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Homélie

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3e dimanche après la Pentecôte Épître aux Romains V, 1-10
Évangile selon saint Matthieu VI, 22-33

Le Centurion

Quatrième dimanche après la Pentecôte
Épître aux Romains VI, 18-23 ;
Évangile selon saint Matthieu VIII, 5-13

Homélie prononcée à Bussy par le père Boris le 21 juillet 2002

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

P. Boris Bobrinsko˙Que de rencontres diverses dans l’Évangile  ! Toutes sont uniques, et toutes nous concernent personnellement à un moment ou à un autre, d’une manière ou d’une autre.

Aujourd’hui, c’est la rencontre avec le centurion dont le serviteur est malade – peut-être près de mourir – et qui n’ose pas inviter le Seigneur dans sa maison. C’est la rencontre de la sainteté du Seigneur avec la justice des hommes, c’est la rencontre du Seigneur Tout-puissant et d’un homme bon. Cette sainteté du Seigneur est telle que l’homme est saisi d’un tremblement spirituel qui ne lui permet même pas d’ouvrir sa porte pour que le Seigneur entre dans sa maison. « Je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit. » Et pourtant, cet homme est venu vers le Seigneur avec cette supplique : « Il te suffit de dire une parole et mon serviteur sera guéri. » Et c’est peut-être même de son fils dont il parle parce qu’en grec le mot paidion signifie serviteur, esclave ou fils.

Pendant les années de son ministère, en Israël, en Galilée, en Samarie le Seigneur allait sans trêve et recevait parfois l’hospitalité, parfois non.

C’est le reflet de la multiplicité des états dans lesquels le Seigneur rencontre les âmes des hommes. La crainte révérencieuse du centurion n’est pas un cas unique et les évangiles nous rapportent comment certains hommes furent saisis de crainte et d’épouvante face au Seigneur. Lors du premier appel des disciples, par exemple, quand ceux-ci ont pêché une telle quantité de poissons que leur barque s’enfonce, l’effroi les saisit tous et Pierre, tombant à genoux, s’écrie : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur.  » C’est-à-dire, éloigne-toi, ne t’approche pas de moi, je ne peux pas le supporter, je n’ai pas la force de m’approcher de la sainteté qui porte en elle une telle puissance.

Nous avons tous connu, un jour ou l’autre, ce sentiment d’effroi, quand, tout simplement, nous ne pouvons pas supporter le poids de la présence du Seigneur, de Sa sainteté, de Sa miséricorde, de Son amour même parce que nous sommes tellement loin : « Éloigne-Toi de moi, Seigneur, au moins pour un moment, pour que je me retrouve, que je me reprenne moi-même. » Pour la même raison, on voit le Seigneur chassé du pays des Géraséniens , lorsqu’Il a guéri le possédé en faisant entrer les démons dans les porcs.

Nous avons tous les cas de figure possibles, ils correspondent à toutes les sortes de situations comme aux différents moments de notre propre vie. Chacun d’entre nous a pu traverser ces moments de rejet de Dieu, de crainte de Dieu, ou de méfiance, comme Simon le Pharisien qui Le reçoit mais sans Lui laver les pieds… Ces contrastes reflètent notre propre existence : nous passons par des hauts et des bas, nous avons des moments de douceur et de joie, ou des moments de crainte, de honte, de misère, quand le sentiment de notre péché nous accable et nous fait dire : « Comment m’approcherai-je du tout-saint, du tout-autre, du Seigneur ? » Même si nous savons qu’Il n’est pas venu pour sauver les justes mais pour sauver les pécheurs et les amener à la repentance.

Puissions-nous garder cette parole du Centurion dans notre cœur, en particulier lorsque nous nous approchons de la sainte Communion. En effet, nous sommes indignes, bien sûr, et nous serons toujours indignes de recevoir le Saint, le Bon, la Lumière, l’Esprit Saint, la plénitude de la grâce divine dans la sainte Communion, de recevoir le Christ Lui-même pour qu’Il demeure en notre cœur. Nous sommes indignes de tout cela. Nous devons en être convaincus et en même temps continuer d’implorer la miséricorde du Seigneur, car le Seigneur Lui-même désire venir dans notre maison, entrer dans notre cœur et y demeurer. Dans l’Apocalypse, le Seigneur dit : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerais chez lui, je dînerais avec lui, et lui avec moi. »

Puissions-nous donc nous éloigner de la simple terreur, et ressentir au contraire une crainte salutaire, fertile et féconde, qui nous amène aux pieds du Seigneur et nous enseigne à Le chercher, à Lui ouvrir notre cœur. Seul le Seigneur peut réellement ouvrir notre cœur, le libérer des liens qui l’enserrent et de toutes les serrures qui nous empêchent nous-mêmes d’apercevoir le fond de notre cœur, là où le Seigneur habite toujours puisque l’homme est créé à l’image de Dieu. Cette image de Dieu, qui est notre secret le plus intime, c’est le Christ Lui-même dans notre vie. Puissions-nous donc grandir, à travers ce sentiment d’indignité qui est celui du Centurion et dans lequel nous nous reconnaissons tous, aller de l’avant et chercher à nous approcher le plus possible du Seigneur, en Le trouvant également dans notre prochain, car c’est là aussi que nous devons Le rencontrer et L’accueillir  !

Amen

Père Boris

Alors Jésus dit à Simon : « Sois sans crainte; désormais tu seras pêcheur d’hommes. » Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent. (évangile selon saint Luc V, 8-11.

Cf. Luc VIII, 26-39.

Cf. Apocalypse III, 20