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Ascension

Ascension de Notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ

Actes des Apôtres I, 1-12
Évangile selon saint Luc XXIV, 36-53

Homélie prononcée par Père Boris à la crypte le 5 juin 2003

Actes des Apôtres I, 1-12
Évangile selon saint Luc XXIV, 36-53

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit

Nous fêtons aujourd’hui l’Ascension de notre Sauveur au Ciel et nous venons de vivre ce moment où, après avoir parlé, le Seigneur est enlevé au ciel et dans une nuée échappe à notre regard. C’est un des mystères de notre foi. Et dès les premiers temps, l’Église primitive avait conscience que cette Ascension au Ciel n’est ni un abandon ni une séparation. Chacun à leur façon les saints évangélistes éclairent les différentes facettes de cet événement.

Il y a d’abord la finale – qui est la seule à le dire – de l’évangile selon saint Marc qui nous révèle que le Seigneur « après leur avoir parlé, fut enlevé au Ciel, et Il S’assit à la droite de Dieu », c’est-à-dire à la droite du Père ». C’est un aspect essentiel du mystère. Puisqu’il ne pouvait y avoir, bien sûr, de témoin oculaire, cette finale de Marc est bien davantage qu’un simple témoignage : c’est une révélation inspirée par l’Esprit, c’est un événement de foi qui marque en profondeur la foi de l’Église depuis les premiers temps de la vie de l’Église jusqu’à ce jour.

Puis, c’est la finale – que nous venons d’entendre – de l’évangile de saint Luc qui nous instruits : Quand le Seigneur fut enlevé au ciel, les disciples restent un moment en adoration, peut-être se prosternent-ils, puis ils retournent à Jérusalem, paradoxalement pourrions-nous dire, avec une grande joie ! Comment peut-on comprendre qu’au moment où le Seigneur s’en va, s’éloigne, s’élève au Ciel et quitte, pour ainsi dire Ses disciples, ce soit dans une grande joie qu’ils repartent pour Jérusalem ?

C’est un paradoxe qui a été souvent remarqué par les prédicateurs et il est bon de le rappeler, car cette joie est une joie très profonde et très légitime.

Enfin, il y a la réserve de la finale du saint évangéliste Matthieu qui ne relate pas l’Ascension mais conclut son récit par la promesse du Seigneur : « Et voici, Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. Amen ! » L’Ascension de notre Seigneur n’est donc pas une fin, ni un abandon qui creuse une faille, ni un départ qui marque une absence douloureuse.

La joie des disciples témoigne de ce qu’ils avaient reçu de Jésus Lui-même car, comme il a été dit aujourd’hui, Jésus leur ouvrit les cœurs et l’intelligence pour comprendre les Écritures. Par conséquent ils ont compris que ce départ de Jésus, Son Ascension, n’était pas une véritable séparation, et je dirais : bien au contraire !

Bien au contraire, car aujourd’hui s’accomplit la parole de Jésus avant Sa Passion – voilà une parole à double sens qu’il importe de rappeler en cette fête de l’Ascension – « Quand Je serai élevé de terre J’attirerai tous les hommes à Moi.  », et l’évangéliste ajoute « et Jésus indiquait par cela même de quelle manière Il devait glorifier Dieu par Sa Passion », par Sa crucifixion, par Son élévation sur le bois de la croix.

Ainsi cette parole « Quand Je serai élevé de terre, J’attirerai tous les hommes à Moi » montre combien la Passion du Sauveur est orientée vers la Résurrection et l’Ascension, et combien l’Ascension du Seigneur et Sa Résurrection sont fondées elles-mêmes, profondément enracinées, dans la Passion, dans la descente au tombeau et aux enfers.
Ce sont les deux aspects indissociables : le grain de blé jeté en terre doit mourir et donne un fruit nombreux , c’est ainsi que Jésus descend pour remonter.

Et Jésus a commencé à descendre bien auparavant ! Dès qu’Il S’est incarné dans le sein bienheureux de la Vierge Marie, il s’agit déjà de cette "descente" quand le Fils de Dieu devient Fils de l’homme par une condescendance, par ce que l’on appelle en théologie une "kénose" – pour rappeler ce terme employé par saint Paul –.

Et bien sûr, cette kénose, cet abaissement, cette humiliation est le modèle de toute vie chrétienne. Toute vie chrétienne doit commencer par cet abaissement qui est un abaissement d’obéissance, d’humilité, d’amour, d’un amour à l’image de Celui qui nous a aimés et qui a donné Sa vie pour nous.

Ainsi, il faut tenir ensemble, embrasser d’un même regard toute cette totalité du mystère du Salut sans isoler l’Incarnation. Si l’on isole l’Incarnation on veut simplement retenir le Seigneur ici bas, si l’on isole l’Ascension on L’élève mais on oublie que si le Seigneur est monté au ciel c’est pour nous attirer à Lui.

