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Homélie

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La guérison de la femme courbée le jour du sabbat

Père Boris Bobrinskoy

27e dimanche après la Pentecôte
Épître aux Éphésiens VI, 10-17
Évangile selon saint Luc XIII, 10-17

Homélie prononcée par le Père Boris le 5 décembre 2004 à la crypte

La Guérison de la femme courbée le jour du sabbatAu Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,

Chaque dimanche, nous entendons la parole de l’Évangile et la parole de l’Apôtre nous parler et nous instruire. L’écoute de la parole de Dieu en l’Église nous rend contemporains du Seigneur Lui-même. En vérité, nous sommes auprès de Lui, assis à Ses pieds près du lac de Tibériade, ou marchant à Ses côtés en Galilée ou en Judée, et nous sommes témoins de Sa compassion miséricordieuse. Ses paroles de vie nous éveillent et nous interpellent jusqu’au tréfonds de notre cœur.

Aujourd’hui l’Évangile nous parle d’une guérison parmi tant d’autres, celle d’une femme courbée depuis dix-huit ans.

Que de malades n’y avait-il pas à cette époque ! Que de guérisons le Seigneur n’a-t-Il pas opérées ! Et pourtant, combien souvent nous sommes, nous-mêmes, aveugles et sourds à l’action de la grâce de Dieu. Le Seigneur a chassé les démons et guéri les paralysés, Il a rendu l’ouïe aux sourds et la vue aux aveugles. Au-delà du sens immédiat de la guérison et du retour à la santé, chacune de ces guérisons porte toujours un sens symbolique : l’ouïe signifie que lorsque le Seigneur nous donne l’oreille intérieure du cœur et de l’intelligence aussi nous sommes aptes à entendre la Parole de Dieu et de la recevoir dans nos cœurs. Lorsque nos yeux s’ouvrent nous sommes désormais en mesure de contempler et de recevoir en nous la lumière divine, lumière du Christ qui éclaire tout homme venant dans le monde. Lorsque nos pieds se remettent à marcher nous sommes capables de nouveau de courir vers le Seigneur et vers les autres pour annoncer aux hommes la parole divine, la parole de Salut.

Aujourd’hui je voudrais m’arrêter sur cette guérison particulière en soulignant les liens entre ce récit évangélique et la lecture de l’apôtre afin de vous montrer que les trompettes du combat spirituel que fait résonner saint Paul nous concernent, nous aussi, dans notre propre chemin, dans notre propre vie.

Voici donc une femme possédée depuis dix-huit ans d’un esprit qui la rend infirme. Dès qu’Il la voit, Jésus la délivre. Le chef de la synagogue n’en est pas heureux, il ne rend pas grâce. Au contraire, il rabroue le Seigneur en Lui reprochant d’oser opérer une guérison pendant le Sabbat où tout travail est proscrit, où rien ne doit se faire, rien ne doit bouger.

Par Sa réponse, le Seigneur nous rappelle cette vérité fondamentale à savoir que c’est le Sabbat qui est fait pour l’homme et non pas l’homme pour le Sabbat. Cette vérité nous concerne tous car au-delà du Sabbat qui relève de la Loi mosaïque, Jésus vise aussi la Loi de toutes les règles ecclésiastiques que nous respectons mais qui dans notre vie prennent parfois le dessus sur la miséricorde. Ainsi Jésus se présente-t-Il comme le Maître du Sabbat. Jésus est Maître de la Loi qu’Il est venu accomplir sans pourtant l’abolir.

Dans ce récit de guérison, n’oublions pas celle qui a été guérie. Après dix-huit ans de souffrance, cette femme est délivrée, son corps est libéré et – je voudrais insister – sa dignité est restaurée. Quand Il la voit, le Seigneur lui adresse la parole, à elle, à cette femme infirme possédée par un esprit, et bientôt Il la présentera comme une fille d’Abraham. Ce n’est pas rien d’être appelée par le Seigneur "Fille – ou fils – d’Abraham" !

Ainsi Jésus la guérit, la relève et lui rend sa dignité. Elle était courbée, comme écrasée par un fardeau, rabaissée jusqu’à terre, ne pouvant lever les yeux. Dans son traité sur la Création, saint Basile le Grand dit que la grandeur de l’homme est de se tenir debout et de regarder le ciel car l’homme est créé à l’image de Dieu et l’homme ne trouve pas son repos jusqu’à ce qu’il trouve son repos en Dieu, en se tenant droit et regardant vers le haut. La dignité de cette femme est de se tenir debout, droite, de regarder le Christ en face et de pouvoir lever les yeux vers les Cieux.

Cela est symbolique et symptomatique de l’état de péché et de servitude qui pèse sur nos épaules, qui nous fait courber l’échine et baisser les yeux. Ce regard bas nous isole et nous éloigne les uns des autres autant qu’il nous éloigne de Dieu. Courbés vers le sol, avec la terre pour tout horizon nous voici terriens, terrestres au sens fort, mais sur une terre coupée du ciel.

Ce récit de guérison présente un autre aspect qui nous conduit à l’épître de saint Paul que nous avons entendue aujourd’hui. La maladie qui courbe cette femme vers la terre n’est pas une maladie ordinaire. Comme Jésus le révèle, il s’agit d’une possession, d’un asservissement, d’une prison : "Cette fille d’Abraham que Satan tenait enchaînée depuis dix-huit ans, nous dit Jésus, ne fallait-il pas la délier de ses chaînes le jour même du Sabbat, le jour du repos, c’est-à-dire le jour de la victoire du Seigneur."

