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Homélie

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Dormition Dormition de la Très Sainte Mère de Dieu et toujours vierge Marie

Homélie prononcée par Père Michel le 15 août 2004 à la Crypte

Épître aux Philippiens II, 5-11
Évangile selon saint Luc X, 38-42, XI, 27-28

Au nom du Père, du Fils et Saint-Esprit,
Amen.

Aujourd’hui nous célébrons la Dormition de la Mère de Dieu. Le mot "dormition" est un mot que nous aimons beaucoup dans l’Église Orthodoxe pour parler du sommeil de la mort comme pour dire "Oui, on va s’endormir et à ce sommeil succédera un réveil et une nouvelle vie commencera." Par conséquent, la célébration de la Dormition de la Mère de Dieu est très exactement la célébration de sa mort et de sa montée au Ciel.

Quels sont les textes des Écritures que l’Église propose à notre méditation à cette occasion ?

Marthe et MarieJe commencerais par l’Évangile du récit de Marthe et Marie.

C’est un récit que nous connaissons bien et parfois on oppose les deux attitudes de Marthe et de Marie, mais il ne faut pas les opposer. Marthe symbolise l’action, elle est celle qui agit, qui est dans la cuisine et qui prépare le repas ; Marie symbolise la contemplation, elle est celle qui, assise aux pieds du Seigneur, écoute, reçoit, boit Ses paroles, en quelque sorte.

Il ne faut pas condamner Marthe car il faut bien que quelqu’un s’active dans la cuisine pour préparer le repas. Et lorsque Jésus répond à Marthe Il s’adresse à une femme et vous savez que Jésus est souvent très tendre à l’égard des femmes, que ce soit la femme pécheresse, la femme adultère, la Cananéenne ou toutes ces femmes, comme Marie-Madeleine, qui le suivaient dans la foule. Il ne fait aucun reproche à Marthe – quelqu’un doit bien faire la cuisine – mais Il veut l’amener à réfléchir sur sa condition, Il veut lui faire comprendre qu’elle ne doit pas se croire vouée uniquement aux tâches ménagères : "Ne reste pas rivée dans ta cuisine  ! Tu as bien mieux à faire qu’à être prisonnière de tes activités domestiques."

Au fond, et cela est essentiel, Jésus veut libérer la femme d’une certaine condition à laquelle elle était assujettie.

Marthe croit que la femme doit rester à la cuisine et se consacrer à la préparation des repas, mais Jésus veut qu’elle réalise que ce n’est pas ni une fatalité ni une fin en soi et qu’il y a des moments où elle doit sortir de sa cuisine pour vivre et s’ouvrir à d’autres réalités.

Alors n’opposons pas l’action et la contemplation, l’une et l’autre sont nécessaires dans notre existence.

Puis, l’Église nous a proposé un des plus beaux textes des épîtres du saint apôtre Paul. C’est un texte remarquable tiré du second chapitre de l’épître aux Philippiens et je vous le recommande particulièrement. Tout à l’heure quand vous rentrerez chez vous, ouvrez votre Bible, relisez ce très beau texte et méditez-le  !

C’est une confession de foi. Il est possible que l’apôtre ne l’ait pas entièrement rédigée car c’était peut-être une confession de foi, une hymne, que les premières communautés chrétiennes avaient l’habitude d’adresser à Dieu. Avant toutes choses, la question qui me vient à l’esprit est la suivante : Quel est le lien entre cette confession de foi adressée au Christ et la Dormition de la Vierge Marie ?

Dans un premier mouvement, le saint apôtre Paul commence par dire que le Christ n’a pas voulu être à l’égal de Dieu, au contraire de ce qu’avait désiré Adam. Le Christ s’est dépouillé de Sa divinité, Il a quitté la place qu’Il avait à la droite du Père, Il s’est humilié, Il est descendu sur terre pour devenir un homme, et non seulement un homme mais un serviteur. Et s’il s’est abaissé jusqu’à la condition de ce serviteur qui va mourir sur la Croix, Il l’a fait en obéissance à Dieu. C’est l’aspect de l’abaissement et de l’humilité. Pour désigner cela il y a un terme grec : la "kénose". On parle de la kénose du Christ qui s’est abaissé à la condition du serviteur souffrant au point que – et c’est le second mouvement de cette hymne – Dieu l’a élevé et l’a exalté afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus est Seigneur à la gloire de Dieu le Père. Après l’abaissement, c’est l’aspect d’élévation.

