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Homélie

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Les deux possédés gadaréniens

5e dimanche après la Pentecôte
Épître aux Romains X, 1-10
Évangile selon saint Matthieu VIII, 28 - IX, 1.

Homélie prononcée par le père Alexis, à la Crypte, le 28 juillet 2002.

Le possédé gérasénien Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

L'Évangile d'aujourd'hui est souvent source d'incompréhension et d'interrogation : Quel peut bien être le sens de ce récit qu'on trouve également chez saint Marc et chez saint Luc ?

Deux hommes sont ici représentés. Deux hommes sombres, enfermés dans leur propre noirceur, ayant quitté la compagnie des humains pour vivre parmi les tombeaux, comme le dit saint Marc. Ils vivent dans un monde sombre, à la frontière de la mort, là où il n'y a pas de vie, ni de joie, ni d'amour, et surtout là où il n'y a pas d'espoir. Ces deux hommes, lorsqu'ils sortent de leur petit monde, c'est pour apporter la peur, la douleur à tous ceux qu'ils rencontrent. Autour d'eux il y a toute une population qui, impuissante devant le mal, a essayé de les maîtriser, de les enchaîner, mais à chaque fois le Malin était plus fort, et devant leur impuissance ils ont fini par chasser ces deux hommes. Ils ne veulent plus les connaître, ils les chassent de leur vie, dans leur solitude, dans leur monde de tombeaux.

Et puis, ces deux hommes vont rencontrer le Christ et en Le rencontrant, ils Lui posent une question, une question qui dans une certaine mesure exprime toute la haine humaine, et en même temps tout le désespoir qu'on peut trouver chez l'homme : "Qu'y a-t-il entre toi et nous ? Qu'avons-nous de commun ? Pourquoi viens-tu nous déranger ? Pourquoi viens-tu nous tourmenter avant le temps ?". Imaginons que ceux de la ville voisine, qui apparaissent à la fin du récit, aient entendu cela. Ne se seraient-ils pas adressés en toute bonne conscience, dans toute leur droiture, au Seigneur en Lui disant : "Tu vois bien ces deux-là, ils te reconnaissent comme Seigneur, et pourtant ils te rejettent, ils rejettent l'idée qu'il y ait quoi que ce soit de commun entre eux et toi ? N'avons-nous pas eu, nous aussi, raison de les rejeter et de les chasser ? Ne devons-nous pas, en toute bonne conscience, disent les gens de la ville, chasser tous ceux qui ne veulent pas de toi ?".

Et plus loin dans le récit, il se passe encore autre chose, non pas dans le passage que nous avons lu aujourd'hui mais dans le récit de saint Luc et de saint Marc : le Christ répond aux possédés. Il s'adresse à eux car il a su voir en eux l'homme qui est victime et non pas l'homme qui est possédé. Il a su les regarder non pas seulement parce qu'il était Dieu. C'est dans toute Son humanité aimante qu'II a su distinguer l'homme victime, de l'homme possédé par le malin, et Il s'adresse à eux pour leur demander leur nom. C'est important le nom que nous portons, le nom que nous donnons à nos enfants, ou la manière dont nous parlons, ou encore celle où nous nous adressons les uns aux autres. Il leur demande leur nom et ils répondent "Légion". Les démons Le supplient de leur laisser encore du temps ou de les envoyer dans le troupeau de porcs qui est juste à côté et le Christ accède à leur demande et les y envoie.

Le Christ leur montre ainsi que le mal ne peut aller qu'avec le mal, le mal ne peut aller qu'avec l'impureté et qu'ainsi la place du mal n'est pas dans l'homme. Il faut rappeler que dans la tradition juive le porc est impur. Le troupeau de porcs se jette dans la mer, dans les abîmes d'où il ne peut revenir, les abîmes qui sont le véritable néant.

La population qui était autour, ces hommes et ces femmes qui vivaient dans les villages alentour, auraient pu alors comprendre que ces possédés étaient en fait des victimes du malin. Ils étaient des malheureux, qu'il aurait été possible de libérer. Il ne fallait pas forcément les enchaîner et les rejeter. Il aurait été possible de les libérer avec de l'amour et avec la force de Dieu.

Dans les trois récits évangéliques, à la fin, on voit justement les gens des villages environnants venir et voir ce qui se passe. On s'arrête toujours quand il y a un accident, on s'arrête toujours quand il y a un événement et ils s'étonnent parce que les possédés étaient calmes. Les possédés étaient guéris. Ils étaient assis aux pieds du Christ, prêts à suivre Celui qui les a guéris, Celui qui les a aimés. Alors tous ces gens ont pris peur. Ils ont pris peur comme les hommes, en tout temps, ont pris peur du Seigneur, de Dieu.

Hier comme aujourd'hui, on peut avoir peur de Dieu, hier comme aujourd'hui, on peut s'interroger.

Certains s'interrogent en disant : finalement, s'II reste parmi nous, Lui qui est la Lumière, Lui qui est l'Amour, Lui qui est notre conscience, que va-t-il se passer ? S'II reste parmi nous, ne va-t-il pas nous gêner dans notre quotidien ? S'Il reste parmi nous, notre conscience ne sera jamais en paix. S'Il reste parmi nous, tout ce que nous avons amassé avec tant d'efforts, aura-t-il encore un sens ? S'Il reste parmi nous, ne perdrons-nous pas notre confort ? Oui, de tout temps les hommes ont eu peur de cela, et de tout temps les hommes ont rejeté le Seigneur, de tout temps ils Lui ont dit "Pars, ne reste pas là".

Il arrive souvent, dans la communauté humaine, dans la famille, dans différentes circonstances ou situations de notre quotidien, que le rappel de la loi du Seigneur, de Son amour, de Sa lumière, simplement de Son nom, soit gênant, à la limite même du supportable : on a envie de se cacher. Pourtant, c'est dans ces moments-là que nous devons nous rappeler qu'Il est là, qu'Il est à côté de nous. C'est dans ces moments-là qu'Il est prêt à nous libérer de nos tentations et qu'il faut se tourner vers Lui et faire appel à Lui.

Oui, le récit d'aujourd'hui n'est pas un récit simple. Je dirais qu'il ne faut pas essayer de le comprendre avec notre intelligence, essayons plutôt de le comprendre avec notre cœur, avec toute notre vie, avec tout notre être. Alors, peut-être un jour, trouverons-nous la force de ne pas dire à notre prochain et, à travers notre prochain, de ne pas dire à notre Seigneur : "Écarte-Toi de moi parce que j'ai peur".

Amen

Père Alexis

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