Cette femme avait été liée mystérieusement par Satan lui-même et tenue enchaînée pendant dix-huit ans, autant dire qu’elle devait craindre que cela fût pour toujours. Quand le Seigneur la rencontre, Il discerne aussitôt la présence satanique en elle. Jésus S’émeut et S’empresse de livrer bataille contre les puissances des ténèbres. C’est le combat de toute Sa vie, depuis Sa naissance, depuis la fuite en Égypte, depuis les tentations au désert. Tout au long de Son chemin, Jésus a affronté les menaces, les pièges et les tentations de Ses ennemis comme de Ses proches. Dans Sa vie entière, aucune tentation ne Lui sera épargnée et ce, jusqu’à la dernière tentation sur la Croix.

Sans repos, Jésus combat l’Ennemi, le Tentateur, le Séducteur, Satan, celui qui vient pour tromper, diviser et nous rabaisser jusqu’à terre, toujours pour nous éloigner de Dieu.

Ainsi, dans notre vie, devons-nous prendre conscience de la menace des forces sataniques qui voudraient nous enchaîner ou nous détruire, comme le dit saint Pierre dans sa première épître "Satan est comme un lion rugissant, rodant et cherchant qui dévorer."

Lors du baptême nous avons déjà – soit nous-mêmes soit par la bouche de nos parrain et marraine – renoncé à Satan et, par les exorcismes, nous avons été libérés de la puissance satanique qui veut pénétrer, s’introduire dans nos cœurs. Depuis le baptême, pendant toute la vie chrétienne et jusqu’à la mort se livre en permanence un combat invisible où, par la grâce du Saint-Esprit, il nous est donné de discerner derrière les passions et les mauvaises pensées les manœuvres du diable, comme le dit saint Paul. Pour y résister, il nous est donné de pouvoir nous dresser contre Satan avec toute la panoplie, l’armure complète, le bouclier, le casque et le glaive de la foi. La puissance de l’Esprit Saint nous permet de combattre et de vaincre, car dans le Christ nous sommes déjà dans la victoire pascale. En effet, la victoire pascale n’est pas seulement pour l’Au-delà, nous en avons déjà l’amorce, les prémices, le pressentiment, l’avant-goût, dès maintenant dans notre vie chrétienne à condition d’avoir toujours le regard tourné vers le Seigneur.

Certes, le message de saint Paul ne se limite pas, tant s’en faut, au combat spirituel, mais aujourd’hui il fallait entendre cet appel de saint Paul. Sans réduire l’enseignement de saint Paul à ce langage guerrier, nous devons tirer profit de son expérience du malin, de sa perfidie et des pièges qu’il nous tend.

En vérité, saint Paul connaît d’autres langages et, en contrepoint de ces métaphores guerrières, je voudrais évoquer un autre aspect de l’enseignement de saint Paul. Dans l’épître aux Galates, avec un langage auquel je suis très sensible saint Paul nous dit ceci "le fruit de l’Esprit c’est charité, c’est joie, c’est paix, c’est longanimité, serviabilité, confiance, bonté, douceur, maîtrise de soi", et il ajoute : "contre de telles choses, il n’y a pas de Loi".

"Il n’y pas de Loi", nous retrouvons ici, à n’en pas douter, le conflit de Jésus avec le chef de la synagogue qui dressait la Loi de la Lettre contre la Loi de l’Esprit, contre la Loi de l’Amour.

Contre la charité, la joie, la paix, la longanimité, la serviabilité, la bonté, la confiance, la douceur, la maîtrise de soi… il n’y a pas de Loi ! Sachons garder en mémoire cette parole fondamentale : Contre les fruits de l’Esprit il n’y a pas de Loi.

Dans ce combat spirituel, c’est notre asservissement ou notre guérison qui sont en jeu. Il s’agit de nous libérer des forces maléfiques qui voudraient nous courber, nous séduire, nous asservir, nous posséder, nous dévorer. Ainsi le combat du Christ se continue dans notre propre vie et nous portons dans notre chair, comme le dit saint Paul, les stigmates, les marques de la Passion, des souffrances du Christ. Mais nous livrons ce grand combat avec, comme je viens de le dire, l’avant-goût de la victoire pascale et par là même de la joie céleste. Nous aussi, nous sommes fille, fils, enfant d’Abraham selon la foi, et par conséquent la grâce de l’Esprit Saint nous libère, nous redresse et nous ramène à notre dignité première, celle pour laquelle nous avons été créés au commencement.

Je voudrais conclure en rappelant cette parole que nous chantons aux obsèques : "Je suis l’image de la gloire ineffable même si je porte maintenant les stigmates du péchés."

"Je suis l’image de la gloire ineffable".

Puisse cette gloire ineffable nous emplir, abonder en nous et nous élever avec cette puissance surnaturelle qui nous fait dépasser notre propre état de terriens et de terrestres si bien que, désormais dans cette montée vers le Seigneur, il n’y ait plus de distance entre la terre et le ciel au point que la terre, elle-même, comme le dit saint Jean Chrysostome, devienne Ciel.

Amen

Père Boris

Notes
(1) Cf. Première épître de Pierre V, 8.
(2) Cf. épître aux Galates V, 22-23.
(3) Voici quelques textes de St Paul qui illustrent abondamment notre participation aux souffrances du Christ : « Nous portons toujours avec nous dans notre corps la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée dans notre corps » (2 Cor. IV, 10) ; « Je me réjouis maintenant dans mes souffrances pour vous ; et ce qui manque aux souffrances du Christ, je l’achève en ma chair, pour Son corps, qui est l’Église » (Col. I, 24) ou « Que personne désormais ne me fasse de la peine, car je porte sur mon corps les marques de Jésus » (Gal. VI, 17)

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