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Commentaire patristique

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guérison de la fille de la cananéenneLa guérison de la fille de la Cananéenne

XXXVIe dimanche après la Pentecôte
Seconde épître aux Corinthiens VI, 16-VII, 1 - évangile selon saint Matthieu XV, 21-28

Commentaire de saint Ephrem de Nisibe

Elle le suivait et criait : aie pitié de moi. Et Il ne lui répondit pas (Mt 15,22-23). Le silence du Seigneur fit naître un cri plus véhément dans la bouche de la Cananéenne. Il la méprisa par son silence, et elle ne s'interrompit pas. Il la repoussa par son discours, et elle ne se retira pas. Il honora Israël qui l'insultait (Mt 15,24), et elle n'en eut pas de jalousie bien au contraire, elle s'humilia et exalta Israël, disant: "les chiens mangent les miettes de leurs maîtres" (Mt 15,27), comme si les Juifs étaient les maîtres des nations.

Ses disciples s'approchèrent et lui demandèrent de la renvoyer (Mt 15,23). Le Seigneur leur proposa en exemple l'amour audacieux des païens. Il appela ceux-ci des chiens, et les Israélites des fils. Les païens, figurés par les chiens, en avaient l'impudence et l'amour, tandis que les Israélites, figurés par lesfils, possédaient la rage des chiens. On ne prend pas le pain des fils, pour le jeter aux chiens (Mt 15,26). Il lança cette grave injure à ses oreilles, et les en remplit, pour que sa foi fût manifestée. Écoute sa réponse : certainement, mon Seigneur (Mt 15,27) ; pour son profit, elle n'eut pas honte du nom de chien. C'est pourquoi il dit "Ta foi est grande, femme" (Mt 15,28). Et alors qu'il avait appelé chiens les gentils, il compara son don à du pain.

Il a donc fait des miracles en Israël pour lui apprendre que quiconque résiste au Christ résiste à une puissance supérieure. Car cet Israël qui, à l'époque antique avait obéi au nom de "Jésus", fils de Nun, ne reconnut pas le Seigneur porteur de ce nom, lors de son avènement. Mais au contraire, la race de Canaan, à partir des ombres qu'elle avait vues alors en "Jésus", fils de Nun, reconnut l'antitype dans ses images. Et lorsque l'esprit impur sortit de la race de Canaan qui avait appris la vérité à partir de la similitude, il se retourna et entra en Israël qui, pendant longtemps, avait été exercé par les similitudes de la vérité.

Aussi, quand vint le Seigneur des similitudes, Israël blasphéma contre lui. Mais cet esprit possédait déjà les, Israélites, quand ils revinrent d'avoir exploré la terre du Canaan, qu'ils se mirent à vociférer et qu'ils s'agitèrent contre Moïse au point de vouloir le lapider (Nb 14, 1-38) ; et Moïse calma leur colère. Le nom de "Jésus" détruisit les géants (Nb 13, 32-33 et Jos 1) devant les Israélites, l'esprit impur s'en alla chez les Cananéens, et ceux-ci vinrent combattre "Jésus, fils du Nun".

Or, quand vint le vrai Jésus, c'est par la foi des Cananéens qu'il chassa l'esprit impur de la jeune fille, elle-même symbole de la race de Canaan. Et, dans toutes les religions, les esprits impurs sont toujours sortis au nom de Jésus. Si pourtant tu regardes aujourd'hui Israël, tu découvriras que toute la fureur et toute la chicane des nations habitent en lui.

Cependant, ô auditeur, ne t'arrête pas uniquement au récit de cet esprit et de ses sept compagnons mais cherche
la pointe de la comparaison ou de la parabole, sans te disperser à travers tous ses aspects. L'abondance des
traits paraboliques n'est qu'un revêtement provisoire. il faut en écarter ce qui est inutile, pour que la parole
elle-même apparaisse dans sa vérité. Et de même que les Cananéens qui avaient lutté contre ce nom de Jésus disparurent de la terre, de la même manière, les Israélites furent-ils arrachés du milieu de leur habitation.

Extrait du "Commentaire du Diatessaron" (2) par Ephrem de Nisibe

Notes

(1) "Jésus" fils de Nun = Josué. Josué et Jésus même racine en hébreu.
(2) Petite Note sur le Diatessaron. Cette tentative, par Tatien, de présenter le contenu des Quatre Évangiles en un seul texte diffusa la Bonne  Nouvelle au IIe et IIe siècle via ses versions syriaque et arménienne, etc. Celles-ci ont exercé une grande influence en Orient, pas toujours dans le sens de l'orthodoxie. Tatien (IIe siècle), après avoir été le disciple de saint Justin le Philosophe et Martyr, semble avoir subit l'influence de certaines hérésies gnostiques elles-mêmes attachées à combattre l'Ancien Testament, et particulièrement hostiles aux Juifs. Théodoret de Cyr a fait classer Tatien au rang des hérétiques. Saint Ephrem au contraire s'appuie sur son travail.