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Homélie

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Dormition Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu et toujours vierge Marie

Homélie prononcée par le Père Boris, à la Crypte, le 15 août 1964.Père Boris Bobrinskoy

Épître aux Philippiens II, 5-11
Évangile selon saint Luc X, 38-42, XI, 27-28

Au nom du Père, du Fils et Saint-Esprit,
Amen.

C’est par le mystère de l’Église, Corps du Christ, Temple de l’Esprit Saint, que nous pouvons le mieux entrer dans le mystère de Marie. La Mère de Dieu, sa vie, son cœur, sa vocation, son service, tout cela nous est révélé dans les Évangiles, tout cela nous est enseigné dans l’Église, mais il n’est pas facile d’en parler, parce que parler de Marie c’est, je crois, parler de ce qu’il y a dans l’Église de plus délicat et de plus intérieur.

Il y a entre Marie et l’Église une consonance profonde, consonance de maternité, consonance de réceptivité à la parole de Dieu, d’attitude de prière. Marie (et l’Église elle-même) est une orante, elle prie les bras élevés. Plus les bras sont élevés plus – invisiblement mais réellement – le Fils Lui-même se forme dans le cœur, dans le sein de Marie (et de l’Église). C’est pourquoi l’icône du Signe de la Vierge est aussi, en un sens, l’icône de l’Église. Et, chaque fois que nous nous tournons vers Marie, nous le faisons dans cette plénitude d’expérience, de joie, de grâce de l’Église entière.

L’Église est, elle-même, un mystère et un lieu de communion, d’union à Dieu, d’union à la grâce divine, lieu de vie nouvelle. Quand nous disons « communion » nous voulons aussi dire, bien sûr, communion les uns aux autres. Cette communion de l’Église signifie non seulement une relation personnelle au Seigneur dont le moment le plus fort est certainement l’Eucharistie, mais elle signifie aussi que nous sommes tous liés les uns aux autres, dans ce qu’on appelle la communion des Saints. Cette communion dépasse infiniment le temps et l’espace et les frontières de notre existence terrestre. Parler de la communion des Saints, puis la vivre dans l’Eucharistie, c’est dire que lorsque nous communions, lorsque nous célébrons les fêtes des Saints, du Seigneur Lui-même, de sa Mère, il y a une unité, une cohésion très profonde entre le ciel et la terre, entre les habitants du ciel, les anges et les saints autour du Seigneur, et la terre elle-même. Nos liturgies terrestres sont une participation à la liturgie céleste de l’Agneau immolé, du Seigneur qui est assis à la droite du Père et qui est entouré de légions, de milliards d’anges et de saints. Il est entouré aussi des âmes des défunts eux-mêmes qui sont encore, comme nous le dit l’Apocalypse, dans l’attente de l’épanouissement résurrectionnel de la Pâque finale.

Cet épanouissement ne peut se faire que lorsque le nombre des saints sera complet, lorsque nous serons tous définitivement réunis avec eux.

Dans cette communion des saints, la Mère de Dieu a une place toute particulière.

Ce n’est pas seulement l’Église terrestre, ou plutôt nos liturgies, nos communautés terrestres qui se rapportent et qui trouvent leur réalité dans la liturgie céleste, mais c’est aussi dans notre réalité d’aujourd’hui, d’ici-bas, de maintenant, dans notre expérience tout à fait concrète et terrestre, que le ciel même descend jusqu’à nous et que cette liturgie que nous célébrons est une liturgie dans laquelle nous sommes invisiblement mais très réellement entourés des anges comme la liturgie le chante : « Maintenant les puissances célestes célèbrent invisiblement avec nous », chantons-nous dans la liturgie des présanctifiés (cela est vrai pour toute liturgie). Ce ne sont pas seulement les anges, les puissances célestes, mais ce sont aussi tous les saints, que nous connaissons ou que nous ignorons, que nous invoquons ou qui sont implicitement dans cette plénitude de Dieu, ce sont tous les saints et les défunts qui sont aussi maintenant ici parmi nous et l’iconographie de l’Église évoque cette présence des saints.

En parlant des saints, c’est dans le cadre de la communion des saints qu’il faut, bien sûr, situer la présence, la communion, l’intercession tout à fait particulière et la grandeur de la sainteté de Marie, de la Mère de Dieu. Toute l’expérience de l’Église nous rappelle constamment par les moments extraordinaires ou ordinaires de notre existence que les saints, et que Marie tout particulièrement, sont présents à notre existence, qu’ils veillent sur notre destinée. Nous édulcorons cette présence par l’oubli, par l’indifférence, par le doute, par le manque de foi, par nos préoccupations, par notre dispersion. Il suffit d’entrer en nous-mêmes, il suffit d’entrer dans le cœur de Dieu, pour nous souvenir que les saints et que la Vierge Marie aident très particulièrement.

