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Homélie

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EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

Première épître aux Corinthiens I, 18-24 –
évangile selon saint Jean XIX, 6-11, 13-20, 25-28, 30-35.

Homélie prononcée par Père René le 14 septembre 1979

Exaltation de la CroixLe centre de la vie de chaque chrétien, c’est la Croix. Le centre de la vie du monde, celui-ci l’ignorerait-il, c’est la Croix.

Peut-être sommes-nous, nous chrétiens, trop accoutumés à la Croix. À force de la voir, nous oublions la réalité mystérieuse qu’elle représente. Nous tendons, nous finissons de n’y voir plus qu’une figure plus ou moins allégorique de notre foi. Or la Croix est tout autre chose. Elle est le mystère même de notre salut et de notre vie en Christ, rendu présent à nos yeux et à notre cœur.

Pour retrouver le sens de la Croix, il faut revenir à ce que nous étions avant le Christ. Avant le Christ, le peuple de Dieu vivait sous la Loi. Le chemin de l’homme était tracé par la Loi. « Pourtant tous ceux, dit saint Paul, qui se réclamaient de la pratique de la Loi encouraient une malédiction. Car il est écrit : "Maudit celui qui ne s’attache pas à tous les préceptes écrits dans la Loi sans les mettre en pratique". » Ainsi les bons et les justes trouvaient leur récompense, mais la négligence et la transgression des autres entraînaient leur châtiment. Soumis à l’ordre de la Loi, l’homme se trouvait dans un monde bloqué où le bien et le mal avaient chacun leur part.

Une seconde constatation allait être faite par le psalmiste – c’est-à-dire par le peuple hébreu tout entier – à l’occasion de ses tribulations historiques. Les Psaumes sont le cri de douleur du juste blessé. Bien qu’il reste fidèle à la Loi, le juste se voit plongé dans les épreuves, tandis qu’autour de lui triomphent les impies. Meurtri dans sa chair et dans son âme, le juste élève une prière de supplication vers Dieu.

Mais sa foi reste inébranlable : Dieu le rétablira, dans sa justice et les méchants seront condamnés.

La constatation que le mal n’épargne même pas le juste prend toute son ampleur dans le drame de Job. Job se sait innocent, pourtant la colère de Dieu ne cesse de le frapper. Job, abandonné, ne peut plus croire à la juste rétribution de la Loi. Il découvre que le mal a fondamentalement part à ce monde. Parce qu’il en fait l’expérience en lui-même Job pressent ce que saint Jean écrira plus tard : « Le monde entier gît sous le pouvoir du Malin » . Pourquoi cet excès de mal supporté par le juste souffrant ? Tel est l’appel tragique lancé par Job vers le ciel.

La réponse à la question de Job – à la question de tous les hommes – transparaît dès l’Ancien Testament, avec la figure du Serviteur souffrant, la mystérieuse figure du livre d’Isaïe : « Homme de douleur et connu de la souffrance [...] il était méprisé et déconsidéré. Or, c’était nos souffrances qu’il supportait et nos douleurs dont il était accablé. Et nous autres, nous l’estimions châtié, frappé par Dieu et humilié. Il a été transpercé à cause de nos péchés, écrasé à cause de nos crimes. Le châtiment qui nous rend la paix est sur lui ; c’est grâce à ses plaies que nous sommes guéris. »

Ce personnage, Jésus viendra l’incarner en plénitude. Agneau de Dieu qui porte le péché du monde , Il sera la victime de propitiation pour nos péchés . Il sera l’Agneau sans reproche et sans tache, discerné dès avant la fondation du monde, manifesté dans les derniers temps à cause nous et égorgé afin de racheter pour Dieu au prix de son sang les hommes de toute race, langue, peuple et nation . Le sacrifice du Christ, prévu dès avant la création du monde accompli en ces temps derniers, une fois pour toutes , et magnifié désormais par la liturgie céleste , voici ce qu’est la Croix.

La Croix, c’est le Salut en Jésus Christ de toute la création, prévu dès avant les siècles et pour tous les siècles. Car la puissance de rédemption de la Croix s’étend à la création toute entière.

La Croix, inscrite en Jésus-Christ de toute éternité, Lui le Premier-Né de toute créature et par qui tout a été fait , s’est révélée au Golgotha devenu le centre du monde – comme le souligne saint Cyrille de Jérusalem –, quand Celui qui était de condition divine S’humilia jusqu’à la mort des esclaves . Entrée dans la gloire du Ressuscité, la Croix du Golgotha est devenue la Croix eschatologique qui rassemble autour du Christ glorieux tous les rachetés.

Instrument et lieu de notre rédemption, la Croix est la révélation des souffrances et de l’amour de Jésus venu nous racheter par son sang à la puissance de Satan. À cette puissance, Jésus a répondu par celle encore plus grande de la Croix, car il n’y avait pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’Il aime .

