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La Transfiguration

Fête de la Transfiguration

Seconde épître de saint Pierre chapitre Ier, versets 10 19
Évangile selon saint Matthieu chapitre XVII, versets 1 9.

Constantin Andronikof : "La bénédiction des fruits"

La liturgie de ce jour-là est suivie par un rite touchant et lourd de sens : celui de la bénédiction des fruits. Les nations méridionales apportent à l'église le raisin, symbole de tous les produits de la terre. Avec le blé, le raisin constitue les "espèces" de l'eucharistie. Les peuples septentrionaux, à défaut de vigne, apportent les pommes, dont le symbolisme n'est pas indifférent : c'est celui de la connaissance du bien et du mal. (1)

Avant la Transfiguration, les fruits sont encore "enténébrés", comme la nature d'Adam et à cause d'elle ; ils n'ont pas encore été touchés par la lumière de l'Esprit ; de même qu'Adam, microcosme et roi de la nature, n'a pas encore obtenu la capacité de divinisation. Les produits de la terre le sont que matière. Ils ont reçu la grâce de vivre, puisqu'ils existent ; celle de la sanctification, puisqu'ils ont eu la grâce de la palingénésie du Baptême (2) ; non pas encore celle de l'illumination dans la beauté édénique. La Trinité le leur communique sur le Thabor. (3)

En Russie, par exemple, les paysans ne mangeaient pas de fruits avant le 6 août, date de la Transfiguration. Ce jour-là, ils venaient à l'église faire bénir des pommes rouges (le rouge, couleur du sang, symbolise la vie ; et le mot voulait dire beau).

Si l'homme n'avait pas à faire d'acte propitiatoire ni à demander de sanctification pour la nature avant qu'il n'eût été chassé du Royaume, y ayant été saint et dans la présence continuelle de Dieu ; et s'il n'aura plus à le faire dans le Royaume retrouvé, où il n'y a "pas de temple, car le Seigneur, Dieu Tout-puissant, en est le temple" (4), car, "quand le pardon des péchés est acquis, il n'y a plus d'offrande pour le péché" (5) ; entre l'exil et le retour, l'homme élève vers le ciel ce qu'il tire de la terre. La Transfiguration étant la vision prophétique de l'illumination finale, l'Église veut en étendre la lumière sur les fruits de la nature, dès lors que celle-ci a reçu la sanctification baptismale dans le Jourdain, et à l'époque de l'année ou ces produits mûrissent au soleil et où l'homme est sur le point de récolter ce qu'il a semé.

Certes, l'usage de faire bénir les produits du sol remonte aux offrandes antiques et se retrouve dans toutes les religions sacrificielles. Ce qui nous intéresse directement ici, c'en est l'origine vétéro-testamentaire. La première oblation de cet ordre que mentionne l'Écriture est celle de Caïn (6) ; la deuxième, celle d'Abel (7).

L'on aperçoit tout ce que la théologie et la symbolique peuvent en tirer. En tout cas, ce fut un rite de l'ancienne alliance, prescrit au Sinaï (8) et codifié par le Lévitique (9). Il a été repris assez tôt par l'Église du Nouveau Testament, comme en témoignent la 3e des "Constitutions Apostoliques" (10) et le 28e canon du VIe Concile Œcuménique. La coutume est aussi restée d'apporter à bénir fleurs et branchages le Dimanche des Rameaux, à la Pentecôte, à l'Exaltation de la Croix ; des préparations de miel, de blé et de fruits secs, à Noël ; des gâteaux spéciaux et des œufs, à Pâques ; le pain, à toutes les liturgies eucharistiques.

Constantin Andronikov
Le Sens des Fêtes - Cerf 1970
pp 251-253

Notes
(1) Voici l'essentiel de la prière pour "la consommation du raisin le 6e jour d'août":
"Bénis, Seigneur, ce fruit nouveau de la vigne... qu'il soit pour notre joie, en T'apportant un don pour la purification des péchés, par le corps sacro-saint de Ton Christ".
Prière "pour ceux qui apportent les prémices des légumes" (ou des pommes): "Seigneur notre Dieu, Toi qui as enjoint à chacun de T'apporter ce qui est à Toi et qui vient de Toi" (paroles de l'anaphore)... "accepte maintenant ce qu'apporte Ton serviteur (untel) et rends-le digne de demeurer ainsi dans Tes retraites éternelles..."
(2) cf. Le Sens des Fêtes chapitre III La Théophanie pp. 175-224
(3) Le refus de l'Esprit de vie et l'ignorance de la Transfiguration par la grâce sont parmi les grandes indigences du matérialisme. Celui-ci voue la matière à une existence sans avenr et la chair, à une mort sans résurrection. Il renonce au renouveau éternel et se condamne soit au statu quo, dans une durée indéterminée, soit à l'entropie mortifiante. Outre la notion de matière, et pour les mêmes raisons "pneumatiques", la notion d'énergie perd la majeure partie de son sens et sa profondeur dans le matérialisme.
(4) Apocalypse chapitre XXI, verset 22
(5) Épître aux Hébreux chapitre X, verset 18
(6) Genèse chapitre IV, verset 3
(7) ib., verset 4
(8) Exode chapitre XXIII, verset 19
(9) Lévitique chapitre XXIII, versets 10 sq.
(10) Si cette compilation syrienne est du début du Ve siècle, elle a été faite à partir de documents bien plus anciens (P.G.I, 555 sq.)

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