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Dimanche de sainte Marie l’Égyptienne

5e dimanche du Grand Carême.
Épître aux Galates 3, 23-29 ;
Évangile selon saint Luc 7, 36-50.

Homélie prononcée par père Boris à la crypte le 17 avril 2005


Marie l'EgyptienneAu nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit

Aujourd’hui, à l’occasion de la fête de sainte Marie l’Égyptienne, une des grandes figures de sainteté de l’Église ancienne, l’Évangile nous fait assister à une scène particulièrement émouvante par sa portée prémonitoire.

Un pharisien, Simon, a invité Jésus à dîner. Au cours du repas, une femme surgit on ne sait comment. Sous le regard réprobateur du maître de maison, elle lave de ses larmes les pieds du Seigneur et, sans mot dire, les enduit de parfum.

Dans cet épisode, il y a d’abord le contraste entre deux attitudes envers le Maître. Celle de Simon, superficiel et peu prévenant, sans doute orgueilleux et sûrement hypocrite, dont nous avons entendu la réflexion dédaigneuse et celle de cette femme pécheresse dont nous avons vu l’élan, les gestes et l’amour profond.

Comment ne pas être sensible aussi à ce que j’appellerais la compassion réciproque entre le Maître et la femme ? À l’occasion de ce repas, c’est tout le statut de la femme qui est remis en question. Une femme pécheresse c’était ce qu’il y avait de plus méprisable et Jésus au contraire la relève, et avec elle Il relève et revalorise le statut de toutes les femmes. À la différence du pharisien imbu de lui-même qui invite Jésus pour l’observer, la femme pécheresse, impure, dissolue, est mue d’une immense compassion. Son cœur n’est ni aveuglé, ni endurci. En effet, nous voyons parfois combien l’orgueil ou la suffisance endurcissent et ferment le cœur à la réalité, à la souffrance, à la présence de l’autre.  De ce point de vue, le péché du corps n’est probablement pas le péché le plus grave, il ne s’agit évidemment pas de s’en réjouir ni de le justifier, et le Seigneur ne justifie nullement ses péchés mais Il lui pardonne. Il lui pardonne parce qu’elle a beaucoup aimé, parce qu’il y a en elle une compassion à la mesure, certes toujours insuffisante, de la compassion du Seigneur Lui-même. En face de Jésus, dans cette femme s’est éveillé un sentiment complexe : Conscience de son indignité, de son impureté, et peut-être aussi nostalgie d’une vie pure à l’image de sa prime enfance, et surtout une intense compassion, que je qualifierais de maternelle, envers Jésus.

Dans une tendresse de mère, elle lave les pieds de Jésus de ses larmes, les essuie de ses cheveux, les embrasse avant de répandre un parfum de grand prix dont l’odeur envahit la maison de Simon le pharisien.

Cette femme pressent-elle la destinée du Maître ? nous l’ignorons. Ici, nous ne sommes encore qu’au début du chemin de Jésus en Galilée. Mais nous savons que dans deux autres circonstances analogues, peu avant la sainte Cène, cette fois, et peu avant Sa Passion, deux autres femmes – une dans la maison de Simon non plus le pharisien mais Simon le lépreux et Marie, sœur de Lazare et de Marthe – feront le même geste d’oindre Jésus et de verser sur Lui un parfum de grand prix, et à ces deux occasions Jésus donnera le sens profond de cette onction en vue de l’embaumement de la sépulture de Celui qui devait mourir pour le Salut des hommes.

Cette femme s’est humiliée sous les regards méprisants et scandalisés des bien-pensants et des justes, et Jésus la relève, et Jésus la justifie. Ainsi Jésus ne rejette pas ses caresses, ses baisers, sa tendresse, Il les lui rend au centuple « Je ne te juge pas, tes péchés te sont pardonnés, va en paix  ! »

Que dire de plus ?

