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L'Aveugle-né

Sixième dimanche après Pâques
Livres des Actes XVI, 16-34
Évangile selon saint Jean IX, 1-38

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 19 juin 1983.

ic»ne de l'aveugle nşAu Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Le Christ est ressuscité !
En vérité Il est ressuscité !

C’est aujourd’hui le dernier dimanche de la période pascale avant l’Ascension. De dimanche en dimanche l’Église nous offre les lectures de l’Évangile de saint Jean qui est depuis la très haute antiquité l’Évangile pascal par excellence. Il l’est de par la tonalité même de l’Évangile. Non seulement l’évangéliste Jean relate les événements de la Passion et de la Résurrection comme le font les Synoptiques, mais de surcroît il nous situe dans la lumière et dans la vérité même de la Résurrection, du début jusqu’à la fin de son Évangile, et cela d’une manière tout à fait particulière. Ce sont surtout les miracles de l’Évangile de Jean qui ont une valeur d’enseignement pascal. Enseignement pascal mais aussi pentecostal, car rappelez-vous que dans la théologie de l’Église ancienne il n’y avait pas de distance véritable entre la Pâque et la Pentecôte. Si le thème fondamental de la Pâque c’est la Lumière, celui de la Pentecôte c’est l’Esprit Saint, c’est-à-dire l’eau vive. Ce sont justement ces deux thèmes, la lumière et l’eau vive, qui ressortent constamment dans l’Évangile et surtout dans les récits des miracles dont nous avons été les auditeurs pendant ces derniers dimanches.

De manière générale, les miracles relatés par l’Évangéliste Jean sont spectaculaires, que ce soit la transformation de l’eau en vin, ou la guérison du paralytique couché depuis de nombreuses d’années, que ce soit la multiplication des pains, ou enfin la guérison d’un aveugle de naissance. Qui a jamais entendu dire que quelqu’un ait pu guérir un aveugle de naissance ? lui dont l’organe visuel est totalement atrophié. Ne négligeons pas non plus la conversion spirituelle de la Samaritaine. Ce miracle de la transformation du cœur n’est pas moindre que les autres. On peut dire aussi que tous les miracles de Jésus tendent à la conversion du cœur, à l’illumination du cœur par la lumière divine, à l’irrigation du cœur aussi par l’eau vive du Saint Esprit.

Tous les dimanches de l’Évangile de Jean sont symboliques. Dans ce quatrième Évangile ils ne sont pas appelés "miracles" mais "signes" parce qu’ils nous élèvent et nous amènent vers une réalité spirituelle intérieure essentielle.

La multiplication des pains est l’occasion, pour Jésus, de se présenter Lui-même, de s’annoncer comme le pain vivant, le pain de vie venant du ciel. Celui qui Le mange aura la vie en lui. De même l’eau vive qui jaillit d’une terre stérile, la vision de la lumière dans les yeux jusqu’alors atrophiés, ou encore les membres paralysés d’un homme qui guérit et saute de joie. Arrêtons-nous un moment aujourd’hui sur ce miracle de la guérison de l’aveugle-né.

Il y a plusieurs niveaux de sens, le sens premier littéral est celui de la guérison physique. Dans cette guérison physique se manifeste l’amour infini, la compassion, la miséricorde de Jésus qui ne passe pas indifférent auprès des souffrances humaines. Jésus – et en Lui le Père aussi – aime l’homme. Le Père souffre de nos souffrances et envoie son Fils pour nous ramener à la vie, à la guérison, à la santé. Cette guérison physique doit, tout d’abord, être prise à la lettre, comme un acte de miséricorde, comme un signe de la miséricorde constante de Dieu et de Jésus vis-à-vis des hommes.

Acte de miséricorde et aussi acte de puissance. Acte de puissance de Dieu, certes, où Jésus est véritablement Dieu, mais aussi acte de puissance de l’homme, parce que l’homme retrouve en Dieu sa place seigneuriale et royale dans le monde. En Jésus c’est la nature humaine qui est rénovée et qui est non seulement guérie mais redevient guérissante, en Jésus c’est la volonté humaine unie et soumise à celle de Dieu qui accomplit les miracles et qui restitue à la nature ses véritables lois. Celles-ci furent déformées par la chute et cela nous a entraînés à la maladie, aux souffrances et à la mort. Désormais la nature elle-même trouve sa véritable harmonie et cela s’accomplit non simplement par une intrusion de Dieu dans notre monde, mais parce qu’en Jésus, l’homme lui-même retrouve sa véritable capacité de rendre au monde déchu et souffrant, la guérison, la lumière et la vie.

Un autre aspect qu’il ne faut pas oublier ici est que lorsque Jésus vient dans sa lumière et dans sa parole de vérité vers les hommes, alors les cœurs humains sont appelés à choisir. Devant la présence de la Lumière et de la Vérité, l’homme ne peut pas rester longtemps neutre. Il doit choisir pour ou contre, il doit s’engager. Cet engagement se fait à tout instant dans les différentes étapes de la révélation, en suivant la marche de Jésus dans le monde. Les uns se tournent vers Lui, les autres se détournent ou s’opposent, et, à mesure que Jésus va vers sa Passion, nous voyons que la foi grandit et que la haine grandit aussi, menant à la décision de mettre Jésus et ses proches à mort.

