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Homélie

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Le Jeune homme riche

Homélie prononcée par le Père Michel, le 22 août 2004, à la Crypte

Le Jeune homme richePremière épître aux Corinthiens XV, 1-11
Évangile selon saint Mathieu XIX, 16-26.

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, Amen.

Père MichelUn jeune homme riche, un notable, s’approche de Jésus et Lui pose une question cruciale, une question qui devrait travailler à l’intérieur de nous- mêmes : "Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ?". Si nous sommes assemblés dans cette église, c’est que sans doute, avant de venir, nous nous sommes posé cette question.

Jésus lui répond : "Observe les commandements. – Lesquels ? – Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d’adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage ; honore ton père et ta mère et tu aimeras ton prochain comme toi-même." Tous ces commandements nous les connaissons bien.

Le jeune homme dit alors : "Mais tout cela je l’ai observé ; que me manque-t-il ?" Cela signifie qu’il a conscience d’un manque dans sa vie. À cet instant, le dialogue entre Jésus et le jeune homme va prendre un tournant décisif, un tournant à 180 degrés qui pourrait permettre à ce jeune homme de changer sa vie. Dans le récit de cette scène qu’il rapporte dans son évangile, saint Marc nous apporte une note qu’il n’y a pas chez saint Mathieu : "Jésus l’aima".

Saint Marc prend soin d’évoquer cet amour qui se manifeste soudain en Jésus. Et, bien souvent, lorsque Jésus nous témoigne son amour c’est qu’Il veut nous permettre d’aller plus loin, d’approfondir notre vie, de nous dépasser. Alors Jésus va demander au jeune homme cette chose qui nous paraît trop forte, extraordinaire, exorbitante, cruelle même : "Vends tous tes biens, distribue-les aux pauvres et suis-Moi." Sans rien dire, le jeune homme s’en retourne un peu triste car, souligne l’évangéliste, "il avait de grands biens".

De quoi s’agit-il ? Est-ce que Jésus nous dit : "Si vous avez une quelconque richesse, distribuez-la aux pauvres, et soyez pauvres parmi les pauvres" ? Oui et non ! Certes, Il peut nous le dire. Jésus peut nous dire demain : "Vends tout ce que tu as et pars sur les routes". C’est en effet tout à fait possible.

Veut-Il dire qu’aucun riche n’entrera dans le royaume de Dieu ? Non, ce n’est pas ce qu’Il dit. D’ailleurs nombreux sont les riches que Jésus a fréquentés et jamais Il ne leur a reproché leur richesse.

Ce qu’Il reproche à ce jeune homme riche, ce n’est pas de posséder des richesses, mais c’est d’être possédé par ses richesses. À ce jeune notable, Jésus reproche d’être incapable de se détacher, de se libérer de ses richesses. Il est prisonnier car entre lui et ses richesses s’est instaurée une confusion. Une sorte de fusion s’est opérée : il ne vit que par ses richesses et ce sont ses richesses qui donnent un sens à sa vie. Jésus veut lui dire : "Non ce ne sont pas les richesses qui donnent un sens à ta vie, c’est Dieu qui donne un sens à ta vie". Voilà ce que Jésus nous dit.

Ainsi, par ces mots Jésus nous demande de réfléchir sur ce que nous sommes, sur notre manière de vivre. Et Il nous propose le renoncement. C’est le thème central de ce passage d’Évangile : renoncer. Il y a des choses auxquelles il faut renoncer, sinon on s’attache aux choses et elles nous engluent. On adhère aux choses et elles nous emprisonnent, et on n’en sort plus.

Il faut donc que nous apprenions à renoncer. Et tout d’abord dans notre prière ! En effet, dans nos moments de prière, pouvons-nous renoncer à nous-mêmes ? Notre moi est tellement envahissant, tellement lourd, au point qu’un spirituel disait cette prière : "Ô Seigneur délivre-moi de moi-même !"

Oui, délivre-moi de moi-même car ce moi est lourd, envahissant et tout opaque. Il me pèse, m’encombre et m’aveugle. Dans notre prière ne pouvons-nous pas creuser un espace de liberté, ouvrir un espace vacant, ménager un espace libre où l’Esprit Saint aimera venir Se reposer ? C’est cela le renoncement à soi dans la prière et c’est un premier renoncement qui peut nous amener à opérer d’autres renoncements dans notre vie.

Et là, il faut que chacun s’interroge : lorsque nous parlons à quelqu’un, est ce que nous n’avons pas parfois tendance à imposer notre point de vue ou notre volonté à notre interlocuteur ? à assener nos affirmations et, peut-être, à écraser l’autre par nos arguments et nos jugements ? Là aussi, il faut apprendre à renoncer à soi. Le renoncement consiste à se retirer dans un silence pour laisser à l’autre la place de dire ce qu’il a à dire.

Renoncer encore à telle ou telle relation qui nous obsède, que ce soit une relation avec l’argent ou avec le pouvoir, une relation amoureuse, une relation avec tout ce que l’on peut imaginer… avec nos convictions qu’elles soient philosophiques, sociales, politiques… tout ce que vous voudrez… y renoncer de façon à toujours réserver un espace de liberté entre les êtres de la vie, les choses de la vie, les créatures que nous côtoyons et nous-mêmes, en veillant à ce que, dans cet espace de liberté, le Seigneur non seulement soit présent mais encore qu’Il soit vraiment au centre de notre vie.

C’est une loi spirituelle qu’ignorait le jeune homme riche : plus on donne et plus on reçoit. Le jeune homme ne savait pas que l’on ne peut pas servir deux maîtres. On ne peut pas servir à la fois Dieu et Mammon, il faut choisir, c’est nécessairement l’un ou l’autre.

Plus on donne et plus on reçoit. Pour conclure, je voudrais vous citer cette parole de saint Paul, dans les Actes des apôtres où il dit qu’il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir1.

Essayons de méditer cette parole et de la pratiquer dans notre vie.

Amen.

 

Père Michel

Note

1. cf. Actes des apôtres XX, 35.