saint Cyprien de Carthage

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Homélie de saint Cyprien sur la condition mortelle

Mes très chers frères, je sais que la plupart d’entre vous font preuve d’un esprit vigoureux, d’une foi inébranlable et d’une âme fervente. Vous restez insensibles aux charmes du monde, vous bravez son agitation et ses assauts impérieux en demeurant courageux et imperturbables.
Votre âme ne se laisse pas submerger par les tentations, donnant ainsi la preuve de sa valeur.
Je remarque pourtant parmi vous des individus qui n’affirment pas un comportement aussi ferme, et qui ne déploient pas la force divine et invincible que contient leur coeur. Est-ce à cause d’une défaillance de l’âme ou de la foi ? Est-ce par attachement aux plaisirs de la vie et aux séductions des sens ? Ou, ce qui serait plus grave, par ignorance de la vérité ?
Pour réprimer l’apathie de ces esprits futiles, je leur tiendrai, dans la mesure de ma compétence, un discours énergique imprégné d’Évangile. Je ne dissimulerai rien, je ne tairai rien, afin de rendre dignes de Dieu et du Christ ceux qui sont déjà devenus hommes de Dieu et du Christ, mais qui restent troublés par les tempêtes de ce monde. Mes très chers frères, voyez cet homme : il est devenu soldat de Dieu à qui il a consacré toutes ses espérances.
Le voici posté dans le camp du ciel, au milieu des tempêtes qui agitent notre monde. Montrons-lui sa dignité, afin qu’il n’éprouve ni trouble ni angoisse.
Rappelons-lui que le Seigneur a prédit l’arrivée de ces événements, et qu’il nous a encouragés de sa voix prévenante.
Il a prophétisé les guerres, les famines et les tremblements de terre, dans l’espoir que ces mises en garde fortifient les fidèles et les rendent aptes à affronter l’avenir.
Pour nous éviter d’être terrorisés par les événements qui nous assaillent, le Seigneur nous a annoncé que les calamités s’abattraient sur nous jusqu’à la fin des temps.
Nous voyons bien que ces prédictions s’accomplissent de nos jours. Or, si ces événements se produisent, pourquoi n’en serait-il pas de même pour la promesse de Dieu ? Ne dit-il pas lui-même : Lorsque vous verrez arriver cela, sachez que le Royaume de Dieu est proche.(1)
 Mes très chers frères, désormais le Royaume de Dieu est proche. La fin de ce monde annonce déjà la récompense de la vie éternelle, la félicité du salut, la sécurité perpétuelle et la jouissance du paradis que nous avions jadis perdu.
Dès aujourd’hui les choses célestes succèdent aux choses humaines, les grandes réalités aux petites, les vérités éternelles aux temporelles. Y a-t-il lieu de s’inquiéter et d’appréhender l’avenir ?
Celui qui manque d’espoir et de foi sombrera dans l’angoisse et la tristesse. En effet, celui qui ne veut pas marcher vers le Christ redoute la mort, il ne croit pas qu’il commence déjà à régner avec Jésus.
Nous vivons dans l’espoir et nous croyons en Dieu, nous avons la conviction que le Christ a souffert pour nous et qu’il est ressuscité.
Pourquoi refusons-nous donc de quitter ce monde, alors que nous demeurons dans le Christ et que nous sommes régénérés par Lui et en Lui ?
Pourquoi nous affligeons-nous tant du départ des nôtres, comme s’ils étaient perdus à jamais, alors que le Christ Notre-Seigneur nous réconforte en disant : Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais.(2)
 Si nous croyons en Jésus-Christ, si nous avons confiance en ses paroles et en ses promesses, nous ne mourrons jamais. Allons donc vers Lui dans la paix et la joie, afin de vivre et de régner pour toujours avec Lui.
N’oublions jamais que la mort est la porte de l’immortalité, et que nous ne pouvons entrer dans la vie éternelle qu’après avoir quitté ce monde. La mort n’est pas un terme final, mais un passage, un cheminement temporaire vers l’éternité.