Je voudrais souligner deux aspects. Il me faut d’abord dire que, dans ce mystère de la communion des saints où la Mère de Dieu joue un rôle prééminent, il n’y a pas la même réalité de l’espace et du temps clos, fermé, qui nous isole constamment les uns des autres. Nous sommes isolés les uns des autres, nous sommes chacun une monade, trop souvent fermés sur nous-mêmes par notre égoïsme, par nos préoccupations, par la lourdeur même de notre corps, de notre psychisme ; nous sommes enfermés en nous et nous ne savons pas en sortir. Cela est vrai pour l’espace, cela est vrai pour le temps aussi. Dans la communion des saints, dans la vie du siècle à venir dont nous avons quelquefois un avant-goût dès maintenant, il y a ce dépassement, cette unification de l’espace et du temps qui appartient à Dieu Lui-même, parce que Dieu a créé l’espace et le temps, mais Il n’est pas lié par ceux-ci. Il contient tout dans sa main et dans sa pensée et dans son amour, mais il est donné aussi aux saints, et à mesure qu’ils se rapprochent davantage du foyer divin, il leur est donné peut-être de vivre davantage ce mystère d’unité, c’est-à-dire du dépassement du temps clos ou de l’espace fermé et lourd dans lequel nous sommes littéralement emprisonnés. C’est pourquoi il faut savoir que dans tous les temps et dans tous les lieux de l’existence humaine et terrestre de l’Église, nous pouvons toujours de vivre davantage ce mystère d’unité, c’est-à-dire du dépassement du temps clos ou de l’espace fermé et lourd dans lequel nous sommes littéralement emprisonnés. C’est pourquoi il faut savoir que dans tous les temps et dans tous les lieux de l’existence humaine et terrestre de l’Église, nous pouvons toujours invoquer la Mère de Dieu et les saints qui environnent le Trône du Christ et que toujours nous sommes entendus, et que toujours en tout lieu et en tout temps de notre existence nous sommes aidés, nous sommes consolés, nous sommes soutenus, nous sommes accompagnés par l’intercession et par la présence même de Marie et des saints.

Venons-en à mon second point concernant la Fête de la Mère de Dieu, de sa Dormition, c’est-à -dire de son départ, de sa transition vers le ciel, de sa pâque, c’est-à-dire de son passage vers la vie à venir et, comme le croit l’Église orthodoxe, de sa résurrection corporelle anticipant la résurrection finale et universelle de tous les hommes.

Bien sûr, Marie a été Mère de l’Enfant Jésus.

Nous la représentons sous différentes manières dans ses relations au Seigneur Jésus : soit elle porte maternellement Jésus dans ses bras ; soit Jésus est imagé dans son cœur, dans le cercle de sa présence ; ou bien nous représentons Marie à la droite du Siège du Seigneur de Gloire dans la Deisis ; ou bien nous représentons la Mère de Dieu en Invocation devant la Croix.

Dans l’éternité divine à laquelle Marie, les saints et nous-mêmes sommes appelés à participer, aucun des moments de la vie terrestre de Jésus et de Marie n’est oublié. Jésus, dans sa gloire, et les saints avec Lui n’oublient et n’oublieront jamais qu’Il a été crucifié. Il porte pour toujours sur ses mains et ses pieds et son côté les stigmates bienheureux de la passion douloureuse et vivifiante. Cela est vrai pour Marie aussi. Jamais Marie ne peut oublier qu’elle a porté l’enfant divin dans son sein, puis dans ses bras. Elle ne peut oublier qu’elle L’a nourri de son lait, qu’elle L’a couvert de tendresse, qu’elle L’a laissé grandir, qu’elle L’a protégé avant d’être protégée par Lui. Jamais ni Jésus ni Marie n’oublieront cela.

Il y a par conséquent dans la gloire même, dans la gloire divine qui est communiquée à Marie et aux saints, il y a toujours cette douceur, ce rappel à la fois de la souffrance qui est une souffrance d’amour, et de la douceur de cette réciprocité d’amour de la Mère et du Fils. C’est pourquoi tout en sachant que Jésus n’est plus un enfant, mais qu’Il est le Seigneur de Gloire que nous représentons comme le Pantocrator, il est aussi légitime de Le représenter comme un enfant dans les bras de sa Mère. En représentant Jésus dans les bras de celle qui intercède pour nous auprès de son Fils glorieux, nous participons ainsi à la maternité de Marie.

Quelqu’un me disait récemment : « Comme j’aurais voulu que Marie me donne pour un moment de porter son petit enfant ». Et bien, elle nous Le donne ; elle nous Le donne chaque fois que, plus particulièrement après un long oubli, après une absence intérieure de Dieu en nous, ou plutôt de nous à Dieu, nous nous éveillons, nous nous tournons vers Dieu, nous invoquons son Nom, nous prononçons son Nom et comme en filigrane se dessine dans notre propre cœur le Nom et le Visage de Jésus. Alors se réalise en nous-mêmes aussi la maternité de Marie. Nous tous, hommes et femmes, nous sommes appelés de la même manière à faire naître, et à faire grandir et à protéger ce trésor infini de grâce et de présence divine dans nos cœurs, cette présence du Christ. Ainsi Marie intercède pour que nous tous nous puissions aussi à l’exemple de l’Évangile d’aujourd’hui, nous asseoir aux pieds de Jésus pour écouter sa parole, pour laisser germer cette parole vivante, cette présence vivante, ce Nom de Jésus, laisser fructifier et grandir ce visage et cet amour de Jésus dans nos cœurs.

Amen.

Père Boris Bobrinskoÿ
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