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Dimanche de Thomas


Deuxième dimanche après Pâques
Livre des Actes V,12-20
Évangile selon saint Jean XX,19-31

Homélie prononcée à la Crypte par le Père René le 8 mai 1994

ThomasLe Christ est ressuscité,
En vérité Il est ressuscité  !
Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

Quand les disciples retrouvent le Ressuscité dans la chambre haute, ils hésitent : «  Leurs yeux étaient empêchés de Le reconnaître » dit saint Luc. Il faut que Jésus leur montre ses mains et son côté pour les convaincre, qu'il souffle sur eux et leur dise : «  Recevez l'Esprit Saint. » Alors seulement, rencontrant plus tard Thomas, ils peuvent annoncer : «  Nous avons vu le Seigneur. »

Thomas à son tour reste incrédule : «  Si je ne vois dans ses mains la marque des clous et si je ne mets la main dans son côté, je n'en croirai rien. » Huit jours après, Jésus revient et devance la requête de Thomas : «  Mets ici ton doigt et regarde mes mains ; avance ta main et mets-la dans mon côté. » Thomas confondu pousse ce cri d'adoration, le plus beau de tout l'Évangile : «  Mon Seigneur et mon Dieu. » Thomas, sans même que Jésus ait renouvelé sur lui le don de Son souffle, reçoit l'Esprit Saint et dépasse en profondeur la foi de ses amis en proclamant le Maître bien-aimé Seigneur et Dieu.

C'est pourquoi l'Église célèbre l'expérience de Thomas comme le fondement de notre foi. Ce qui nous interroge à notre tour. Car nous n'avons pas connu le Jésus de l'histoire ; nous n'avons pas vu Son corps glorieux. Sur quoi repose donc notre foi ? Pourtant Jésus a dit : «  Heureux ceux qui croiront sans avoir vu. » Nous sommes-nous jamais posé cette question : Pourquoi croyons-nous aujourd'hui ?

Bien sûr, nous croyons sur l'affirmation de l'Église qui elle-même garde le témoignage de ceux qui ont vu, les Apôtres. Mais qu'est-ce donc qui donne à notre foi ce caractère de certitude irréductible, quand bien même nous sommes parfois cernés par les interrogations du doute ? Qu'est-ce qui nous fait accorder un crédit inébranlable aux paroles de l'Évangile ?

La foi commence avec la compréhension et notre participation aux mystères divins. Or, ces mystères échappent totalement à notre raison, bien que la raison reste nécessaire à l'exercice de notre liberté.

La connaissance des mystères divins ne peut donc venir de nous mais de Dieu. C'est pourquoi la foi est un don de Dieu. Ce n'est pas le don arbitraire d'une puissance qui nous serait étrangère. C'est l'ouverture que Dieu présente à tous de Ses desseins. C'est la révélation de l'amour de Dieu en Jésus-Christ incarné, mort et ressuscité. Il ne s'agit pas d'appréhender le Christ par un processus intellectuel. Il s'agit de se laisser envahir par Son amour, pénétrer par Son mystère, saisir par Sa réalité sacramentelle, envelopper par Sa Présence vivante en l'Église.

Ainsi notre foi, si elle n'est pas une donnée rationnelle et objectivable, n'en reste pas moins une expérience concrète du Ressuscité, expérience de grâce et de lumière, qui nous est offerte par l'Esprit Saint en Église. La foi jaillit d'une expérience personnelle du Ressuscité. C'est un acquis vécu de tout l'être, et non la déduction d'un processus intellectuel, pas plus que l'effet d'un état d'âme plus ou moins sentimental. Mais notre liberté reste nécessaire pour reconnaître la vérité de cette expérience et y adhérer pleinement. Chacun peut accepter ou refuser cette expérience, selon que nous avons ou non des yeux pour voir, des oreilles pour entendre et par-dessus tout un cœur pour comprendre.

