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Homélie

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DIMANCHE DES PÈRES OU DE LA GÉNÉALOGIE

28e dimanche après la Pentecôte
Épître aux Hébreux XI, 9-10, 17-22, 32-40 ;
Évangile selon saint Matthieu I, 1-25

Père Boris BobrinskoyHomélie prononcée par Père Boris le 20 décembre 2009 à la crypte

Au nom du Père et du Fils et du saint Esprit.
Mes chers frères et sœurs, chers amis,

Le Roi DavidDésormais, très peu de temps nous sépare du grand mystère de notre Salut, le mystère de la Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ. Nous voici donc en marche avec les bergers et les mages, mais aussi avec les anges qui également découvrent, eux aussi, cette grande nouvelle cachée depuis toute éternité dans le plan de Dieu.

Cette marche vers Bethlehem et la crèche s’effectue au rythme de chacun et selon différents niveaux, de préparation. Au premier plan nous trouvons Marie et son expérience du temps de la grossesse, temps de préparation. À présent elle vit le temps où son être sait que la naissance va être proche. Marie est en marche et progresse à son propre rythme sur un chemin long et difficile, surtout en hiver, de Nazareth, en Galilée, vers Bethlehem de Judée. Et nous savons que Marie ne trouvera pas de place dans les hôtelleries et qu’elle devra se réfugier dans une grotte de bergers, mais tout cela nous allons le vivre très bientôt.

Ce n’est pas seulement Marie qui est en chemin vers l’accomplissement de sa destinée d’être la Mère du Dieu vivant mais c’est aussi toute l’Ancienne Alliance dont les noms essentiels ont été figurés dans l’Évangile que nous venons d’entendre.

Commençant par Abraham et suivant le cours du temps jusqu’à Joseph, l’Évangile du dernier dimanche avant la fête de la Nativité du Sauveur commémore ces justes, ces patriarches et tous les saints de l’Ancien Testament. Cette généalogie, que j’appellerais une généalogie "descendante", nous est familière bien que nous n’en connaissions guère les détails. La plupart des personnages qui sont nommés dans cette longue liste nous sont inconnus. Néanmoins, cette longue liste nous rappelle que les Israélites de l’époque de Jésus veillaient à bien connaître leurs origines, leurs racines, leur arbre généalogique. D’ailleurs, aujourd’hui encore, ces préoccupations ne nous sont pas étrangères et nous nous efforçons parfois de rétablir nos connaissances à ce titre là.

L’arbre généalogique était particulièrement important pour ceux qui venaient de la lignée de David, parce qu’ils étaient héritiers de la promesse et portaient en eux l’espérance que, de cette lignée de David, viendrait le Messie tant attendu par le peuple d’Israël.

Descendant depuis le patriarche Abraham, cette généalogie nous mène au roi David pour aboutir enfin à Joseph lui-même "… Joseph, l’époux de Marie, de laquelle naquit Jésus, que l’on appelle Christ.". Si Marie est citée il n’est, par contre, nullement question de ses ancêtres, car il s’agit ici de la généalogie légale, officielle, pourrait-on dire, la généalogie légitimée par Joseph lui-même dans la mesure où il reconnaît Marie et il la prend comme épouse sans la connaître.

Rappelons que nous trouvons dans le chapitre III de l’évangile selon saint Luc, une seconde généalogie. Cette généalogie plus complète est une généalogie "ascendante". C’est-à-dire qu’en partant de Joseph "Jésus […] était, à ce qu’on croyait, fils de Joseph, fils d’Héli…" elle remonte le temps au point même de dépasser Abraham. Au fil d’une énumération à rebours, nous pouvons lire une longue lignée qui en arrive finalement à "… Enosh, fils Seth, fils d’Adam, fils de Dieu."

Que signifient ces derniers mots "fils de Dieu" ?
Chez saint Luc, Adam, lui-même, est donc considéré comme "fils de Dieu". Et non seulement Adam mais encore toute la lignée d’Adam allant jusqu’à Joseph. Ici, l’expression "fils de Dieu" indique que cette filiation naturelle était dans le plan éternel de Dieu. Le projet de Dieu datant de la création de l’homme est que la vocation de l’homme soit infiniment plus grande que celle de toutes les autres créatures animées et qu’il soit destiné à entrer dans la filiation divine. C’est précisément cela que le Seigneur est venu restaurer par son Incarnation. Par la Croix, la Résurrection et toute son œuvre sacrificielle de la rédemption, le Seigneur est venu nous rétablir dans cette filiation de Dieu.

Mais si nous considérons l’évangile de saint Marc, alors, cette fois, nous constatons que l’évangile commence ainsi : "Commencement de l’évangile de Jésus-Christ fils de Dieu"

Pour saint Marc, Jésus "Fils de Dieu" est donc une révélation. L’expression témoigne que très tôt les communautés primitives ont eu conscience que, dès sa conception, dès sa naissance dès son incarnation, Jésus était véritablement le Fils de Dieu. Cette conviction sera réaffirmée à la fin du premier siècle dans le prologue de l’évangile de saint Jean "au commencement était le Verbe, et le Verbe – la Parole, le Logos, devrait-on dire – est auprès de Dieu et le Logos est Dieu." Ainsi cette filiation divine est celle de Jésus et Lui appartient de toute éternité.

