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Homélie

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Dimanche de Thomas


Deuxième dimanche après Pâques
Livre des Actes V,12-20
Évangile selon saint Jean XX,19-31

Homélie prononcée par le Père Boris le 18 avril 2004 à la Crypte

Thomas

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Le Christ est ressuscité  !
En vérité Il est ressuscité  !

Voici déjà la Grande Semaine qui est passée. Et, j’oserais dire qu’elle est passée comme un jour. Ce n’est pas une simple figure de style, je ne dis pas cela à la légère : La Grande Semaine Lumineuse est passée comme un jour car nous vivons ce mystère de Pâques bien au-delà du temps et de l’espace.

"Bien au-delà du temps et de l’espace" tout d’abord parce que – comme nous le rappelons toujours – nous sommes en Église, par et dans l’Esprit Saint, les contemporains et les témoins du Ressuscité : Ce que nous avons vu, ce que nous avons entendu de nos oreilles, ce que nous avons touché de nos mains nous vous l’annonçons pour que vous ayez la foi en Christ, la foi en le Ressuscité .

Mais, il y a beaucoup plus que cela. Étant les témoins du Ressuscité nous réalisons que ce mystère de Pâques transcende infiniment le temps, notre temporalité, ce déroulement successif et répétitif de la semaine, du premier au septième jour puis de nouveau du premier au septième jour, sans fin… Cela peut s’appeler "le temps cyclique". Or, ce temps cyclique est un temps clos, un temps de ce monde-ci.

Il s’agit, certes, d’un temps béni car c’est un temps tel que le Seigneur a voulu qu’il le soit et le Seigneur veut, en effet, que nous puissions célébrer ce temps et le vivre chaque jour au rythme de cette semaine porteuse d’un sens si particulier. Néanmoins, il y a autre chose, quand le Seigneur vient dans Sa résurrection, alors on peut dire qu’Il brise le cadre clos de ce temps cyclique : Au terme du septième jour, après le sabbat, le Seigneur introduit un Huitième Jour.

Non seulement ce Huitième Jour est le jour qui annonce la Résurrection mais encore ce Huitième Jour est figure du Royaume de Dieu, là où il n’y aura ni soleil ni lune, là où l’Agneau Lui-même sera notre luminaire, et là où désormais nous serons dans une résurrection et dans une contemplation incessante du Ressuscité et de Sa gloire.

Par conséquent, l’Église vit très profondément ce Huitième Jour. Elle le vit tout d’abord dans cette Semaine Lumineuse. Après le samedi nous sommes aujourd’hui dimanche, mais désormais ce n’est plus le premier jour de la semaine mais le huitième, ce Huitième Jour que nous vivons comme signe, annonce et figure du Royaume éternel. Approfondissons cette question : il y a, de surcroît, les sept semaines du temps pentecostal, du pentecostaire, de la Cinquantaine pascale comme il faudrait dire plus exactement. Si nous ajoutons un jour à ces sept semaines alors, de nouveau, nous obtenons le chiffre huit. Sept semaines et un jour, et vous avez la Pentecôte elle-même, c’est-à-dire le cinquantième jour du Pentecostaire. Et ce dimanche de la Pentecôte est, lui aussi, signe de la Résurrection et de la plénitude de la venue du Christ.

À cela je voudrais ajouter qu’assurément nous attendons la venue de l’Esprit Saint au terme de ces cinquante jours. Nous l’attendons et nous l’invoquons : « Viens Esprit Saint, illumine nos cœurs », mais, en vérité, si l’Esprit Saint n’était pas déjà en nous, nous ne pourrions pas annoncer et clamer au monde entier et à nos proches la Résurrection du Christ car "Nul, dit saint Paul, ne peut confesser Jésus comme le Seigneur – c’est-à-dire comme le Ressuscité, comme Dieu –, sinon dans l’Esprit Saint" . Par conséquent nous sommes dans l’Esprit Saint ; si l’Esprit Saint s’était absenté l’Église elle-même s’effondrerait. Nous attendons la venue de l’Esprit Saint et, pourtant, en ce temps pascal, c’est à dire en ce mystère de la résurrection, en cette cinquantaine, c’est par de multiples manières que l’Esprit Saint se communique à nous.

Je vais peut-être vous étonner en vous disant que la première manière c’est sur la Croix. Quand l’Évangéliste Jean témoigne qu’en ce temps-là "Un des soldats Lui perça le côté de sa lance et aussitôt il en sortit du sang et de l’eau"  : le sang, symbole de la vie, est aussi le symbole de l’Esprit Saint, et l’eau est également ce qui deviendra le lieu du baptême c’est-à-dire le lieu du renouvellement de la créature par l’Esprit Saint.

