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La Grâce donnée à chacun

Épître aux Éphésiens, 4-7

Homélie de saint Jean Chrysostome

Enregistrement audio
saint Jean Chrysostomesaint Jean Chrysostome commente ici un passage de l'Épître aux Éphésiens, Chapitre IV versets 4 à 7 : "Soyez un seul corps et un seul esprit, comme vous avez été appelés à une seule espérance dans votre vocation. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et père de tous, qui est au-dessus de tous, et au milieu de toutes choses, et en nous tous.
Or, à chacun de nous a été donnée la grâce, selon la mesure du don de Jésus-Christ."

"Or, à chacun de nous a été donnée la grâce"

Comment se fait-il donc, dira-t-on, que les grâces soient diverses ?

Cette pensée ne cessait d'inspirer aux Éphésiens, comme aux Corinthiens et à beaucoup d'autres, soit l'orgueil, soit le découragement et l'envie.

Voilà pourquoi il recourt partout à cet exemple du corps et ici même, sur le point de faire mention de la diversité des grâces.

Il insiste en plus grand détail sur cette question dans son épître aux Corinthiens, parce que la maladie faisait chez eux plus de ravages que partout ailleurs.

Ici il se borne à une allusion, et considérez comment il s'exprime. Il ne dit pas : "selon la foi de chacun" : ç'eût été jeter dans le désespoir ceux à qui les grandes prérogatives avaient été refusées.

Saint Paul dit : "selon la mesure du don de Jésus-Christ".

Les choses les plus importantes, veut-il dire, sont communes à tous : le baptême, le salut par la foi, le titre de fils par rapport à Dieu, la participation à l'Esprit.

Si tel ou tel est mieux partagé que toi en quelque chose, ne te plains pas : car sa tâche aussi est plus grande. Celui qui avait reçu cinq talents, eut à rendre compte de cinq ; celui qui en avait reçu deux, en rapporta deux seulement ; et ne fut pas moins bien rétribué que l'autre.

Aussi en cet endroit emploie-t-il justement cette raison pour consoler son auditeur. "Pour la perfection des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ".

De là encore cette parole du même : "Malheur à moi, si je n'évangélise pas  !" (1 Co IX, 16) Par exemple, quelqu'un a reçu le don d'apostolat. C'est donc à lui qu'il faut crier : "Malheur à lui qui a reçu cette grâce : pour vous, vous êtes hors de danger."

"Selon la mesure". Qu'est-ce à dire : "Selon la mesure ?" Entendez, non pas en proportion de notre mérite : autrement personne n'aurait obtenu ce qui lui a été donné. Nous ne possédons rien que par un don.

2. Mais pourquoi l'un a-t-il plus, l'autre moins ? Cela n'y fait rien, répond Paul ; la chose est indifférente - car chacun contribue à l'édification.

Paul fait voir par là que ce n'est point en vertu de son mérite que l'un a eu plus, l'autre moins ; mais en considération des autres, et selon la répartition faite par Dieu même ; car le même Paul dit dans un autre passage : "Dieu a placé dans le corps chacun des membres comme il l'a voulu". (1 Co 12,18)

Il ne donne point d'autre raison pour ne pas abattre la confiance de ses auditeurs. C'est pourquoi l'Écriture dit : "Montant au ciel, il a conduit une captivité captive ; il a donné des dons aux hommes..." C'est comme s'il disait : Pourquoi t'enorgueillir ? Tout te vient de Dieu. Le Prophète dit dans un psaume : "Tu as reçu des dons parmi les hommes".(Ps 68, 19)

Paul dit : "Il a donné des dons aux hommes". C'est la même chose. Interprétez pareillement ceci : "Mais qu'est-ce : Il est monté, sinon qu'il est descendu auparavant dans les parties inférieures de la terre ? Celui qui est descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu'il remplît toutes choses (9,10)"

En entendant cela, ne vous figurez point un déplacement.