Ainsi sans avoir de connaissance du Christ historique, il nous est donné de le connaître toujours. Nui ne peut dire Jésus Seigneur, si ce n'est dans l'Esprit Saint, dit saint Paul. Dès que l'Esprit eut fondu sur les disciples, ceux-ci se mirent à proclamer Jésus ressuscité, Christ et Seigneur et à convertir les foules, les baptisant dans l'Esprit.
Ce même baptême, nous l'avons reçu. Ce même Esprit, nous en sommes devenus le temple. Il ne cesse de prier et d'agir en nous. Pour être habituellement hors de portée de notre conscience, Sa présence en nous n'en est pas moins toujours active, autant que nous ne la refusons ni ne l'ignorons. C'est à cette présence que nous devons l'édification de notre foi, au fur et à mesure que nous nous nourrissons des Saints Dons où se trouve la vraie lumière, et dans la mesure où notre liberté ne s'oppose pas à l'action de grâce divine en nous.

Il y a entre la réalité vivante de l'Esprit en nous et notre foi en Jésus-Christ un lien de causalité absolu. «  À cela nous savons que nous L'avons connu, dit saint Jean au sujet de Jésus, qu'Il nous a envoyé Son Esprit Saint. » C'est l'Esprit, l'Esprit de Vérité que Jésus nous envoie, qui nous enseigne tout sur Lui, qui Lui rend témoignage et nous introduit dans la vérité tout entière.

L'Esprit ne fait rien pour Lui-même. Lui qui scrute les profondeurs de Dieu n'a d'autre but que de diriger notre regard sur la personne du Fils de Dieu.

Et cette réalité nous renvoie au Père, à l'amour du Père, car «  Dieu a tant aimé le monde qu'Il a donné son Fils Unique pour qu'il soit sauvé. »

Aussi la foi, notre foi, est-elle indissociable de l'amour. Après le reniement de Pierre, Jésus ne demande pas à Pierre s'il croit en Lui, mais s'il L'aime plus que les autres. En dernier ressort, c'est l'amour que nous portons à Dieu, dans l'Esprit, en Jésus-Christ qui témoigne de notre foi : «  Quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu ; celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu », dit saint Jean, parce que Dieu est amour. C'est pourquoi encore la foi n'est pas un état spirituel purement personnel qui restera incommunicable ; c'est un mouvement de tout l'être non seulement vers Dieu mais vers tout prochain. C'est pourquoi toujours une foi sans les œuvres est morte, puisqu'il ne peut y avoir de connaissance de Dieu sans l'amour. «  Aurais-je une foi à déplacer les montagnes, dit saint Paul, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien. »

Alors, en quoi l'expérience de Thomas peut-elle encore nous servir ? «  Heureux ceux qui croiront sans avoir vu. »

C'est que Thomas n'a pas seulement vu, mais saisi le Christ, qu'il l'ait touché ou non. Il a le premier reconnu dans le côté ouvert du Christ la source du sang, de l'eau, du feu divin et du baptême, cette source inépuisable, qui depuis la Pentecôte n'est plus le don octroyé à quelques-uns uns, mais conféré à tous ceux qui croient. Le Dimanche de Thomas clôt l'octave pascale, autant qu'il ouvre sur la cinquantaine pentecostale. En Thomas nous avons déjà en figure la réalisation de la promesse de l'envoi de l'Esprit Saint sur tous ceux qui croient au Christ en Église. Thomas est associé irréductiblement aux deux plus grandes fêtes de l'Église : Pâques et Pentecôte. Et sa mémoire reste liée à jamais à la personne du Christ et à celle de l'Esprit Saint. C'est pourquoi l'Église le célèbre à égalité avec Jean l'Évangéliste, le disciple bien-aimé : «  Ô merveille inouïe  ! Jean repose sur la poitrine du Verbe, et Thomas est jugé digne de toucher son côté. L'un en tire avec crainte les profondeurs de la théologie, l'autre reçoit la dignité de nous initier à son économie. »

Ô Ami des hommes, apprends-nous à Te crier comme Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu, gloire à Toi  ! »

Père René
Analyse d'audience
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