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Homélie

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Guérison du possédé gérasénien

23e dimanche après la Pentecôte
Épître aux Éphésiens II, 4-10
Évangile selon saint Luc VIII, 26-39

Homélie prononcée par Père Boris le 1er décembre 2002 à la Crypte.

Le possédé gérasénien Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Au cours de l’année, c’est à plusieurs reprises que nous entendons dans les différents évangiles ce récit de la guérison du possédé Gérasénien – ou Gadarénien comme il est dit ailleurs.

C’est un événement assez spectaculaire. Spectaculaire non pas tant par la guérison elle-même que par la manifestation de la puissance de ces forces démoniaques qui sont capables de précipiter dans la mer un troupeau entier d’un millier de bêtes peut-être. Par delà l’anéantissement de ces porcs, il importe de prendre conscience que, comme les Pères nous le révèlent, chacun de ces démons pourrait détruire le monde entier si jamais il en recevait le pouvoir car il en a la force.

L’épisode très frappant que nous venons d’entendre est particulièrement représentatif de toute la vie humaine de Jésus puisque nous pouvons affirmer que, depuis le début jusqu’à la Croix, toute la vie humaine de Jésus est un combat permanent contre les forces du mal, contre les forces de mort, contre les esprits des ténèbres. Dès le début, en effet, c’est déjà un combat quand Marie doit mettre au monde Jésus et qu'elle n’a pas de place dans une auberge pour y passer la nuit. Ce combat ne va pas s’interrompre, il sera marqué ensuite par le massacre des Innocents par Hérode. Tout cela indique à quel point les forces de mal sont déterminées et avec quelle vigueur elles se déchaînent contre la Lumière divine qui vient dans le monde éclairer les hommes.

Père Boris Bobrinsko˙Pour illustrer ce combat nous avons aussi toutes les tentations de Jésus au désert. Ce moment fort est particulièrement révélateur car cette marche de Jésus au désert n'est évidemment pas un hasard. Sa rencontre avec Satan en personne – si on peut l’appeler une personne – n'est nullement un accident de l’histoire car les évangiles disent précisément que l’Esprit poussa Jésus dans le désert pour y être tenté. Par conséquent la tentation au désert était nécessaire. Quelles qu’elles soient, toutes les tentations que Jésus a connues, depuis le début et jusqu’à la dernière tentation sur la Croix, étaient nécessaires. Elles sont des tentations par lesquelles Jésus a montré Sa puissance et Sa victoire à travers un combat qui fut incessant.

Dans ce combat, les guérisons de possédés, les expulsions des démons, les exorcismes sont fréquents dans la vie de Jésus. Ils ne sont pas seulement opérés par Jésus en personne, mais également par Ses disciples quand Il les envoie – encore bien avant la Passion – à la prédication. Quand ensuite ils reviennent vers Jésus, ils sont absolument étonnés "Voilà Seigneur, voilà que nous guérissons des malades et que les esprits nous obéissent et sont chassés" ; et Jésus rendit grâce " Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir ouvert les yeux aux humbles."

Ainsi nous voyons que cette puissance de guérison est en Jésus et qu'Il la communique à qui Il veut. Prenons-en bien conscience  ! Jésus communique Sa puissance de guérison à ceux qui deviendront Ses apôtres – cela signifie "ses envoyés" –, à Ses disciples, mais aussi à Son Église qui est, elle-même, toute entière apostolique.

Nous tous, nous sommes porteurs de l’Esprit de Dieu et, tous, dans notre prière commune de l’Église nous avons la force de chasser les démons. Trop souvent nous l’oublions, trop souvent nous n’y croyons pas.

Aujourd’hui comme à l’époque du Christ, les forces de mal sont à l’œuvre. Lorsque Jésus demande au démon "Quel est ton nom ?" celui-ci répondit "Légion". Ici, "Légion" désigne une multitude, car beaucoup de démons avaient assailli le possédé, et précisément cela correspond tout à fait à notre expérience, à la réalité de tous les temps. Aujourd’hui comme hier, les démons sont légions. Ils peuvent prendre des formes diverses et adopter des méthodes variées. On peut décrire ces méthodes  : il y a l’agression directe comme il y a la possession véritable… Il y a aussi les passions, ce sont des possessions plus intimes, parfois moins visibles mais, sans doute, plus graves encore car plus insidieuses : lorsque les passions nous enténèbrent et nous asservissent, nous ne pouvons plus réagir et nous devenons réellement des esclaves et des serviteurs du prince de ce monde.

Parmi les multiples manières dont les démons cherchent à nous éloigner de Dieu, il y a évidemment la persécution. Mais la persécution directe n’est sans doute pas la façon la plus dangereuse ni la plus perverse ni la plus définitive. Comme nous le constatons dans tous les pays depuis les origines jusqu’à aujourd’hui, le sang des martyrs crée la semence de la foi. Que ce soit en Russie, que ce soit en Orient, partout où la foi chrétienne est persécutée, partout où les croyants donnent leur vie, partout où les chrétiens témoignent jusqu’au sang par leur souffrance, partout où, exclus, méprisés, rejetés ils témoignent de l’Unique Nécessaire. Partout les martyrs ont engendré de nombreux croyants à la foi en Christ.