Il établit ici le même point que dans son épître aux Philippiens. Dans cette épître, il cite le Christ à l'appui d'une exhortation concernant l'humilité : il procède ici de la même manière, en disant : "Il est descendu dans les parties inférieures de la terre". Autrement, c'est en vain qu'il dirait : "Ayant été obéissant jusqu'à la mort". (Ph 2,7-8) L'ascension suppose la descente. Par les parties inférieures de la terre, il faut entendre la mort : c'est une expression appropriée à l'opinion commune, et qui rappelle celle de Jacob : "Vous ferez descendre ma vieillesse avec douleur aux enfers". (Gn 44,29)

De même on lit dans un psaume : "Je serai rendu semblable à ceux qui descendent dans la fosse" (Ps 1,42,7), c'est-à-dire aux morts. Pourquoi Paul traite-t-il ici ce sujet ? et quelle captivité a-t-il en vue ? Celle du diable. Jésus-Christ a fait prisonnier le tyran, je veux dire le diable, et avec lui la mort, la malédiction, le péché. Voyez-vous ce butin, ces dépouilles ? "Mais qu'est-ce : il est monté, sinon qu'il est descendu auparavant ?" Ceci est pour les sectateurs de Paul de Samosate. "Celui qui est descendu est le même qui est monté au-dessus de tous les cieux, afin qu'il remplît toutes choses".

Il est descendu dans les parties inférieures de la terre, dans celles au-dessous desquelles il n'y a rien ; et il est monté au-dessus de tout, à un degré après lequel il n'y a  rien. Ceci regarde sa puissance et sa domination : car depuis longtemps tout était accompli. "Et c'est lui qui a fait les uns apôtres, les autres prophètes, d'autres évangélistes, d'autres pasteurs et docteurs pour la perfection des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ (11,12)".

Il dit ailleurs : "C'est pourquoi Dieu l'a exalté".

C'est la même chose ici : "Celui qui est descendu est le même qui est monté". Être descendu dans les parties inférieures de la Terre, cela ne l'a pas empêché de monter au-dessus des cieux. Ainsi, plus on a été abaissé, plus on est élevé. Plus on fait descendre l'eau, plus elle s'élève ; plus on est éloigné pour lancer un trait, plus on est sûr de son coup : il en est de même pour l'humilité. Mais quand nous parlons d'ascension divine, nous songeons nécessairement à une descente : quand il s'agit d'un homme, cela n'est plus nécessaire... Paul fait voir ensuite la providence et la sagesse de Dieu en disant : "Celui qui a opéré de telles choses, qui a manifesté un si grand pouvoir, celui qui n'a pas refusé de descendre à cause de nous jusque dans les parties inférieures de la terre, celui-là ne peut avoir distribué les grâces à la légère".

Ailleurs il attribue cet acte à l'Esprit : "Sur lequel l'Esprit-Saint vous a établis évêques pour gouverner l'Église du Seigneur".

Ici il nomme le Fils, ailleurs Dieu.

Il dit encore : "C'est lui qui a donné à l'Église les uns pour apôtres, les autres pour prophètes".

Dans l'épître aux Corinthiens il dit : "J'ai planté, Apollo a arrosé : mais Dieu a donné la croissance (3,6)".

Et encore : "Celui qui plante et celui qui arrose sont une seule chose : mais chacun recevra son propre salaire selon son propre travail".

De même ici...

Qu'importe que vous donniez moins, si vous avez moins reçu ?

D'abord, "les apôtres". Rien ne leur manquait, à eux.

Secondement, "les prophètes" quelques-uns étaient en effet prophètes, sans être apôtres, comme Agabus.

Troisièmement, "les évangélistes". Ceux qui évangélisaient sans voyager partout, comme Priscille et Aquila.

Enfin, "les pasteurs et les docteurs", ceux à qui tout le peuple est confié. Qu'est-ce à dire : Les pasteurs et les docteurs sont au-dessous des autres ? Oui, ceux qui voyagent et qui évangélisent, sont supérieurs à ceux qui sont sédentaires et occupés dans un seul endroit, comme Timothée et Tite...

