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La fille de Jaïre et l’hémorroïssePère Boris Bobrinskoy

24e dimanche après la Pentecôte
9e dimanche après la Croix

Homélie prononcée par Père Boris le 20 novembre 2006, à la Crypte

La fille de JaïreAu nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Mes chers amis, nous venons d'entendre le récit de deux miracles accomplis par le Seigneur Jésus durant son cheminement en Galilée. À la première audition, ces deux miracles ne semblent pas avoir beaucoup de rapport l'un avec l'autre, sauf peut-être que la femme était atteinte d'un flux de sang depuis douze ans et que la fillette que Jésus a ressuscitée avait douze ans. Peut-être est-ce une coïncidence, sans doute y a-t-il davantage, il est, en tout cas, certain que le chiffre douze a retenu l'attention de tous les évangélistes, mais la question n'est pas là.

Quand on y réfléchit davantage, on perçoit à la fois un contraste, un lien et une contemplation entre les yeux des parents stupéfaits.

La jeune fille se lève. Il s'agit de bien plus qu'une guérison, c'est une résurrection accomplie par la volonté et l'action personnelle - et j'insiste bien sur le mot "personnelle" - du Seigneur Jésus qui œuvre, bien sûr, à la demande de la famille, qui ordonne, guérit et ramène à la vie.

Si nous nous tournons à présent vers le miracle précédent, vers la guérison de la femme atteinte d'un flux de sang, nous pouvons constater que Jésus est, pour ainsi dire, passif. Jusqu'à la guérison, Il est presque absent, tout semble se passer presque à son insu : la femme fend la foule jusqu'à parvenir à toucher du bout des doigts la frange de son manteau et aussitôt le flux de sang s'arrête. Elle en prend conscience immédiatement, et c'est seulement à ce moment-là que Jésus se manifeste. Il intervient pour solliciter l'aveu, pourrions-nous dire, la confession de cette femme : "Qui M'a touché ? - Maître, Lui répliquent Ses disciples, les foules Te serrent et Te pressent et Tu demandes 'Qui M'a touché' - Quelqu'un M'a touché, car J'ai senti une force sortir de Moi".(1).

Il suffisait donc ici que la femme touche furtivement un bout du tissu du manteau du Seigneur pour qu'une puissance de guérison sorte de Jésus, de son corps pourrions nous dire. Par ce simple contact très matériel elle trouve la guérison. Timidement elle reconnaît son geste audacieux et Jésus la confirme dans la santé qui lui est revenue.

Ce qui me frappe le plus dans l'imbrication de ces deux miracles apparemment si différents, c'est que nous retrouvons cette correspondance profonde dans la vie de l'Église, car bien sûr l'Église est le Corps du Christ et le Christ en est la Tête, le Chef comme on dit.

Dans la vie de l'Église, tout semble orienté vers la présence du Christ et vers une relation toujours personnelle avec le Seigneur. Tous, nous parlons au Seigneur et nous nous adressons à Lui dans une relation personnelle de prière, de repentance, d'intercession, de supplication. Nous supplions Notre Seigneur pour la guérison de nous-mêmes, de notre âme et de notre corps, pour la guérison de nos proches, nous prions à l'intention de tous ceux qui sont malades. Et mystérieusement, cette grâce qui nous pénètre nous est transmise par les lieux de culte, les églises et toute la symbolique, par les reliques et l'icône, par le chant et les ornements. Une grâce profonde, une grâce de l'Esprit Saint est présente et nous inonde par la puissance de l'Esprit Saint au point qu'il suffit parfois simplement, humblement, peut-être même sans oser lever les yeux vers le Seigneur, de toucher du doigt une icône juste pour dire silencieusement à Jésus : "Me voici" et alors quelque chose se passe comme si une force sortait du Corps du Christ qu'est l'Église. L'Église est un trésor de présence de la grâce, un lieu de puissance et d'action de l'Esprit Saint, c'est pourquoi nous avons tant besoin de retrouver ce chemin vers le Seigneur qu'est l'Église, de nous immerger dans son Corps qu'est la vie de l'Église, la communion des saints et toute cette richesse de sainteté. De jour en jour durant toute notre vie, nous avons besoin de cette grâce qui nous environne, nous baigne et nous nourrit.

Ainsi donc, puissions-nous retrouver cette plénitude de vie et de puissance de la grâce de Dieu qui agit parfois de façon spectaculaire, et très souvent insensiblement. Même dans notre sommeil, même dans notre sommeil spirituel, dirais-je, quelque chose se passe et mûrit et il nous suffi t de toucher la frange du manteau du Seigneur, c'est-à-dire d'être ici dans l'Église, de laisser par osmose cette grâce de Dieu nous envahir. Mais, bien sûr, en nous pénétrant, cette grâce nous implique, nous sollicite, nous appelle à découvrir à notre tour une relation personnelle de cœur à cœur pour que nous puissions entendre la voix du Seigneur qui est présent, qui s'approche de nous, qui vient vers nous comme un mendiant d'amour et qui nous dit "Mon enfant lève-toi ! Mon enfant donne-Moi ton cœur ! Mon enfant, ouvre-Moi ton cœur car Je désire venir habiter en toi". Et alors, lorsque nous ouvrons notre cœur, la plénitude de la grâce et de la vie divine vient en nous et nous devenons véritablement enfants de Dieu.

Puissions-nous donc, mes amis, méditer profondément ces deux miracles et voir combien cette complémentarité de l’action de Dieu d’une manière tantôt personnelle et tantôt diffuse nous concerne dans notre vie toute entière.

Amen

Père Boris

Note :
(1) . Cf. évangiles selon saint Matthieu VII, 7 et saint Luc XI, 9.

Analyse d'audience

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