Qui n’aurait hâte de parvenir à une vie meilleure ? Qui ne serait impatient d’être transfiguré à l’image du Christ ?
Qui ne voudrait accéder au plus vite à la dignité de la gloire céleste ?
L’Apôtre proclame à ce sujet : Nous, nous sommes citoyens des cieux ; c’est à ce titre que nous attendons comme sauveur le Seigneur Jésus-Christ, Lui qui transformera nos pauvres corps à l’image de son corps glorieux.(3)
 Le Seigneur lui-même nous a promis cet avenir. Il a prié son Père afin que nous soyons avec Lui, qu’avec Lui nous vivions au ciel, et qu’avec Lui nous nous réjouissions dans le Royaume.
Père, dit-il, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée avant même la création du monde.4
 Celui qui doit quitter ce monde pour rejoindre la maison du Père et jouir de l’éclat du Royaume ne doit ni s’affliger, ni se lamenter. Au contraire, confiant dans la promesse de Dieu et fort de sa foi en la vérité, il doit se réjouir de ce départ et de ce transfert.
Hénoch fut enlevé à la vie après avoir eu la faveur de Dieu. Il est écrit, en effet, au livre de la Genèse : Ayant plu à Dieu, Hénoch disparut, car Dieu l’avait enlevé.(5)
 Il mérita ainsi d’être soustrait à l’influence du monde pour avoir plu à Dieu.
Par le ministère de Salomon, l’Esprit-Saint nous parle également du juste, disant : Il a su plaire à Dieu, et Dieu l’a aimé ; il vivait dans ce monde pécheur : il en fut retiré.
Il a été repris, de peur que le mal ne corrompe sa conscience.(6)
 Vouloir demeurer longtemps sur terre est une attitude caractéristique de l’homme séduit par les attraits mensongers du monde. Si le monde vous déteste, pourquoi l’aimeriez-vous ? Pourquoi ne pas plutôt rechercher le Christ, lui qui vous rachète et qui vous aime ?
Dans sa première épître, Jean nous met en garde contre les désirs charnels qui nous attachent au monde. Il nous exhorte en ces termes : N’ayez pas l’amour du monde, ni de ce qui est dans le monde. Si quelqu’un aime le monde, il n’a pas en lui l’amour du Père. Tout ce qu’il y a dans le monde – les désirs égoïstes de la nature humaine, les désirs du regard, l’orgueil de la richesse – tout cela ne vient pas du Père, mais du monde. Or, le monde avec ses désirs est en train de disparaître, mais celui qui fait la volonté de Dieu demeure pour toujours.(7)
 Mes très chers frères, obéissons promptement aux volontés de Dieu, avec la force d’une âme droite, d’une foi inébranlable et d’un solide courage. Bannissons toute crainte devant la mort en songeant à l’immortalité qui lui succède.
Mes très chers frères, ne perdez jamais de vue que nous avons renoncé au monde et que nous vivons ici-bas comme des hôtes de passage, comme des étrangers. Bénissons le jour de notre départ, lorsque nous nous verrons assigner notre demeure véritable. Une fois arrachés à ce monde, et délivrés des liens du siècle, nous retrouverons le paradis du Royaume des cieux.
Qui ne se dépêcherait de regagner sa patrie après un séjour à l’étranger ? Qui ne se hâterait de retrouver les siens en souhaitant un vent favorable pour voguer plus rapidement ?
Notre patrie, c’est le paradis. Nos pères sont les patriarches.
Pourquoi n’aspirerions-nous pas à revoir notre patrie et à retrouver notre véritable famille ? Une foule d’êtres chers nous attendent là-bas : des parents, des frères, des fils.
Eux aussi aspirent à nous voir parmi eux. Ils sont sûrs de leur propre salut, mais ils sont encore préoccupés par le nôtre. Avec eux, nous partagerons la joie des retrouvailles et des embrassades.
Quelle douceur de mourir sans crainte !

1 Lc 21, 31
2 Jn 11, 25-26
3 Ph 3, 20-21
4 Jn 17, 24
5 Gn 5, 24
6 Sg 4, 10-11
7 1 Jn 2, 15-17
De mortalitate, 1-2. 21-24. 26. PL 4, 583-584. 596-602.