Ciel, terre et enfer, c’est ainsi que les anciens se représentaient l’univers entier. "Que tout genou fléchisse" est une façon de parler, elle signifie que tous les êtres, que tout l’univers vénère et adore le Christ.

Que tout genou fléchisse au ciel d’abord. Lorsque nous contemplons dans l’Apocalypse de saint Jean cette liturgie céleste nous voyons les anges, nous voyons les vieillards rassemblés tout autour de l’Agneau pour célébrer une liturgie éternelle.

Que tout genou fléchisse sur terre. Mes frères et sœurs, c’est ce que nous sommes en train de faire en ce moment, nous sommes venus dans un état d’esprit d’adoration, d’amour, d’offrande de nous-mêmes à Dieu, au Christ en particulier.

Que tout genou fléchisse sous terre. Il s’agit des enfers, le séjour des morts. Ce lieu sera visité à Sa mort par le Seigneur, Il y répandra Sa lumière et nous pouvons penser qu’alors les morts comprendront qui est Dieu et qu’avec cette prise de conscience ils seront capables d’adopter une attitude d’adoration envers Dieu.

Qu’au nom du Seigneur tout genou fléchisse, ce nom qui est au dessus de tout nom. Ici nous avons déjà chez saint Paul cette théologie du Nom. Il nous appelle à prendre conscience de la puissance du Nom. La prière que nous répétons constamment, ce "kyrie eleison", cette prière de Jésus "Seigneur Jésus-Christ aie pitié de moi, pécheur" témoignent de cette force du Nom qui nous est conférée. C’est justement ce pouvoir du Nom qui nous rend capables de nous adresser à Dieu dans cette attitude de fléchissement du genou, dans cette attitude d’adoration.

À présent, quel lien trouvons-nous entre l’épître et la Dormition de la Mère de Dieu ?

Il me semble que la Vierge Marie a connu un destin analogue, elle a vécu, elle aussi dans l’obéissance, ce double mouvement d’abaissement et d’élévation. Elle a accepté d’être abaissée, elle s’est abaissée elle-même et, dans la plus humble des obéissances, elle s’est offerte comme servante "Je suis la servante du Seigneur qu’il me soit fait selon ta parole."

Être la servante ou le serviteur du Seigneur cela n’a évidemment aucun rapport, excusez-moi, avec tel ou tel personnel de maison qui s’affaire à des tâches subalternes, être le serviteur ou la servante du Seigneur c’est être humblement à Son service, c’est être un ami dévoué de Dieu, c’est s’abandonner pour œuvrer au dessein de Dieu, c’est accomplir Sa volonté. Dans un premier temps, en s’abaissant, Marie s’est mise au service de Dieu.

Ensuite "que tout genou fléchisse au ciel et sur terre". Marie est, elle aussi, glorifiée au ciel ainsi que nous le proclamons dans la prière "Toi plus vénérable que les chérubins et incomparablement plus glorieuse que les séraphins". Notez tout particulièrement ces séraphins en ce jour où elle monte dans les bras de son fils. Les textes liturgiques nous disent que les anges sont dans l’admiration et qu’ils chantent la gloire de Marie, au ciel.

Et sur terre, bien sûr, Marie est également glorifiée : "Toutes les générations me diront bienheureuse" dit-elle sous l’inspiration de l’Esprit Saint.

Voilà donc à mes yeux un lien très étroit entre l’action du Christ et l’action de la Vierge Marie. En outre, n’oublions pas que l’action du Christ n’a été rendue possible que parce que la Vierge Marie a accepté d’être la servante du Seigneur.

Cela confère un statut exceptionnel à Marie qui vécut dans une relation tout à fait particulière avec la Trinité. Avec le Père, en étant Sa servante selon la parole du Père. Avec le Fils en le mettant au monde et en nous l’offrant comme au jour de sa mort où, au fond, elle nous dit "Je m’en vais mais je vous laisse mon fils." Avec l’Esprit Saint puisque c’est l’Esprit Saint qui est l’artisan de la conception du Fils de Dieu dans le sein de Marie.

Et il me semble qu’à notre tour nous sommes tous appelés à suivre l’exemple de Marie et à vivre tout ce qu’elle a vécu, évidemment à un niveau beaucoup moins extraordinaire. Mais, nous aussi, nous sommes tous appelés à être les serviteurs et les servantes du Seigneur. Notre vocation est de nous mettre au service de Dieu.

Alors, si Dieu le veut, Il nous exaltera et Il nous élèvera selon Sa volonté.

Amen.

Père Michel Evdokimov
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