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Guérison d'un Enfant lunatique

Homélie prononcée par Père Michel Evdokimov le 20 août 2006 à la crypte

Guérison d'un Enfant lunatique

Dixième dimanche après la Pentecôte
Première épître aux Corinthiens IV, 9-16
Évangile selon saint Matthieu XVII, 14-23

L’Évangile d’aujourd’hui nous donne le récit d’un enfant lunatique, aujourd’hui on dirait peut-être épileptique. Quelle que soit sa maladie, voilà un enfant qui tantôt se jette dans le feu, tantôt se précipite dans l’eau au grand désespoir de ses parents.

Il y a quinze jours nous célébrions la Transfiguration de notre Seigneur, cet homme nimbé de cette lumière divine et nous voyons aujourd’hui en ce garçon l’image d’une déchéance humaine. Voilà deux extrêmes, cet homme dans sa beauté et sa gloire et, comme à l’opposé, cet enfant dans sa déchéance et son malheur.

Le père de cet enfant s’approche de Jésus et Lui dit : "J’ai demandé à Tes disciples de le guérir mais Tes disciples n’y sont pas parvenus."

Père Michel EvdokimovÀ ce moment-là, Jésus a des paroles très dures. Il prononce une sévère remontrance qui doit nous toucher chacun d’entre nous : "Engeance incrédule et perverse, combien de temps faudra-t-il que Je vous supporte ?"

Puis, le Seigneur dit au père "Amenez-le moi" et Il guérit son fils en expulsant la force impure qui avait pris possession de cet enfant. Par cette guérison, le Seigneur Jésus marque que, Lui, domine les souffrances des hommes et domine le travail du mal à l’intérieur même du corps et de l’âme des êtres humains. En effet, Jésus nous dit "J’ai vaincu le monde." et chaque fois qu’Il opère une guérison, Il pose un signe proclamant que c’est la force divine qui vaincra et que l’homme sera rétabli dans sa santé et sa joie de vivre.

Alors, les disciples s’approchent de Jésus et Lui demandent : "Mais pourquoi n’avons-nous pas pu guérir cet enfant ?" et Jésus leur dit sans ambages "Pour votre manque de foi. Si vous aviez la foi grande comme un petit grain de moutarde vous pourriez dire à cette montagne ‘‘Transporte-toi !’ et la montagne se transporterait."

Qu’est ce que cela veut dire ? Avons-nous vraiment vocation à transporter les montagnes ?

Il y a des gens qui se moquent des chrétiens en disant à leur sujet : "Ah ! Ce sont des transporteurs de montagnes." Mais le Mont Blanc est très bien là où il est ; aucun de nous n’a le désir de le transporter ailleurs. Alors qu’est-ce que le Seigneur veut dire par là ?

Jésus utilise une figure de style que l’on appelle l’hyperbole. L’hyperbole est une figure d’exagération, c’est un procédé qui, par des termes excessifs, met en relief une idée. Pour frapper les imaginations de ceux qui l’écoutent, Jésus emploie fréquemment l’hyperbole. Par exemple

"Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Paradis." Voyez le contraste entre la taille du trou et celle du chameau.

Ou bien Il va nous dire "L’œil est la lampe du corps, si ton  œil est malsain arrache-le !" Est-ce que nous devons devenir des aveugles pour nous être arraché les yeux ?

Ou bien encore Il va nous dire "Si ton bras ou ta jambe trébuchent – c’est-à-dire font le mal – eh bien ! Coupe-les." Est-ce que nous devons devenir manchots ou estropiés ?

Évidemment, ce n’est pas du tout cela. Il faut comprendre le sens de l’hyperbole et lorsque Jésus parle il faut toujours se transporter à un plan supérieur de la réalité qui est le plan de l’allégorie, le plan du symbole, le plan de la vérité spirituelle.

Qu’est ce que le Seigneur a voulu nous dire à travers l’image de cette montagne ? La montagne dont il s’agit ici, est une montagne que nous portons à l’intérieur de nous-mêmes. La montagne représente le poids du péché, du malheur, de la maladie, de tout ce qui pèse sur nous. La montagne est ainsi le symbole de tout ce qui nous oppresse, nous opprime, nous empêche de vivre, de tout ce qui fait de nous des esclaves.
Voilà pourquoi nous devrions dire cette prière : "Seigneur délivre-moi de ma montagne intérieure comme tu as délivré l’enfant lunatique de sa maladie."

Dans notre vie quotidienne, nous pouvons mesurer l’influence de cette montagne quand il nous arrive d’avoir de pieuses intentions. Par exemple, nous avons le désir de prier et au moment où nous nous mettons à prier, il y a mille pensées qui surgissent "Ah, j’ai un coup de téléphone à donner… Ah, je dois écrire une lettre… Ah, je dois faire ceci, je dois faire cela…" et la montagne revêt la forme de toutes ces "bonnes" raisons qui vont réussir à nous empêcher de prier.

Ou bien encore, nous prenons de bonnes résolutions : "À partir de demain, je vais dormir un petit peu moins comme cela je vivrai un petit peu plus, je consacrerai plus de temps au Seigneur. Oui ! Je vais dormir un petit peu moins pour lire un petit peu l’Évangile." mais j’ai encore sommeil, je n’ai pas le courage de me lever, demain je serai moins fatigué. Ou bien encore je me décide : "Je vais moins manger." mais voilà le réfrigérateur est là, bientôt j’éprouve une petite faim, et je me nourris. Nous avons tous fait l’expérience de cette force d’inertie qui règne en nous. En nous, il y a une montagne qui s’oppose à notre volonté. Saint Paul, lui-même, nous en parle lorsqu’il dit "Vraiment ce que je fais je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais. […] je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas."

Comment pouvons-nous alors nous libérer de cette montagne qui nous empêche de vivre comme nous devrions vivre et qui nous empêche de nous conduire comme des serviteurs du Dieu tout puissant ?

Reprenons les paroles de Jésus : "Vous n’êtes pas arrivés à le guérir à cause de votre manque de foi."

En effet, si nous accueillons le Seigneur Jésus à l’intérieur de nous mêmes, si nous vivons avec humilité, sans doute alors notre désir, notre avidité et notre appétit des biens de ce monde vont s’atténuer et s’apaiser, leur emprise va se relâcher et nous serons plus libres.

Si nous essayons de placer le Seigneur véritablement à l’intérieur de nous-mêmes, nous comprendrons que c’est le Seigneur Lui-même qui se charge de la montagne qui est à l’intérieur de nous pour la transporter. Nous-mêmes, en effet, nous ne pouvons pas le faire, mais le Seigneur, Lui, peut transporter les montagnes.

Alors nous serons plus heureux de nous mêmes dans nos rapports avec la vie. Et c’est même plus que cela ! Si le Seigneur Jésus transporte la montagne qui est à l’intérieur de nous-mêmes alors nous pourrons aller vers ceux qui sont écrasés par la montagne à l’intérieur d’eux-mêmes. Nous pourrons les aider et leur fournir le secours nécessaire pour que cette montagne soit transportée et expulsée d’eux-mêmes.

Voici donc à quoi l’on peut penser au sujet de cette hyperbole de la montagne. Et je terminerai par une dernière prière "Seigneur, comme tu as libéré, comme tu as guéri cet enfant, ôte la montagne qui est en moi, viens en moi pour la transporter au loin."

Amen.

Père Michel Evdokimov
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