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Homélie

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Guérison du possédé gérasénien

23e dimanche après la Pentecôte
Épître aux Éphésiens II, 4-10
Évangile selon saint Luc VIII, 26-39

Homélie prononcée par Père Boris le 27 novembre 2005 à la Crypte.

Le possédé gérasénien Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit,

Ce récit évangélique que nous venons d'entendre est particulièrement frappant. Pourtant, ce n'est pas la première fois que Jésus guérit des possédés ou chasse les démons, mais aujourd'hui cette guérison et cette expulsion d'une légion de démons sont spectaculaires et particulièrement saisissantes.

Quand nous lisons les évangiles, nous remarquons que le Seigneur rencontre non seulement des malheureux, des malades, des infirmes, mais encore des "lunatiques" ou des "démoniaques". c'est-à-dire des personnes possédées, dominées, dépersonnalisées par les forces maléfiques.

On peut dire que ces rencontres sont plus fréquentes encore quand Jésus s'engage dans les contrées inhabitées et désertiques. L'Évangile d'aujourd'hui nous précise que, malgré les fers et les chaînes qui l'entravaient, le malade "rompait les liens, et il était entraîné par le démon dans les déserts". Les déserts désignent, bien sûr, les espaces stériles, mais il faut y comprendre aussi les temps de la nuit. Il est ainsi des lieux et des temps particulièrement propices aux assauts des forces ténébreuses et c'est pourquoi Jésus, Lui-même, s'en alla, poussé par l'Esprit Saint, dans le désert pour quarante jours de prière et de jeûne. Il fallait, en effet, qu'au terme de ces quarante jours Il rencontre et affronte Satan lui-même, le prince des démons.

Père Boris Bobrinsko˙Notre époque se plaît parfois à considérer que ces récits de possession diabolique sont des histoires d'un autre temps ou peut-être encore qu'ils sont propres à une mentalité orientale. Et de fait, il est vrai qu'en Grèce ou en Terre Sainte, nous rencontrons - assez fréquemment d'ailleurs - ces phénomènes de possession et de guérison. Souvent, ces guérisons se manifestent auprès des reliques et des tombeaux des saints. Quelques-uns des saints de l'Antiquité eurent la grâce particulière de chasser les démons et, à notre époque, certains de nos contemporains sont reconnus pour ce charisme.

On peut alors s'étonner de ce que, de nos jours, et plus particulièrement dans notre Occident, dans notre culture et civilisation occidentale, on ne perçoive plus ces phénomènes. On ne les voit plus et on s'interroge même pour savoir s'ils ont jamais véritablement existé : cela n'appartient-il qu'à l'histoire ancienne ?

Eh bien ! il faut dire que, dans notre temps, les forces démoniaques sont toujours à l'œuvre. Elles agissent avec non moins de violence mais davantage de perfidie, d'une façon plus secrète, plus cachée, beaucoup plus subtile que jadis. Je songe notamment à l'influence que peuvent avoir parfois les médias, les moyens d'information, l'audiovisuel, et en particulier, bien sûr, le monde de l'internet où se déversent tant de choses par lesquelles la dignité de l'homme est mise en cause et par lesquels le cœur humain est agressé, souillé et abîmé.

Contrairement aux temps évangéliques, désormais les forces démoniaques se cachent, voire s'habillent de lumière. Elles taisent leur nom. On dit même que la plus grande force des démons est de faire croire qu'ils n'existent pas. Combien de fois entendons-nous, lorsque nous en discutons avec des gens d'aujourd'hui : "Oh ! vous croyez à ces fables ? ce ne sont que des superstitions d'un autre âge, les démons n'existent que dans votre imagination …" Eh bien, si ! il faut l'affirmer avec force, ces puissances perverses, négatives, agressives existent et comme le disait saint Pierre dans son épître "le démon est comme un lion rugissant qui rôde, cherchant qui dévorer"(1). Incontestablement, les forces démoniaques sont à l'affût dans la vie de chacun de nous.

Si vous avez assisté vous-mêmes à un baptême, souvenez-vous de l'importance des prières d'exorcisme qui concernent chacun de nous et par lesquelles l'Église continue l'œuvre du Christ d'expulser, de chasser ces forces démoniaques d'un cœur pur, que ce soit un enfant innocent ou même qu'il s'agisse d'un adulte qui doit retrouver cet esprit d'enfance, comme nous invite le Seigneur : "Si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux"(2). Lors du baptême, non seulement le prêtre chasse les démons par la parole du Christ, mais il interpelle le futur baptisé : "Renonces-tu à Satan ? - Oui je renonce à lui, à sa gloire, à ses pompes, à ses œuvres".

De sorte que nous devons bien prendre conscience de la réalité de ces forces. Les Pères de l'Église parlent de la vie chrétienne comme d'un véritable combat intime, invisible et silencieux, un combat spirituel où notre plus sûr soutien est notre Seigneur. Relisons dans l'épître aux Éphésiens tout le passage où Saint Paul nous exhorte : "Revêtez-vous de l'armure de Dieu"(3).

Par conséquent, il importe de prendre conscience de cette réalité. Il ne s'agit pas d'images édifiantes. Ce combat ne connaît pas de trêve, nous sommes constamment assaillis, parfois ouvertement, mais le plus souvent insidieusement car le démon et les forces diaboliques savent discerner nos points faibles et s'emploient à exploiter les moindres failles de notre propre armure.