Dans cet épisode, nous retrouvons en Jésus Celui qui est oint de toute éternité. Jésus est Celui qui aura lu dans la synagogue de Nazareth la prophétie d’Isaïe rappelant « L’Esprit du Seigneur est sur moi et c’est pourquoi Il m’a oint pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres ». Jésus est oint de cette onction spirituelle qui symbolise la présence plénière en Jésus du Saint-Esprit et cela de toute éternité.

Il faut bien connaître le sens de ces mots, n’oublions pas que le terme "oint" se dit en hébreu "Mashiah", le Messie, et qu’il se traduit en grec par le terme "Christos", Christ. Par conséquent quand nous adorons le Seigneur Jésus comme le Christ nous rappelons son onction, et reconnaissons en Lui la présence en plénitude de l’Esprit Saint.

Et voici donc que Celui qui est oint de toute éternité de l’Esprit, que Celui dont l’Esprit manifeste Sa présence au baptême du Jourdain, que le Messie accepte l’onction matérielle, terrestre, profane d’une femme pécheresse  !

Combien la tendresse maternelle de la femme est-elle magnifiée ici. Nous retrouverons cette tendresse maternelle en différentes circonstances : toutes ces femmes qui suivront Jésus jusqu’à la Passion, ces "filles de Jérusalem" qui accompagnent Jésus jusqu’à la Croix, ces femmes qui aideront Joseph et Nicodème à descendre Son corps de la Croix pour le mettre au tombeau, et, avant tout bien sûr, la Mère de Dieu qui porte en elle, qui embrasse, qui étreint d’abord la croix et qui ensuite étreindra le corps du Seigneur mis à mort. Et toute l’iconographie témoigne hautement de cet amour maternel, de la tendresse profonde de toutes ces femmes.

Ainsi au moment culminant de Sa Passion c’est la Mère de Dieu qui se tiendra au pied de la Croix. Nous aussi, nous voulons nous tourner en silence au pied de la Croix. Nous recueillir devant cette Croix vivifiante qu’il fut donné à Marie l’Égyptienne – dont nous célébrons aujourd’hui la mémoire – de pouvoir contempler en pénétrant dans l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem.

Toute indigne qu’elle était, toute pécheresse qu’elle était, Marie l’Égyptienne put à son tour voir cette Croix puis se prosterner devant elle et enfin l’étreindre.

Bientôt, nous aussi, avec les femmes myrrhophores, nous participerons à l’embaumement du corps de Jésus dans le tombeau donné par Joseph. Dès à présent, offrons donc nos larmes et notre tendresse au Seigneur qui marche vers Jérusalem, qui monte vers Sa Passion volontaire. Offrons-Lui notre amour en Lui demandant de nous donner en retour Sa compassion, Son pardon afin que, nous aussi, nous puissions entendre cette parole que le Seigneur a dite aujourd’hui à la femme pécheresse « Je ne te juge pas, tes péchés te sont pardonnés, va en paix  ! »

De sorte que, nos péchés étant consumés, à notre tour nous puissions être remplis de ce que saint Paul appelle "la bonne odeur du Christ" . Cette "bonne odeur du Christ" est précisément ce qui émane de l’onction, non seulement de l’onction matérielle du parfum que reçut Jésus de la femme pécheresse, mais encore de l’onction spirituelle : c’est l’odeur même du Saint-Esprit.

En retour de notre tendresse, de notre adoration, de notre louange, en retour du parfum de notre repentance, le Christ nous donne le parfum et répand sur nous la bonne odeur du Saint-Esprit comme viatique pour notre cheminement vers le Seigneur.

Puissions-nous être emplis de cette bonne odeur, puissions-nous l’exhaler autour de nous  !

Amen

Père Boris

Notes

(1) Voir l’évangile selon saint Matthieu 26, 6ss et saint Marc 14, 3ss.
(2) Voir l’évangile selon saint Jean 12,1ss
(3) Voir l’évangile selon saint Luc 4, 17 et Isaïe 51, 1.
(4) Cf. Seconde épître aux Corinthiens 2, 15.

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