La Croix est plus encore. La Croix est une avec l’œuvre du Christ, l’œuvre de Celui dont saint Jean dit : « Il est, Il était et Il vient » , c’est-à-dire l’œuvre du Christ Rédempteur, du Christ Créateur et du Christ glorieux du monde à venir. Ainsi la Croix était présente à la Création comme elle l’est dans le Royaume à venir. Ainsi notre salut en Jésus Christ n’est autre que la Création renouvelée et parachevée dans le Royaume. Et inversement la Création et le Royaume ne sont que des saluts successifs en Jésus-Christ.
La dimension de la Croix est infinie, allant de la Genèse à l’accomplissement du Royaume. Si le Golgotha est le temps unique (Kairoj) autour duquel tourne toute l’histoire du monde, la Croix qui s’enracine dans le Golgotha, récapitule tous les temps du monde, du premier jour jusqu’à la consommation des siècles. Tout le plan divin, de la Création au Royaume en passant par la Rédemption, repose sur la Croix.

La figure de la Croix au Paradis est l’Arbre de Vie, dressé au milieu du jardin d’Éden et au pied duquel sourdent les quatre fleuves sources de Vie. « Mais c’est l’Apôtre, dit saint Grégoire de Nysse, qui donne à chaque branche de l’Arbre son nom propre, profondeur , ce qui descend du centre, hauteur ce qui monte, largeur et longueur ce qui s’étend latéralement de chaque côté. Par là il paraît signifier qu’il n’y a rien dans l’univers qui ne soit sous l’emprise de la nature divine, ni ce qui est au-dessus du ciel, ni ce qui est sous terre, ni ce qui s’étend latéralement de toute part jusqu’aux extrémités de l’univers [...] La figure de la Croix se partageant en quatre branches... qui pénètrent à travers tout, signifie la puissance de Celui qui se montre sur elle... »

Si l’Arbre de vie est la figure de la Croix, la Croix cosmique est, quant à elle, la figure du Crucifié. « Cet Arbre aux dimensions célestes, dit saint Hyppolyte de Rome, s’est élevé de la terre aux cieux, se fixant, plante éternelle, au milieu du ciel et de la terre, soutien de toute chose et appui de l’univers, support de la terre habitée et joint du monde, tenant assemblée la variété de la nature humaine, et cloué par les chevilles invisibles de l’Esprit, afin qu’ajusté au divin Il n’en soit plus détaché. Touchant par son faîte le sommet des Cieux, affermissant la terre par ses pieds, et étreignant de tous côtés par ses mains immenses l’esprit nombreux de l’air entre Ciel et terre, Il était tout entier en tout et partout. »

Présente en figure à la création du Premier Adam, la Croix préside en vérité à la naissance du Nouvel Adam. « Il y en a trois à témoigner, dit saint Jean, l’Esprit, l’eau et le sang, et ces trois sont d’accord. » . En effet nous avons été rachetés de la vaine conduite héritée de nos pères par un sang précieux . Mais par l’Esprit, l’eau et le sang jaillis sur la Croix, Jésus non seulement nous sauve, mais

Il parfait la Création. Il la recrée en la vivifiant de l’Esprit et de l’eau, pour la mener avec Lui à la perfection . Car, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer au Royaume de Dieu. Ainsi fallait-il que soit élevé le Fils de l’Homme, comme Moïse éleva le serpent au désert, car de la glorification du Fils sur la Croix devaient couler les fleuves d’eau vive de l’Esprit .
La Croix est le signe du don de l’Esprit. Le bois, sur lequel Jésus est mort, est devenu "la source des eaux intarissables" (Vigiles du dimanche) pour que « nous devenions participants de la nature divine » .

Depuis le jour où l’Esprit planait sur les eaux primordiales, où Il s’écoulait des quatre fleuves du paradis nés au pied de l’Arbre de Vie, jusqu’àcelui de la Jérusalem céleste où quiconque aura soif s’abreuvera gratuitement à la source de vie, la création toute entière est entraînée par la force du souffle de l’Esprit. Cette effusion irrépressible ne cesse de jaillir de la Croix.

Nouvel Arbre de Vie et Arbre de la Vie nouvelle, « la Croix ramène dans le Paradis les enfants perdus d’Adam car un autre Paradis s’est révélé : l’Église, qui porte comme autrefois l’Arbre de Vie ».

Père René

Notes
(1) cf. épître aux Galates I, 10.
(2) cf. première épître de saint Jean V, 19.
(3) cf. Isaïe LIII, 3-5.
(4) cf.évangile selon saint Jean I, 29.
(5) cf. première épître de saint Jean IV, 10.
(6) cf. première épître de saint Pierre I, 19-20.
(7) cf. Apocalypse V, 9-10.
(8) cf. épître aux Éphésiens I, 4
(9) cf. épître aux Hébreux IX, 9-26.
(10) cf. Apocalypse V, 13-14
(11) cf. épître aux Éphésiens I, 15-16.
(12) cf. épître aux Philippiens II, 6 et 8.
(13) cf.évangile selon saint Jean XV, 13.
(14) cf.Apocalypse I, 8.
(15) Voir notamment l’épître aux Éphésiens III, 18.
(16) cf. première épître de saint Jean IV, 8.
(17) cf. première épître de saint Pierre I, 16-19.
(18) cf.épître aux Hébreux II, 40.
(19) cf. successivement évangile selon saint Jean III, 5 ; III, 14 et VII, 38-39
(20) cf. seconde épître de saint Pierre I, 4.

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