En effet, par la grâce du Christ nous sommes revêtus d'une véritable armure spirituelle. Toutefois cette armure doit sans cesse être entretenue, consolidée et affermie. Nous devons être attentifs à ses failles et à ses fragilités. Ces fragilités sont nos propres faiblesses et nos failles ouvrent la voie aux innombrables tentations qui s'insinuent dans notre propre cœur : l'orgueil, la chair, l'argent, l'ambition, l'égoïsme, la colère ou la jalousie ... tout ce qui, dans toutes nos relations humaines, aboutit à ce que nos frères amis deviennent des frères ennemis. Dans tout cela il y a toujours, d'une manière ou d'une autre, l'action des forces maléfiques qui cherchent à nous ébranler intérieurement, à détruire l'unité intérieure de notre propre cœur, à briser la communion avec nos frères et, en définitive, à éloigner l'être humain de Dieu.

Par conséquent, nous devons être vigilants. Le Seigneur nous appelle à cette vigilance mais Il nous appelle aussi à la confiance : oui, les forces maléfiques sont là et elles cherchent de toutes leurs forces à nous détruire, mais nous sommes protégés – ne l'oublions pas ! – car nous sommes en Église dans la main du Christ, nous devons nous y réfugier constamment. Quand nous entrons dans l'Église, à peine franchissons-nous les portes de cette Église que nous disons : "Oui Seigneur ! je renonce à tout ce qui fait entrave à ma communion, obscurcit ma vie intérieure et compromet mon union spirituelle avec Toi et avec mes proches".

Le combat ne connaît pas de répit et notamment dans les moments que nous voudrions consacrer pleinement à notre relation avec Dieu. Combien souvent dans les moments de prière, et même dans les moments de grâce particulière, nous sentons la présence insidieuse de forces, d'intuitions, d'influences, d'impulsions mauvaises qui nous menacent et nous agressent. Que ce soit l'appel de la chair, les soucis d'argent, les préoccupations professionnelles ou les problèmes relationnels, toutes ces pensées parasites surgissent. Dans les moments les plus sacrés, tout cela nous assaille, et c'est alors que nous devons dire avec l'Église : "Déposons maintenant tous les soucis de ce monde". Non pas les déposer comme on jette un fardeau mais, au contraire, les déposer pieusement dans les mains du Seigneur car nous savons que, lorsque nous entrons dans l'union spirituelle, eucharistique, intérieure avec le Christ alors nous devenons nous-mêmes participants de la Résurrection du Christ.

"Participant de la Résurrection" signifie participant de sa victoire. Nous sommes les héritiers du Royaume et les héritiers de la victoire du Christ qui, en notre cœur, se réalise, se confirme, s'approfondit de jour en jour, d'année en année. Depuis notre naissance jusqu'à la mort, nous grandissons ainsi dans la victoire du Christ. Par conséquent ne soyons pas ni démoralisés, ni défaits et encore moins désespérés lorsque nous sentons en nous ces forces qui agissent et s'efforcent tantôt par la ruse, tantôt par la violence, à nous influencer, nous séduire, nous obséder et, en définitive, à nous posséder. Sachons que le Christ est proche et il suffit de nous tourner vers Lui pour recevoir de Lui la grâce de la victoire, de la paix et de la force intérieure.

Pour conclure, je voudrais insister sur la réalité de l'existence de ces forces néfastes, maléfiques, ténébreuses, qui sont là et œuvrent partout dans l'intention de détruire le monde, et je rappellerai surtout que, face à elles, chacun de nous porte en lui la victoire du Christ. Si cette victoire se réalise dans notre cœur et notre vie, alors elle illumine notre propre existence et, par conséquent cette victoire, elle-même, la paix, la grâce et la lumière du Christ rayonneront autour de nous car si les ténèbres cherchent à envahir la Lumière, elles ne peuvent pas La vaincre.

Amen.

Père Boris

Notes :
(1) cf. Première Lettre de saint Pierre Apôtre chapitre V verset 8 : "Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer."
(2) cf. Évangile selon saint Mathieu chapitre XVIII versets 2 et 3 : "Alors Jésus appela un petit enfant ; il le plaça au milieu d’eux, et il déclara : "Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux."
(3) cf. Épître de saint Paul Apôtre aux Éphésiens chapitre VI versets 11 à 17 : "Revêtez l’équipement de combat donné par Dieu, afin de pouvoir tenir contre les manœuvres du diable. Car nous ne luttons pas contre des êtres de sang et de chair, mais contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres, les Principautés, les Souverainetés, les esprits du mal qui sont dans les régions célestes. Pour cela, prenez l’équipement de combat donné par Dieu ; ainsi, vous pourrez résister quand viendra le jour du malheur, et tout mettre en œuvre pour tenir bon. Oui, tenez bon, ayant autour des reins le ceinturon de la vérité, portant la cuirasse de la justice, les pieds chaussés de l’ardeur à annoncer l’Évangile de la paix, et ne quittant jamais le bouclier de la foi, qui vous permettra d’éteindre toutes les flèches enflammées du Mauvais. Prenez le casque du salut et le glaive de l’Esprit, c’est-à-dire la parole de Dieu."

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