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L'Enfant Possédé

Saint Jean climaque et l'échelle sainte

Quatrième dimanche du Grand Carême - Dimanche de saint Jean Climaque
Hébreux VI, 13-20 ;
Évangile selon saint Marc IX, 17 - 31

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 25 mars 1993

Père Boris BobrinskoyAu nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Nous sommes encore en marche vers la Semaine Sainte de Pâques et en ce quatrième dimanche du Grand Carême, l'Église vénère la mémoire d'un grand spirituel, d'un grand moine et ascète, docteur de l'Église, saint Jean Climaque. L'adjectif «  climaque » signifie «  de l'échelle », car son œuvre la plus connue s'intitule L'Échelle. Il y décrit les trente degrés vers la perfection vers l'amour, vers le Seigneur. Ainsi en va-t-il de notre vie. L'Échelle est une image de notre ascension, de notre devenir spirituel. Ce devenir commence à notre naissance spirituelle, c'est-à-dire au baptême et ne se termine qu'à notre mort. Se termine-t-il vraiment à notre mort, n'y a-t-il pas un devenir encore plus haut, après notre mort ? «  Nous montons, disait saint Grégoire de Nysse, de commencements en commencements, en des commencements qui n'ont pas de fin. »

L'Évangile d'aujourd'hui parle de ce chemin d'ascension qui est le chemin de la foi.

Nous avons entendu la parole du père éploré, souffrant de la souffrance de son enfant possédé des démons. Lorsque Jésus lui déclare : «  Tout est possible à celui qui croit », il répond par un cri, agenouillé devant le Seigneur : «  Seigneur, je crois, viens en aide à mon incroyance  ! ». Il semblerait qu'il y ait une contradiction interne. D'un côté le cri du fond de son être et de l'autre la conscience de son indignité, de sa précarité, de son état de chair et de matière devant Dieu. Tous, nous sommes ainsi écartelés et marchons entre l'absence de foi, l'incroyance, le peu de foi et une foi solide et stable, affermie dans le Seigneur. La liturgie de saint Jean Chrysostome dit : «  Tu nous as amenés du néant à l'être et tu n'as pas cessé d'agir que tu nous aies élevés au ciel et nous aies fait don de ton Royaume à venir. » Le chemin de foi est un chemin qui va du néant à l'être, de l'état d'enfance à l'état d'adulte, des ténèbres à la lumière, du péché à la sainteté, de la mort à la vie.

La foi comporte ainsi des degrés divers, des étapes dans une croissance continuelle, mais parfois aussi des chutes. Nous nous laissons abattre, par l'adversité, par l'ennemi et le péché. Notre foi défaille, comme celle de Simon Pierre marchant sur les eaux. Il a suffi qu'il regarde sous ses pieds pour avoir peur. Notre foi est comme la sienne, et souvent nous sommes pris de peur. Pourtant cette foi nous est donnée, elle est inscrite en nous, communiquée par l'Esprit Saint et le baptême, croissant en nous par l'effusion de l'Esprit dans la Pentecôte nouvelle qu'est chaque communion eucharistique.

De foi en foi, de petitesse en petitesse, d'implénitude en plénitude, nous grandissons.

La foi, dans la Bible, est toujours une foi vivante. Comme le dit saint Jacques, une foi véritable est une foi active. La Bible ne connaît pas de différence entre «  être croyant » et «  être pratiquant ».

Une foi qui ne mène pas à l'amour, à l'engagement est une foi morte, stérile, démoniaque ou tout simplement sommeillante. Il ne nous appartient pas de porter un jugement sur le degré de la foi des êtres qui nous semblent endormis spirituellement, qui semblent vivre loin de Dieu et qui pourtant affirment : «  oui, j'ai la foi ». Nous devons les respecter, respecter en eux la moindre étincelle de lumière, de foi et de vie. Mais nous devons surtout les aider à rallumer cette étincelle qui couve sous les cendres pour qu'elle devienne un feu puissant et ardent.

La foi, dans la Bible, c'est la fidélité. Nous pouvons dire que Dieu Lui-même est fidèle à Son amour, à Sa création première. Il ne supporte pas de voir l'humanité s'en aller à la destruction. Dieu est fidèle et c'est dans Sa fidélité qu'Il nous atteint, nous qui sommes encore pécheurs. Il nous saisit et nous élève vers Lui. Ayant été créés à Son image, et appelés à vivre selon Sa ressemblance, à devenir saints comme Dieu est saint, nous devons grandir dans cette même fidélité. Le Seigneur Lui-même a manifesté cette double fidélité, fidélité de Dieu envers l'homme, fidélité de l'homme envers Dieu. Dans sa fidélité de Dieu envers l'homme, Il nous a révélé l'amour du Père, un amour fou, comme le disent les Pères de l'Église, un amour insensé, qui ne cadre avec aucun raisonnement, aucune logique naturelle. Car, si l'homme est pécheur, il semblerait que Dieu dût s'en détourner et l'écraser de Sa colère. Non, «  la colère de Dieu n'est pas pour toujours », dit le psaume. «  Cache-toi, dit Yahvé au prophète, entre dans ta chambre et ferme la porte. Attends un instant que passe le temps de ma colère  ! ». La colère de Dieu est pour un instant, mais Sa miséricorde est infinie. Cette miséricorde divine est le fondement même de Sa fidélité. Car la fidélité de Dieu est une fidélité à Son amour, qui est infini.

D'un autre côté le Seigneur récapitule dans Son humanité toute l'humanité, et particulièrement tous les justes, les fidèles, les saints de l'Ancienne et de la Nouvelle Alliance. Dans Son «  oui » au Père, dans Son obéissance, «  que Ta volonté soit faite et non la mienne », Il affirme Sa fidélité et Son amour envers le Père. En Christ, la volonté divine et la volonté humaine se joignent. La fidélité de Dieu et la fidélité de l'homme ne font plus qu'un désormais. Le Christ nous ouvre ainsi le chemin. Dans l'Esprit, Il nous donne la puissance de la foi. Et la foi qui dormait en nous s'éveille, elle devient une foi forte, stable, adulte, une foi qui peut faire des miracles. Le Seigneur l'a dit : «  Si vous aviez la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : » déplace-toi et jette-toi dans la mer «  et elle le ferait, et rien ne vous serait impossible ».

Nous devons comprendre que la foi en Jésus, la foi que l'Esprit Saint répand en nos cœurs avec son amour, est une foi qui fait des miracles. Le plus grand miracle, la plus haute montagne que Dieu puisse déplacer, c'est l'ouverture du cœur humain, c'est transformer notre cœur de pierre en un cœur de chair, un cœur vivant. La conversion de l'homme est le plus grand mystère de la résurrection.

C'est pourquoi nous devons nous convertir avec le père de cet enfant possédé, nous devons, nous aussi, crier au Seigneur : «  Seigneur, je crois de toutes mes forces, mais viens en aide à mon manque de foi. Fais grandir en moi ce peu de foi pour qu'elle devienne forte, stable, lumineuse et débordante d'amour ».

Père Boris
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