C’est ainsi que les Pères de l’Église commentent cet écoulement du sang et de l’eau du côté transpercé du Christ, c’est déjà pour eux l’annonce du don du Saint Esprit. Pourquoi une telle lecture ? Parce que, pour le saint évangéliste Jean, il y a coïncidence, cumul, on pourrait dire une véritable interpénétration de la Croix et de l’Exaltation : la Croix, en effet, ce n’est pas seulement la souffrance mais c’est déjà la victoire "Maintenant, dit Jésus avant de mourir, le Fils de l’Homme est glorifié et Dieu est glorifié en Lui" , c’est déjà la Glorification. Par conséquent, dès que Jésus, d’une voix forte, prononce ces mots "Père, je remets Mon Esprit entre Tes mains", c’est-à-dire "quand tout est accompli" alors plus rien ne peut empêcher l’Esprit de venir puisque le Père n’a pas d’autre intention que d’envoyer Son Esprit Saint. Déjà dans cet écoulement du sang et de l’eau, le Père donne en annonce l’Esprit Saint.

Le second moment pentecostal, comme on peut dire, du don de l’Esprit vient le soir même de la Résurrection. Cette fois encore, l’évangéliste Jean anticipe la Pentecôte lucanienne. En effet chez l’évangéliste Luc – dans son évangile et au début du Livre des Actes – il y a les quarante jours avant la montée aux Cieux du Seigneur, puis il y a encore cette attente jusqu’à la Pentecôte. L’Église célèbre et respecte pieusement ces cinquante jours et, avec elle, nous les vivons véritablement comme l’attente de l’Esprit Saint. Cependant, dès le premier jour chez saint Jean tout est annoncé. Déjà le matin, le Ressuscité dit à Marie "Ne me touche pas, car Je ne suis pas encore monté vers Mon Père mais va dire à Mes disciples "Voici Je monte vers Mon Père et votre Père, vers Mon Dieu et votre Dieu", cela signifie qu’aux yeux de l’évangéliste Jean cette montée a, pour ainsi dire, déjà eu lieu lorsque, au soir de Sa résurrection, Jésus apparaît à Ses disciples. Le soir même, Il leur donne l’Esprit Saint : il souffla sur eux et leur dit "recevez l’Esprit Saint"  . Voilà le second signe du don de l’Esprit Saint.

La troisième fois où l’Esprit Saint Se communique avant la Pentecôte, c’est aujourd’hui, lorsque Jésus dit à Thomas "Mets ton doigt ici dans Mes mains avance ta main et mets la dans Mon côté et ne sois plus incrédule mais croyant." Thomas est souvent appelé "Thomas l’incrédule", mais j’ajouterais qu’il est aussi "Thomas le croyant". Je dirais aussi que l’incrédulité de Thomas est une incrédulité bienheureuse qui a été voulue par le Seigneur. En effet, Thomas n’était sûrement pas plus incrédule que les autres mais le Seigneur a voulu que cela se fasse pour qu’il puisse témoigner, pour que soit proclamée cette merveilleuse confession de foi, mais aussi pour que Jésus rappelle à notre intention que "Bienheureux ceux qui ont cru sans avoir vu !" car en un certain sens nous n’avons pas vu, mais en un certain sens nous avons vu, c’est à dire avec les yeux de la foi. Ainsi, Thomas avance sa main et la met dans les plaies du Sauveur. Ce sont des plaies qui étaient, on peut le dire, sanguinolentes mais ce sont surtout des plaies par lesquelles sourd une trouée de Lumière, de Grâce et de Vie. C’est ainsi que, dès aujourd’hui, Thomas et les disciples sont bénéficiaires de la Résurrection et du don de l’Esprit Saint.

Enfin, après l’Ascension du Sauveur les disciples retourneront à Jérusalem. Puis, le cinquantième jour selon l’évangéliste Luc, quand les disciples seront réunis dans la chambre haute dans la joie et dans l’attente, le Seigneur accomplira Sa promesse « Je vous enverrais l’Esprit, Il vous annoncera toutes choses et vous rappellera tout ce que Je vous ai dit. »
Ainsi vous voyez on ne peut pas simplement limiter la Pentecôte en un seul moment historique. Il y a, bien sûr, le moment historique mais il y a la réalité de la Pentecôte qui est surabondante et qui submerge tout le champ temporel, toute la temporalité, toute la vie de l’Église. C’est ainsi que nous le savons et nous l’annonçons : Dès à présent l’Esprit Saint est déjà là. Il est déjà présent en nous mais nous devons impérativement prendre conscience qu’il nous faut, encore et encore, nous préparer et nous purifier pour Le recevoir dans une plus grande et toujours plus grande plénitude. Nous voici en marche. Il nous faut comprendre que le mystère du Christ est un mystère d’ascension, un mystère de dynamisme dans lequel nous sommes, toujours et toujours, en marche, toujours plus haut, offrant nos cœurs et les dilatant de plus en plus pour accueillir l’Esprit qui vient en nous.

Et, quand l’Esprit vient en nous, alors selon les paroles de saint Paul « Ce n’est plus moi qui vit, mais Jésus le Christ qui vit en moi. »

Le Christ est ressuscité  !

En vérité Il est ressuscité  !

Père Boris


Voir notamment le début de la Première Épître de saint Jean.

Cf. Première épître de saint Paul aux Corinthiens XXII, 3.

Cf. évangile selon saint Jean XIX, 34.

Voir l’évangile selon saint Jean XIII, 31-32.

Cf. évangiles selon saint Luc XXIII, 46 et saint Jean XIX, 30.

Cf. évangile selon saint Jean XX, 17-22.

Cf. Épître de saint Paul aux Galates II, 20.

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