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La fille de Jaïre et l’hémorroïssePère Boris Bobrinskoy

24e dimanche après la Pentecôte
8e dimanche après la Croix

Homélie prononcée par Père Boris le 8 décembre 2002 à la Crypte

La fille de JaïreAu nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Nous sommes, à travers la lecture de l’Évangile, nous aussi, témoins des actes de miséricorde et de compassion du Sauveur.

Deux miracles qui se suivent ou plutôt dont l’un intervient à l’intérieur de l’autre. Jésus est appelé pour une enfant malade de l’âge de douze ans, l’enfant est la fille unique de Jaïre, le chef de la synagogue, probablement de Capharnaüm. Pendant qu’Il va, pressé par la foule comme nous l’avons entendu, une femme s’approche de Lui, qui était atteinte d’un flux de sang depuis douze ans.

Retenons d’abord le chiffre douze, dont on pourrait dire que c’est le seul lien explicite entre les deux événements : la fillette avait douze ans, la femme était malade depuis douze ans. Cela n’a peut-être pas beaucoup d’importance.

Pourtant le fait que tous les évangélistes aient cité les deux miracles interpénétrés l’un dans l’autre est significatif parce qu’Il va vers le chef de la synagogue, Il est interrompu par la femme, Il la guérit ou plutôt elle reçoit la guérison, ensuite Il continue Son chemin et Il arrive chez Jaïre.

Il y a un contraste dans ces évangiles entre d’une part une guérison par derrière, sans même que le Seigneur ait prononcé une parole, sans qu’Il l’ait même regardée, et d’autre part une guérison où Il prend l’enfant par la main dans un acte personnel, dans un regard de compassion qui donne la guérison. Nous devons sans cesse cheminer, nous devons œuvrer pour découvrir le mystère de Sa personne et pour découvrir une relation personnelle entre Dieu et moi. Ce n’est jamais très facile, il y a un labeur, il y a un cheminement il y a un pèlerinage, il y a une découverte, il y a une montée ou une descente, comme vous voulez, au cœur de nous-mêmes car le Seigneur est là, au cœur de nous-mêmes et le plus souvent caché.

Maintenant, ce que je voudrais avant tout et même essentiellement retenir avec vous c’est que la femme s’approche par derrière et cherche à toucher le Seigneur. Elle ne Lui parle pas, elle ne voit même pas Son visage. Elle touche seulement le bord de Son vêtement, et au même instant, comme le dit l’évangéliste, le flux de sang s’arrêta et elle fut guérie. Ce qui est remarquable ici c’est que le fait de toucher les vêtements du Sauveur suffit.

Et nous, si nous pouvions au moins toucher le vêtement du Sauveur, sans même prétendre Le voir face à face, si nous pouvions au moins toucher Son vêtement n’aurions-nous pas tout de suite la guérison de l’âme et du corps ?

Et pourtant… et pourtant, nous touchons Son vêtement parce que le Seigneur est là parmi nous mais nous ne Le voyons pas.

Et alors ces vêtements du Sauveur ? Nous touchons ses vêtements ici, parce que l’Église est là toute entière avec sa beauté, avec ses symboles, avec ses rites, avec ses icônes, avec ses saints. Tout ça, ce sont des vêtements du Seigneur. Les saints aussi, dirais-je, sont le vêtement du Seigneur. Lorsque nous n’osons pas nous approcher directement du Sauveur Lui-même, que nous sommes remplis de crainte ou du sentiment de notre culpabilité, nous prions par exemple saint Nicolas – dont nous célébrons la fête aujourd’hui avec un peu en retard –, ou un autre saint ou la Mère de Dieu. Et nous savons que leur prière pour nous sera exaucée parce qu’ils ont obtenu grâce devant le Seigneur. Ainsi les saints, tous les saints, toute cette multitude infinie de saints qui entourent le trône de l’Agneau et qui ne cessent de prier et de louer Sa gloire sont eux aussi les vêtements du Sauveur.

