumière au plus profond de leur être, qui peut aussi ébranler, mouvoir, animer quelque chose à l’intérieur de leur propre cœur.

Combien souvent l’icône est un déclencheur, et non seulement l’icône mais encore les images saintes. Si vous considérez tout l’art roman, ou encore Van Eyck, Rembrandt et toute l’école flamande, vous trouverez des œuvres qui inspirent à ceux qui les regardent un mouvement de l’âme, une nécessité de louange, une urgence d’adoration et parfois même de conversion intérieure..

Je pense notamment à la Madone Sixtine et au Père Serge Boulgakov. Voilà un marxiste de la fin du XIXe début du XXe siècle qui entreprit un voyage en Allemagne. Quand il contempla dans la grande ville de Dresde la Madone de Raphaël, Serge Boulgakov sentit que quelque chose se transformait en lui-même et ce fut le début d’un long chemin de conversion qui le mena à l’Église, à la foi et au sacerdoce.

Donc vous voyez combien l’icône elle-même et combien l’image peuvent être un relais de la grâce de Dieu qui nous pénètre par tous les moyens que le Seigneur choisit pour nous atteindre.

Revenons maintenant à l’événement auquel nous avons assisté aujourd’hui, il nous rappelle que nous avons tous vocation, à l’instar des apôtres et de leurs successeurs, à devenir des relais pour œuvrer dans la barque du Seigneur qu’est l’Église.

Que notre vie personnelle, intime, profonde puisse s’embraser au feu de l’Esprit Saint pour l’illumination et la sanctification du plus grand nombre ! N’ayons pas peur ! La barque ne sombrera pas, les filets ne se rompront pas et nous serons capables d’être des témoins les moins indignes possible de la grâce de Dieu pour le monde.

Amen.

Père Boris


Cf. évangile selon saint Jean XXI, 1-14

Cf. évangile selon saint Jean XX, 22.

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