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Homélie

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Pantocrator

David proclame la divinité du Christ


XVème dimanche après la Pentecôte.
Premier dimanche après la Croix.
Seconde épître aux Corinthiens IV, 6-15 – évangile selon saint Matthieu XXII, 35-46.

Homélie 71 de saint Jean Chrysostome sur l'Évangile de Mathieu Jean Chrysostome

 

L’évangéliste nous marque encore ici une raison qui aurait dû imposer silence aux pharisiens, et il nous fait voir en même temps quelle était leur audace.

Après avoir montré du premier et du second commandement de la Loi qu’ils sont semblables, et que l’un découle de l’autre Jésus leur demande aussitôt en gardant une suite naturelle : "Comment donc David parlant par l’Esprit de Dieu l’appelle-t-il son Seigneur"? il en use ainsi pour ne point les troubler, et ne leur donner point sujet de s’offenser en leur parlant comme de lui-même ? C’est pour cette raison qu’il ne dit pas : "Que vous semble-t-il de moi ?" mais que vous semble-t-il "du Christ" ? C’est pourquoi les apôtres, après la Pentecôte, disent encore avec tant de modestie : "Qu’il nous soit permis de dire librement du patriarche David qu’il est mort et qu’il a été enseveli."

Et Jésus, de même par cette interrogation et par la réponse qu’il y fait ensuite, établit sa divinité : « Comment donc David l’appelle-t-il en esprit son Seigneur par ces paroles : Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite, jusqu’à ce que j’aie réduit vos ennemis à vous servir de marchepied »

Verset 45 : « Si donc David l’appelle son Seigneur, comment est-il son fils » ?

Ce qu’il ne dit pas pour nier que le Christ fût le fils de David, mais pour représenter aux Pharisiens leur erreur, lorsqu’ils croyaient qu’il n’était QUE le fils de David.

Car lorsqu’il leur dit : « Comment est-il son fils » ? il faut sous-entendre de la manière que vous vous le figurez. Les pharisiens disaient que le Christ n’était que le fils de David, et non « le Seigneur de David ». Après leur avoir rapporté ce témoignage du Prophète, Jésus leur dit avec douceur : « Si donc David l’appelle son Seigneur, comment est-il son fils » ? Ils ne répondent rien à ces paroles ; parce qu’ils ne voulaient pas s’instruire, mais seulement tenter le Sauveur. C’est pourquoi Jésus dit lui-même qu’il était « le Seigneur de David », ou plutôt il ne le dit que par le Prophète, parce qu’ils n’avaient aucune foi en lui, et qu’ils tiraient de toutes ses paroles des sujets de le décrier.

Et nous devons beaucoup, mes frères, considérer cette disposition des Pharisiens, afin de pas nous scandaliser, lorsque nous voyons que Jésus leur parle de lui-même d’une manière si humble, et qui lui est si disproportionnée. Entre plusieurs raisons qu’il avait de se conduire de la sorte, celle-ci sans doute était une des principales, qu’il devait agir avec une grande condescendance à leur égard, et qu’il était obligé d’épargner beaucoup leur faiblesse.

Et l’on voit même ici que ce n’est que sous forme d’interrogation qu’il établit sa divinité, et qu’il ne la leur découvre qu’obscurément.

Car il y avait encore bien de la différence entre être « le Seigneur de David » ou être le Seigneur de tous les Pharisiens. Et l’occasion que Jésus prend de leur dire ceci, est admirable. Car, après avoir dit qu’il n’y a qu’un Dieu et qu’un Seigneur, il dit aussitôt qu'il est ce Seigneur, et il le prouve non seulement par ses actions, mais encore par les prophètes ; montrant que son Père prendrait sa cause, et qu’il le vengerait contre eux-mêmes. « Jusqu’à ce que je réduise vos ennemis », dit-il, « à vous servir de marchepied ». Ce qui fait voir clairement quel zèle le Père avait pour la gloire de son Fils, et quelle union ils avaient ensemble.

C’est ainsi qu’il termina enfin toutes ces questions que les Pharisiens lui faisaient pour le surprendre ; et l’on peut dire que celte fin en fut glorieuse et surprenante, et qu’elle était capable de fermer éternellement la bouche à ses ennemis. En effet, depuis ce temps ils se tinrent dans le silence ; silence qui, à la vérité, n’était pas volontaire, mais forcé ; parce qu’ils n’avaient plus rien à lui dire. Ses réponses précédentes, comme autant de flèches mortelles, les avaient tellement abattus, qu’ils ne lui pouvaient plus résister.

Verset 46 : « Nul ne fut capable de lui répondre un mot. Et à partir de ce jour personne n'osa plus l'interroger ».

Le peuple retirait un grand avantage de ce silence des pharisiens, puisque ceux-ci n’osaient plus interrompre les prédications du Sauveur. Aussi l’on voit que Jésus ne parle plus qu’au peuple dans la suite.

Tous les pharisiens et les docteurs de la loi le fuient, et il semble qu’il ait mis tous ces ennemis en fuite comme une troupe de loups qui ne cherchaient qu’à le dévorer.

Ces envieux ne retirèrent aucun fruit de leurs demandes envenimées ; et l’amour de la vaine gloire dont ils étaient possédés, les empêcha de profiter de tant d’instructions si manifestement divines.

Vous voyez donc, mes très chers frères, qu’il n’y a rien de plus opposé à la gloire que nous recherchons. C’est le moyen de faire tout le contraire de ce que nous prétendons, puisqu’au lieu de signaler notre vertu, nous serons cause que notre vanité sera connue des hommes et punie de Dieu.

Gravons ces vérités dans notre cœur. Qu’elles nous servent à mépriser la gloire humaine, et à ne chercher que celle de Dieu, et nous serons estimés en cette vie et heureux en l’autre, par la grâce et par la miséricorde du Seigneur Jésus, à qui appartiennent le règne la puissance et la gloire pour les siècles des siècles.

Amen.

Jean Chrysostome (v345-407)
archevêque de Constantinople
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