Et nous aussi, nous sommes les vêtements du Sauveur, dans la mesure où nous nous remplissons de la grâce de Dieu et où nous pouvons alors dispenser et faire rayonner la miséricorde et l’amour.

Donc vous voyez, il y a un chemin à faire, au sein de l’Église, là où toute la beauté des icônes, la beauté des chants, de la liturgie, des rites, des vêtements liturgiques nous instruit, nous entraîne, nous conduit vers les mystères de la rencontre personnelle. Car cette rencontre personnelle doit se faire un jour ou l’autre, pour chacun de nous. Cette rencontre personnelle demande, assurément, du labeur et de l’effort, mais je dirais que tout notre effort ne sert à rien si la grâce de Dieu ne vient pas de manière gratuite. Parfois il faudra une vie entière et parfois un enfant est déjà dans la rencontre, dans la vision et dans la certitude. Pour la grâce de Dieu il n’y a pas de nécessité : nos efforts, nos travaux, nos peines ne sont pas quelque chose qui puisse mériter ou contraindre la grâce divine. Nous ne connaissons pas, en effet, dans l’Orthodoxie la notion de "mérite", nous savons seulement que l’amour de Dieu est gratuit et qu’il vient toujours en surabondance, bien au-delà de ce que nous pouvons attendre et espérer.

C’est tout cela que nous devons comprendre aujourd’hui : lorsque nous venons dans l’Église, lorsque nous y entrons humblement, sans oser nous approcher, restant derrière comme le publicain de la parabole – se frappant la poitrine de ses mains et disant tout simplement ces mots "Seigneur, aie pitié de moi, fais-moi miséricorde !" – eh bien ! Là, nous sommes dans la frange du vêtement du Sauveur. Bien sûr il faut veiller à ce que ces vêtements du Sauveur soient purs, qu’ils ne soient pas gâchés ni tachés par nos péchés, qu’ils ne soient pas détruits ni déchirés par nos divisions… Vous voyez tout ce que cette notion de vêtements du Sauveur peut impliquer et signifier !

Par conséquent cette femme, cette humble femme qui, souffrant depuis douze ans, s’approche du Seigneur par derrière pour recevoir la guérison, c’est un peu le symbole de la vie de chacun de nous. Nous aussi, commençons déjà par nous approcher par derrière afin de toucher les multiples vêtements du Seigneur que je vous ai un peu esquissés. Commençons déjà par les toucher et pour cela comprenons que cela demande au moins notre présence, car le fait d’être simplement là dans l’Église nous rapproche de Dieu.

Mais bien sûr, l’histoire ne s’arrête pas là. Le Seigneur s’est retourné et a demandé d’une voix sévère : "Qui m’a touché ? J’ai senti une force sortir de moi." Ainsi, lorsque nous recevons la guérison du Sauveur, nous aussi nous entendons peut-être Sa voix : "Qui s’est approché de moi ? car j’ai senti une force sortir de moi, une force de guérison." Par conséquent, approchons-nous du Sauveur humblement, comme nous le pouvons, par tous les moyens que l’Église nous donne, la liturgie, les sacrements. Mais cela ne suffit pas. À un moment donné le Seigneur se retournera vers moi et me demandera : "qui m’a touché ?" Alors je ne pourrai que m’incliner, me prosterner devant Lui en implorant Sa miséricorde et Son pardon, parce que la grâce de Dieu est venue malgré mon péché et malgré mon indignité.

Essayons donc de nous souvenir de tout cela, approchons-nous de jour en jour du Seigneur. Mais, au delà des vêtements, cherchons à Le rencontrer d’une manière personnelle afin de L’accueillir nous-mêmes dans notre cœur, Lui le Sauveur de nos âmes,

Amen.

Père Boris

Cf. Évangiles selon saint Matthieu 9, 18-26, saint Marc 5, 22-43 et saint Luc 8, 41-56.

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