Mais il y a encore d’autres manières bien plus insidieuses par lesquelles les forces de mal agissent. Il y a ce que l’on appelle la désacralisation du monde et de l’esprit. Notre Europe – on en parle beaucoup aujourd’hui – a été jadis une Europe chrétienne, et pourtant il semble qu’on veuille en effacer le souvenir comme en témoignent les débats autour de la Constitution européenne qui a dû écarter non seulement l’idée de Dieu mais encore toute référence à une racine religieuse et spirituelle. Tout ceci illustre certainement une réalité profonde et vécue, le monde se sécularise et se désacralise en rejetant Dieu à la fois dans les oubliettes du passé, dans l’archéologie, dans les musées, voire dans des sacristies poussiéreuses, et à la fois aussi dans le clos très fermé de ce que l’on voudrait que deviennent nos églises, à savoir des ghettos. Certes ces ghettos peuvent être agréables, commodes, confortables et chauds mais, sous la pression du monde moderne ils sont menacés d’isolement, ils manquent d’ouverture et surtout de rayonnement.

Il faut être attentif à ces attaques perfides et multiformes. Sans doute les médias y participent, que ce soit par toute l'imagerie – pas seulement la pornographie – qui nous pénètre et nous détruit, et que ce soit encore par cette idéologie qui veut que l’homme et la femme soient libres de leur vie, de leur corps, de leur destinée. Tout ceci a pour conséquence non seulement un relâchement profond de la morale mais aussi une négation des racines spirituelles. Les racines sont véritablement déracinées. Mais il ne s’agit pas pour moi de développer davantage ce sujet ici.

Je pense que nous comprenons que, dans notre vie chrétienne, notre témoignage chrétien doit être un témoignage éveillé et conscient. Prions surtout pour que le Seigneur nous donne la force non seulement de vivre notre foi en profondeur, mais aussi de mener nous-mêmes le combat spirituel dans notre propre cœur, dans notre imagination, dans notre propre corps, dans notre sexe… dans tous les domaines de notre existence.

Prions pour le Seigneur nous donne la force de nous opposer à toute tentative de ces forces de mal, à toutes ces attaques qui visent à effacer en nous l’image de Dieu, cette image de Dieu par lequel et dans lequel l’homme a été créé. Nous avons été en effet créés à l’image de Dieu. Cette image est en nous, elle est dite indestructible mais on peut la ternir au point que, désormais, elle ne rayonne plus. Or, cette image doit rayonner, elle doit se manifester, elle doit grandir en nous comme le Christ

Lui-même grandit en nous de jour en jour et d’année en année dans notre vie entière.

C’est pourquoi nous devons ainsi apprendre à vivre, ce que j’appellerais, la dimension baptismale de notre existence, c’est à dire le combat permanent, le rejet du mal et la renonciation à Satan. Cette renonciation à Satan que nous demandons à l’adulte – ou à l’enfant baptisé par la bouche de son parrain ou de sa marraine – nous devons l’opérer nous-mêmes de jour en jour. Nous devons demander au Seigneur le discernement et la clairvoyance pour être capables de voir où sont les embûches et quelles sont les flèches enflammées du mal afin d’y résister avec ce que saint Paul appelle le bouclier de la foi et le glaive de la parole de Dieu.

Tout cela sont des choses tout à fait essentielles, mais cela ne concerne pas seulement ma vie personnelle ni mon combat individuel puisque que nous sommes tous solitaires les uns les autres dans l’Église. Quand un seul homme tombe, disent les Pères, beaucoup tombent autour de lui, et quand un seul homme s’élève et se sanctifie, beaucoup se sanctifient autour de lui. Nous sommes donc tous, les uns les autres, responsables de cette sanctification, de cette confession de foi qui est celle de l'Église, pour toutes nos communautés ecclésiales dont celle où nous vivons aujourd’hui.

Par conséquent ce combat spirituel est une exigence permanente de notre vie ecclésiale. Mais il faut prendre toute la mesure de la dimension baptismale de notre existence, ainsi ce combat est rejet de Satan mais il est aussi, évidemment, recherche de vie plénière en Christ dans l’Esprit Saint. Quand cette vie plénière en Christ dans l’Esprit Saint se réalise alors, à ce moment-là, l’Esprit Saint devient en nous un feu qui brûle, un feu qui embrase, et un feu qui nous presse de l’intérieur pour dire, pour annoncer, et je dirais même, pour crier la parole de Dieu.

Car c’est une parole de Dieu dont le monde a besoin   ! Nous devons réapprendre à témoigner, nous ne devons pas nous terrer, nous enfermer à clé, dans nos églises, dans nos familles, dans nos petites communautés. Nous devons apprendre à respirer et à dilater nos cœurs pour crier vers le monde que le Christ est ressuscité et qu’Il est victorieux des forces de mal. C’est ainsi et c'est seulement ainsi que nous nous opposerons aux forces du mal qui cherchent par d'innombrables moyens à détruire l’Église, altérer son visage, ternir sa renommée, étouffer son rayonnement… C'est par la puissance du Christ que nous devons contrecarrer tout cela.

Chacun de nous et tous ensemble, nous sommes donc responsables de l’aujourd’hui et de l’avenir de l’Église, ce corps dont nous sommes les membres, cette Église mère dont nous sommes les enfants et qui nous enfante par l’Esprit à la vie nouvelle.

Amen.

Père Boris

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