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Septième dimanche de Mathieu : La guérison des Deux Aveugles

VIIe dimanche après la Pentecôte
Épître aux Romains XV, 1-7
Évangile selon saint Matthieu IX, 27-35

Homélie prononcée par Père Boris le 2 août 2003 au monastère Notre-Dame-de-Toute-Protection, à Bussy

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Les Évangiles de ces premiers dimanches après la Pentecôte nous ramènent à la période galiléenne : « Et Il allait par les villages et les villes, annonçant l’évangile du Royaume et guérissant toute infirmité et toute faiblesse du peuple. » [1]

C’est le printemps de Son annonce du Royaume, le Seigneur marche à travers les bourgades et les villages, les hameaux, prêchant le Royaume de Dieu. Il annonce le Royaume qu’Il est Lui-même, car Il est le Royaume et le Roi, venu en puissance bien qu’encore caché.

Le Seigneur prêche, atteint les cœurs des hommes, guérit les maladies et chasse les démons.

L’annonce du Royaume, la guérison des malades et l’expulsion des démons sont tous trois inséparables parce que le service du Seigneur consiste à manifester le Royaume qui arrive déjà en Lui.

Ce ministère en Galilée apparaît comme une période des fiançailles du Seigneur avec Son peuple. Les foules se précipitent à Sa rencontre. Les gens cherchent à marcher sur Ses pas, à L’approcher, à toucher Son vêtement. Ils Le croient thaumaturge et recherchent en Lui une parole de paix, de joie et de vérité. Ceux dont le cœur est pur ont, quant à eux, la certitude qu’Il guérit et fait des miracles et ce n’est pas seulement pour cela qu’ils accourent mais parce que la Parole de Dieu, pleine de grâce et de puissance, pénètre au plus profond d’eux-mêmes et change leurs cœurs.

Ainsi le Seigneur s’adresse au cœur des gens et les gens L’écoutent de toute leur âme. Jaillissante de la bouche du Seigneur, la Parole atteint les profondeurs les plus intimes et suscite les conversions. Nous effleurons ici l’action mystérieuse de l’Esprit qui, déjà à cette époque, convertissait et ramenait les cœurs humains vers le Seigneur.

Voici donc deux aveugles qui ont entendu parler de Jésus, ils s’élancent vers Lui. En trébuchant sur les pierres, ils s’efforcent à grand-peine de rattraper la foule qui se presse autour de Jésus, mais en vain. Alors ils se mettent à crier. C’est dans un cri qu’ils supplient. Et jusqu’à la maison où Jésus ira se reposer, ils ne cesseront de répéter cette invocation : « Fils de David, aie pitié de nous. »
« Aie pitié de nous ! » À la suite de ces deux aveugles, ces mots sont répétés jusqu’à la fin des temps comme la prière la plus simple.

C’est ici que prend sa source la prière du cœur : « Seigneur Jésus Christ Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur. » La prière de Jésus demeure dans le cœur de ceux maltraités par le destin qui mettent tout leur espoir en Dieu et qui invoquent le Nom du Seigneur.

L’invocation du Seigneur naît, en effet, au plus profond de notre misère, de notre souffrance et de notre dépendance et révèle notre soif de la grâce et la patience de Dieu. Et quand nous sommes dans l’aveuglement spirituel, pressentant qu’il y a une vérité que nous ne voyons pas mais que nous désirons voir, nous appelons le Seigneur.

Nous aussi, les uns et les autres, nous L’invoquons de la même façon. Cette prière du cœur est vécue, non seulement dans les monastères, mais par tous. C’est l’invocation du Nom béni de Jésus, car, comme le dit saint Pierre, « Dieu L’a fait Seigneur et Sauveur, L’ayant ressuscité des morts » [2]. Jésus désormais est Seigneur du ciel et de la terre. Sa royauté doit s’instaurer dans les cœurs humains. Et, nous prions la prière de Jésus pour que le Seigneur ait pitié de nous, pour qu’Il nous garde dans la foi, l’espérance et l’amour.

À la maison, les deux aveugles ont enfin rejoint Jésus et Le supplient encore. « Qu’il soit fait selon votre foi » leur dit-Il et ils reçoivent pleine guérison parce que leur foi était suffisante. En vérité, notre foi n’est jamais suffisante, mais Dieu la complète et la rend parfaite.