Jésus révèle encore cette filiation divine dans l’accomplissement de Son œuvre où Il assume la nature humaine, cette nature humaine qu’Il a voulu revêtir dans sa réalité la plus crue : une nature humaine déchue, dégradée sous le poids du péché, mais une nature humaine dans laquelle Jésus a voulu naître humblement. Ainsi pour Jésus, l’expression "Fils de Dieu" peut avoir deux significations.

Jésus est "Fils de Dieu" selon la lignée, comme Celui qui accomplit toute la généalogie, toute généalogie, dirais-je, non seulement une généalogie physique et sociologique mais aussi une généalogie selon la foi comme nous le rappelle l’épître aux Hébreux que nous venons d’entendre aujourd’hui. Il y a donc encore une troisième généalogie, plus intérieure, c’est une généalogie "spirituelle" dans laquelle nous nous insérons. Car à la fois, nous devenons fils et héritiers mais aussi sachons le bien, nous devenons ancêtres dès que nous annonçons Celui qui vient, car Jésus est toujours Celui qui vient. Ainsi donc nous pouvons dire que nous aussi, nous annonçons, nous préparons, nous anticipons… et formons les chaînons dans cette immense chaîne, dans cette généalogie humaine qui naît dans le Christ et qui mène vers le Christ. Une généalogie dans le sein de laquelle le Christ doit naître et renaître dans la foi et la vie liturgique de l’Église comme Il doit aussi naître et renaître dans nos propres cœurs.

Naître et renaître, car si le Christ est venu une fois et s’Il est venu pour toujours, Il reste à jamais Celui que nous attendons, Celui que nous concevons dans le secret de notre cœur. Lorsque Jésus vient s’installer et vivre dans le secret de notre cœur, c’est comme une véritable naissance et les Pères n’hésitent pas à comparer notre vie nouvelle en Jésus au mystère de Marie enfantant en elle le Fils divin.

Ainsi chacun de nous est appelé à vivre cette maternité spirituelle. Cette maternité divine dans laquelle nous désirons de tout notre cœur et de tout notre être que ce mystère puisse vivre en nous et que nous puissions recevoir, accueillir, aimer, protéger en nous, nous laisser envahir par cet Enfant divin comme une semence qui doit venir en nous, germer, grandir, emplir notre être tout entier et fructifier.

Ainsi ce mystère de la nativité dont nous aurons encore l’occasion de parler dans les jours qui viennent est un mystère qui nous concerne au plus profond de notre être. À travers les vingt siècles de son existence, l’Église a toujours vécu d’année en année – de jour en jour, dirais-je – ce mystère de la naissance de Jésus qui surgit du plus profond de l’hiver, lorsque le soleil est au plus bas, que la nuit est la plus envahissante, que les ténèbres semblent submerger la terre, et qui annonce le renouveau où peu à peu, à mesure que le temps va, et que les mois se suivent, la nuit reculera, les jours croîtront et le soleil resplendira.

De même que l’Église a toujours vécu ce mystère de la Nativité de Jésus, il nous appartient, à nous aussi de le vivre pleinement. Vivre pleinement ce mystère, c’est-à-dire comme nous avons coutume de le vivre, mais aussi comme si nous le vivions pour la première fois et encore, comme si nous le vivions peut-être pour la dernière fois, nous ne savons pas.

Cette expérience ecclésiale et personnelle de la Nativité de Jésus est un événement fondamental de notre existence, car là se croisent le passé, le présent et le futur pour embrasser toute l’humanité. Le futur de la promesse et de notre espérance rencontre le passé de toute l’histoire d’Israël. En se déployant jusqu’à Abraham puis jusqu’à Adam lui-même ce moment unique s’étend à toutes les familles humaines de la terre. Tous se rassemblent notamment par l’hommage et l’adoration des rois mages qui représentent justement toutes les religions humaines dans lesquelles il y a toujours une semence du Logos, une semence du Verbe éternel.

À nous maintenant de vivre profondément, intensément cette venue du Sauveur, vivons-la comme l’événement fondamental de notre vie où le Christ va naître en nous pour nous renouveler, nous raviver, nous inspirer et nous illuminer pour notre vie entière.

Que le Seigneur nous donne que cette dernière semaine de préparation soit une véritable veillée, une veillée de prière et d’attente pour que nous puissions avec l’aide de Dieu purifier véritablement nos cœurs et les rendre dignes d’accueillir en nous le Seigneur Jésus qui sera bientôt dans la crèche et qui illuminera la grotte de Bethlehem. Amen

Amen.

Père Boris