Par la puissance du Saint-Esprit, il y a désormais dans l’Église une nouvelle force agissante, une force d’attraction qui neutralise et surmonte l’attraction terrestre. En effet, nous sommes tous des terrestres, des terriens, et nous sommes constamment attirés vers le bas, il y a dorénavant une autre force d’attraction qui agit en nous pour nous faire monter, qui nous élève et nous emporte vers les hauteurs. Cette force est celle de l’amour. Cette attraction est l’amour du Christ, l’amour du Père et la puissance du Saint-Esprit. Le feu de l’Esprit Saint nous envahit et nous embrase, au point que désormais nos poumons et notre cœur s’épanouissent et se dilatent ; peu à peu nous nous libérons de l’attraction terrestre et nous montons vers le Royaume.

La vie entière de l’Église est une montée incessante vers le Royaume, c’est une ascension de jour en jour de l’Église entière et de chacune de nos communautés. Il en est de même de la vie humaine et de la vie personnelle de chacun de nous. Si, au tout début, notre vie est terrestre et écrasée par notre lourdeur, il y a néanmoins dans nos profondeurs, comme le disait un spirituel, des "semences de résurrection" et, je dirais aussi, des semences d’ascension qui, déjà à notre insu, travaillent. Le cœur humain est en effet le théâtre d’un travail extraordinaire.

Mais cette Ascension, ne l’oublions pas, s’accomplit pour que se réalise la promesse de Jésus « Je supplierai le Père, Il vous enverra l’Esprit consolateur qui procède du Père . » Si Jésus S’élève actuellement dans Son ascension c’est pour accomplir, pour terminer son œuvre sacrificielle, l’œuvre du grand prêtre, de Celui qui monte vers le Père. C’est pour mener à son terme l’œuvre de Celui qui déjà sur terre suppliait le Père, et qui déjà Le supplie au Ciel, assis à Sa droite. Oui ! Jésus prie et implore humblement Son Père tout autant qu’Il exige par Son audace et par Sa familiarité filiale en Lui demandant d’envoyer l’Esprit Saint.

« Je supplierai le Père et Il vous enverra », dit Jésus, mais Jésus ajoute aussi « Je vous enverrai l’Esprit consolateur  ». C’est donc un unique et indivisible envoi de la part du Père, du Fils et de l’Esprit Saint Lui-même parce que la volonté divine trinitaire est une volonté Une.

Par conséquent le fruit de toute cette œuvre du Salut peut être résumé par cette autre parole qu’a prononcée Jésus et que nous entendrons encore à la Pentecôte : « Je suis venu jeter le feu sur la terre  ». Alors l’Esprit Saint descend non seulement en langues de feu sur les disciples mais Il descend sur le monde entier et submerge le cosmos. Et en effet, l’icône de la Pentecôte représente ce cosmos qui gît pour ainsi dire enterré, en sous sol, mais qui est déjà comblé du feu de l’Esprit.

« Je suis venu jeter le feu sur la terre » et tout cela nous l’attendons encore puisque dix jours nous séparent de l’avènement de la Pentecôte. Pour le moment, nous vivons un temps tout à fait singulier dans l’histoire de l’Église et du monde, il nous faut goûter cette joie paradoxale de la séparation. Dans le temps du Salut, cette période de dix jours est unique, Jésus est parti, l’Esprit n’est pas encore descendu et pourtant nous sommes dans la joie. Puissions-nous partager pleinement cette joie des premiers disciples !

Il en est de même dans la célébration liturgique, nous vivons ce rassemblement dans l’Esprit et cette attente de l’Esprit qui est là. Nous savons que cette venue de l’Esprit s’effectue en réponse à notre prière, en réponse à notre union alors que nous sommes déjà unis dans l’Esprit Saint. Et c’est précisément cette union, cette unité de cœur et d’esprit, qui fait que l’Esprit Saint peut et pourra descendre sur nous.

Voyez combien le mystère de l’Eucharistie, le mystère de l’Église est lui-même profondément marqué par ce thème, par cette vérité, par – il faut bien le dire de nouveau – ce mystère de l’Ascension.

Puissions-nous le vivre et puisse cette ascension du Christ marquer profondément notre vie entière.

Père Boris


Cf. évangile selon saint Marc XVI, 19.

Cf. évangile selon saint Luc XXIV, 52.

Cf. évangile selon saint Matthieu XXVIII, 20.

Cf. évangile selon saint Jean XII, 30. Voir aussi Jean XII, 23 et VIII, 28.

Cf. évangile selon saint Jean XII, 24.

Cf. Philippiens II, 7. Les traductions modernes emploient souvent "se dépouiller" pour rendre ici le verbe grec kenoô.

Voir évangile selon saint Jean XIV, 16.

Voir évangile selon saint Jean XV, 26. Voir également Jean XVI, 7 et Luc XXIV, 49.

Cf. évangile selon saint Luc XXII, 49.