La miséricorde de Dieu est là, et nous osons, malgré notre aveuglement spirituel, nous adresser au Seigneur, et Lui demander la guérison et la vue. Le Seigneur multiplie en nous, bien plus que nous ne pouvons l’imaginer, Sa grâce et le don du Saint-Esprit.
Après avoir guéri ces aveugles, Il leur dit de n’en rien dire. Mais eux, dans une sainte désobéissance, dirais-je, et pleins de joie, sont allés courir à droite et à gauche pour annoncer les merveilles de Dieu. On ne peut taire la grâce de Dieu. On ne peut que la crier, en joie et en reconnaissance.

Ensuite on Lui amène un possédé muet. Sans un mot, le Seigneur le libère en chassant le démon.
Chacun d’entre nous dans notre vie, a connu cette guérison, cette libération – parfois progressive, parfois brutale – des puissances ennemies. Sacramentellement cette guérison, cette libération se réalise par le baptême. Ces récits de guérison et de libération que l’Église nous a donnés de lire aujourd’hui nous offrent l’occasion de renouveler nos vœux de baptême, qui ont été pris pour nous dans notre enfance et que nous devons sans cesse rappeler, renouveler, restaurer, raviver. Car ces engagements baptismaux, même s’ils sont prononcés une fois pour toutes, d’une manière définitive et irrévocable, nous devons mettre tous nos efforts pour qu’ils demeurent le but de notre vie.

Une fois débarrassé du démon, le muet se met à parler au grand étonnement du peuple qui commence à s’exclamer « Jamais chose pareille n’a été vue en Israël ! » attirant l’attention des bien-pensants de l’époque. Ces "orthodoxes" s’approchent du Seigneur pour Le dénigrer. Ils refusent de reconnaître la présence et l’action de Dieu, alors ils travestissent Ses actes en actes diaboliques prétendant qu’Il agit par le Prince des démons.

Dans les évangiles, nous voyons souvent le Seigneur, chez les païens comme chez les Juifs, chasser les démons qui s’emparent et règnent par diverses manières dans le corps et l’âme des hommes. Ceux qui se trouvent sous l’emprise des démons d’une manière visible, ne sont peut-être pas les plus incurables. Il y a des situations pires encore, celles où, sous le couvert du bien, de la bonté, et même de la piété, des hommes cachent en réalité des démons dans leur cœur. Nous pouvons dire que ceux qui se sont opposés au Seigneur dans sa vie terrestre, qui ont été ses ennemis jusqu’à le faire mourir, étaient réellement possédés, dominés déjà par les puissances du mal qui les faisaient penser et agir contre Dieu.

On peut dire que c’est dans l’enthousiasme du peuple de Galilée que s’enracine l’inimitié de quelques-uns, pharisiens, scribes et autres docteurs convaincus d’être les "justes". Dans cet évangile, Jésus ne réplique pas. Mais dans l’évangile selon saint Luc, le Seigneur répondra que c’est par le doigt de Dieu [3], c’est-à-dire par la puissance de l’Esprit qu’Il agit. Avec le temps l’antagonisme ira croissant et l’opposition se durcira dès lors que Jésus montera à Jérusalem vers sa Passion.

Mais aujourd’hui, nous sommes encore dans la période de douceur, cette douceur évoquée par le Sermon sur la Montagne.

Il faut sans cesse relire les textes évangéliques pour que les récits de Ses miracles et de Sa bonté nous pénètrent profondément afin de faire de nous les relais, les échos et les prédicateurs de la Bonne Nouvelle de l’Évangile du Christ. Car le Seigneur continue à enseigner, à annoncer le Royaume. Il continue à faire des guérisons, ouvrant les yeux et les cœurs, à travers nous. Et la Parole de Dieu, incarnée en nous, nous appelle à annoncer nous aussi le Royaume.

Que le Seigneur ouvre nos yeux intérieurs et nous libère de l’aveuglement spirituel. Qu’Il aide chacun de nous à demeurer et à progresser dans ce chemin baptismal et pascal.      Amen.

Père Boris

Notes [1] cf. Évangile selon saint Luc VIII, 1.
[2] cf. Actes des Apôtres V, 30-31.
[3] cf. Évangile selon saint Luc XI, 15-20.

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