Arrêtons-nous enfin sur cette conversion du cœur, qui est une conversion profonde, une illumination, une guérison, qui est une délivrance de cette cécité. Celle-ci est une des formes les plus dures de la maladie, et elle est en même temps un des symboles les plus profonds du péché et de la mort spirituelle. Nous sommes tous atteints par cette même souffrance, par cette même maladie, par cet aveuglement de naissance. Nous sommes tous privés de la lumière de Dieu, et c’est pourquoi le baptême est pour nous tous une véritable naissance, une guérison, une naissance nouvelle, une ouverture des yeux à la vraie lumière, dont la lumière du soleil n’est qu’un faible, bien que joyeux, symbole. Ouverture de nos yeux à la vraie lumière, le miracle d’aujourd’hui nous oriente ainsi vers le baptême.

C’est ainsi que les Pères de l’Église ont vécu, ont compris, ont interprété ce miracle et d’autres encore, comme signifiant un enseignement caché et symbolique sur les sacrements, sur le baptême, sur l’eucharistie. Les yeux s’ouvrent par la volonté maîtresse de Dieu qui l’ordonne ainsi et qui nous appelle des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie. Lorsque les yeux s’ouvrent, le cœur devient un cœur voyant. « Bienheureux les cœurs purs – c’est-à-dire en l’occurrence les cœurs purifiés et sanctifiés par l’eau vive de Dieu – car ils verront Dieu.(1) ».

Nous confessons le Seigneur comme l’aveugle qui a trouvé la guérison, qui est contraint à confesser Jésus d’abord comme un prophète et puis ensuite à reconnaître en Lui le Seigneur, le Fils de Dieu. Pour lui, c’est une confession dangereuse, une confession où il risque l’exclusion de la synagogue, c’est-à-dire l’excommunication de la vie sociale et religieuse du peuple. Nous aussi, lorsque nous nous éveillons, que nos yeux s’ouvrent et que notre bouche s’ouvre aussi à la confession de la Seigneurie de Jésus, nous devons savoir que nous sommes solidaires de tous ceux qui le confessent dans différents pays et que cette confession peut les mener à la souffrance, au martyre. Nous ne savons pas dans quelle mesure, et à quel moment, nous serons appelés nous aussi, d’une manière ou d’une autre, à confesser Jésus publiquement au risque soit de notre vie, soit de nos avantages.

Un dernier aspect enfin de ce très riche épisode d’aujourd’hui, c’est que Jésus ne le guérit pas seulement par une parole, mais par un double acte.

Le premier acte : Il prend de la boue de la terre, et Il mélange cette boue avec sa propre salive et Il en enduit les yeux du malade. Et ce premier acte nous rappelle, bien sûr, l’événement premier de la création de l’homme selon le second chapitre de la Genèse, où Dieu prit de la boue, de la glaise, en façonna l’homme et puis insuffla dedans l’Esprit de Vie. Ainsi Dieu recrée littéralement les yeux de celui qui en était privé, Il lui rend la vue. Cette boue mélangée à la salive, au souffle même de Jésus, c’est le mélange de la terre, de la glaise, du néant pour ainsi dire, et du souffle venant de Dieu, de l’eau vive venant de Dieu que Jésus nous communique.

Le second acte : La guérison ne vient pas tout de suite lorsque le malade a les yeux enduits de ce mélange de boue et de salive ; Jésus l’envoie encore se laver à la piscine de Siloé et c’est après cela seulement qu’il recouvre la vue. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que Jésus respecte et enseigne à respecter les institutions de la Loi et de la religion juive. Aller à la piscine c’est aussi, comme pour les lépreux, aller se montrer aux prêtres. C’est en allant se montrer aux prêtres que les lépreux trouvèrent la guérison. Il est nécessaire que l’on se soumette aux ordonnances, que ce soit pour les Juifs les ordonnances de la Loi de Moïse, que ce soit pour nous celles de l’Église.

« Va te laver », c’est encore un signe annonçant le baptême. Siloé signifie en hébreu "l’envoyé", l’apostolos. Cela nous révèle, je crois, tout le sens de l’Église comme apostolique, c’est-à-dire tous ceux qui sont dans l’Église les successeurs des apôtres sont les successeurs des envoyés de Jésus. Nous avons tous la mission de continuer et de réaliser dans le monde, à travers l’Église, l’action illuminatrice et guérissante de Jésus. La parole de Jésus est prononcée, elle est entendue, elle est accueillie, mais ensuite il faut vivre de la vie de l’Église, de ses sacrements, de sa parole, de sa liturgie, obéir à ses lois inspirées par l’Esprit Saint. C’est de tout cela qu’il faut que nous nous souvenions que Jésus n’agit pas Seul, qu’Il agit à travers les hommes et à travers l’Église qui est son Corps et qui est son Épouse.

Le mot de la fin de cette prédication sur l’illumination de l’homme aveugle, c’est que Jésus, Lui-même, Se donne à lui et S’ouvre à lui, Lui qui est la lumière véritable : « Je suis la lumière du monde (2)». La lumière du monde qui jaillit depuis la Résurrection, depuis la Pentecôte, dans la descente du Saint Esprit et dont nous sommes à la fois les réceptacles et les médiateurs.

Amen.
Le Christ est ressuscité !
En vérité Il est ressuscité !

Père Boris

Notes

(1) cf. évangile selon saint Matthieu chapitre V, verset 8.

(2) cf. Évangile selon saint Jean chapitre VIII, verset 12 ; chapitre IX, verset 5 et chapitre XII, verset 46.

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