D'ailleurs, les éléments de cette hiérarchie ne se trouvent pas ici, mais dans une autre épître. "C'est lui qui les a donnés". Ainsi, point d'objections. Ou bien encore Paul entend par évangélistes, ceux qui ont écrit l'Évangile : "pour la perfection des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ".

Voyez-vous notre dignité ? Chacun édifie, chacun perfectionne, chacun sert. "Jusqu'à ce que nous parvenions tous à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'un homme parfait, à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ (13)".

Par âge il entend ici la connaissance parfaite. Il en est des fidèles comme de l'homme fait dont l'esprit a de la consistance, tandis que celui des enfants voltige au hasard.

"Dans l'unité de la foi". En d'autres termes, jusqu'à ce que nous paraissions tous animés d'une seule foi. En cela consiste en effet l'unité de foi, que nous ne formions qu'un corps à nous tous, que nous nous reconnaissions tous comme unis ensemble. Jusque-là il faut travailler, si vous avez reçu le don d'édifier les autres. Prenez garde de vous jeter à bas vous-mêmes, en portant envie à autrui. Dieu vous a honoré du privilège, il vous a confié la charge de perfectionner autrui. Tel était aussi l'objet de l'apôtre, celui du prophète lorsqu'il prédisait l'avenir et prêchait, celui de l'évangéliste lorsqu'il évangélisait, celui du pasteur, celui du docteur : tous étaient investis de la même tâche. Ne venez pas m'alléguer la diversité des dons : tous n'avaient qu'une fonction. Car l'unité règne quand nous croyons tous la même chose : il est clair que tel est le sens, de ces mots : "l'état d'un homme parfait".

Ailleurs il nous appelle petits enfants et parle du temps où nous serons hommes faits : mais le sens est différent. En nous appelant petits enfants, il songe à la connaissance future en effet, après avoir dit : "Nous connaissons partiellement", il ajoute : "par énigmes" et le reste (1 Co 13,9-12).

Ici il songe à autre chose, à la facilité des chutes : de même qu'il dit ailleurs : "La nourriture solide des hommes faits". (Hb 5,14)

Voyez-vous en quel sens, dans ce passage encore, il nous traite d'hommes faits. Voyez maintenant quelle signification il attache à ce terme dans notre passage, au moyen de ce qui suit : "Afin que nous ne soyons plus petits enfants (14)".

Voilà cette petite mesure que nous avons reçue : conservons-la avec grand soin, avec une persévérance inébranlable.

"Plus" : ce mot marque que nous sommes depuis longtemps dans cet état. "Il se met lui-même au nombre de ceux qui ont besoin de la correction, il s'y soumet". Il dit donc : s'il y a tant d'ouvriers, c'est pour que l'édifice ne soit pas ébranlé, ne vacille pas, pour que les pierres demeurent bien jointes : car c'est à elles que conviennent ces expressions qui marquent un ébranlement.

"Afin que nous ne soyons plus comme de petits enfants qui chancellent et vacillent à tout vent de doctrine, par la méchanceté des hommes, par l'astuce qui entraîne dans le piège de l'erreur".

"Qui vacillent à tout vent de doctrine ", est une métaphore continuée qui montre bien à quel danger sont exposées les âmes désunies et séparées. Il désigne la méchanceté par une expression qui signifie action de jouer aux dés. Ainsi se comportent en effet les pervers à l'égard des simples : ils brouillent et bouleversent tout.

Maintenant il passe à la conduite : "Mais afin que, pratiquant la vérité dans la charité, nous croissions en toutes choses dans celui qui est le chef, le Christ, en vertu duquel tout le corps uni et lié par toutes les jointures qui se prêtent un mutuel secours, d'après une opération proportionnée à chaque membre, reçoit son accroissement, pour être édifié dans la charité (15, 46)".

Ce texte est extrait de la série des commentaires de saint Jean Chrysostome sur l'épître de saint Paul aux Éphésiens 11e Homélie.
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