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Homélie

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Jugement dernier

Le Jugement dernier

Dimanche du Carnaval - Dernier jour de viande
1 Corinthiens VIII, 8 - IX, 2
Évangile selon saint Matthieu XXV, 31-46

Homélie prononcée à la Crypte par le Père René le 7 mars 1994

Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

C'est une tâche bien périlleuse pour nous tous que d'aborder la parabole du Jugement Dernier. Le message est clair, évident : au jour du Jugement il nous sera demandé compte d'une chose et d'une seule : de notre amour les uns pour les autres. Aucune ambiguïté dans les paroles du Christ. Aucune ambiguïté non plus dans celles de l'Apôtre : "si je n'ai pas l'amour, je ne suis rien [...] donnerais-je mon corps aux flammes, si je n'ai pas l'amour, cela ne me sert de rien." (1 Co XIII, 2-3). Devant de telles paroles notre espérance défaille et, comme les disciples, nous sommes prêts à dire : "Mais alors, qui peut être sauvé ?" (Mc X, 26 ; Lc XVIII, 26)

Revenons à l'Apôtre du jour, que nous écoutons souvent trop distraitement. Ses paroles ne paraissent concerner que le Carême qui vient : oserions-nous manger de la viande, au risque d'offenser la foi de nos frères ? Peu importe que le problème ait été autre pour saint Paul et ses contemporains que pour nous ; retenons seulement la conclusion : en péchant contre nos frères, en blessant leur conscience, c'est contre le Christ lui-même que nous péchons. Saint Paul dit encore : "ne va pas avec ton aliment faire périr celui pour qui le Christ est mort." Au reste de quel aliment s'agit-il ? Car, dit toujours saint Paul, le règne de Dieu n'est pas une affaire de boisson ou de nourriture ; il est justice et paix dans l'Esprit Saint. C'est pourquoi, si notre conduite peut causer en quoi que ce soit la chute, et pire encore la mort de nos frères voire de toute personne au monde, de quelle fidélité témoignons-nous pour la grâce reçue  ! Le Christ, Lui, a donné Sa vie pour nous et nous irions compromettre Son œuvre de salut  !

La leçon de l'Apôtre est qu'en toutes choses, action et pensée, nous ne sommes jamais seuls, mais toujours solidaires de nos frères et de tout être humain dans le Christ. Le fondement de cette solidarité repose sur notre solidarité avec le Christ qui nous récapitule tous, ainsi que Jésus l'affirme Lui-même : "Ce que vous avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait ; ce que vous n'avez pas fait à l'un de ces plus petits, c'est à moi que vous ne l'avez pas fait."
Saint Paul avait une conscience aiguë de cette appartenance des hommes - qui sont le Corps du Christ sur terre - au Christ céleste. Quand sous le nom de Saül il menait, comme il le dit, une persécution effrénée contre les chrétiens, Jésus lui apparut dans l'éblouissement du chemin de Damas. "Qui es-tu, Seigneur ? interrogea Saül - Je suis ce Jésus que tu persécutes.", répondit le Christ. L'expérience de Paul lui permit de découvrir l'union sans séparation entre le Christ glorieux et ses frères sur terre, révélation certainement à l'origine de sa réflexion sur l'Église du Christ dans le monde.

Mais saint Paul nous apprend plus encore. Saint Paul n'a pas eu de remords de sa conduite passée, remords qui n'eut été qu'une attitude psychologique négative, stérile et destructrice. Il en a eu le repentir qui est tout autre, c'est-à-dire la résolution catégorique d'abandonner les erreurs passées, d'en prendre le contre-pied et de s'engager dans la voie nouvelle de Celui qu'il persécutait jusqu'alors dans la personne de Ses frères.

Dès lors saint Paul s'est fait l'apôtre totalement adonné au Seigneur, parcourant le monde pour lui adjoindre une multitude de frères, multipliant les Églises du Seigneur, malgré les peines, les tribulations et, à son tour, les persécutions reçues pour le Christ. Saint Paul a retourné sa faute en œuvre pour le Seigneur ; il se considérait comme le premier des pécheurs, pour que la grâce du Seigneur surabonde en lui et dans le monde. Au point qu'au soir de sa vie, face au jugement qui l'attendait, Paul osait confesser : "Le moment de mon départ est venu ; j'ai combattu jusqu'au bout le bon combat ; j'ai achevé ma course ; j'ai gardé la foi. Et maintenant voici qu'est préparée pour moi la couronne de justice qu'en retour le Seigneur me donnera en ce Jour-là, lui le juste Juge, non seulement à moi, mais à tous ceux qui auront attendu avec amour son apparition."

Voici comment il nous faut, nous aussi, attendre la venue du Jugement Dernier. Oui  ! en péchant contre nos frères, comme le dit saint Paul, nous péchons contre le Christ. Nous ne sommes pas seuls, nous ne sommes qu'en Christ, auquel, comme nous, tout homme participe, chrétien ou non. Nous ne vivons pas seulement pour nous-mêmes, pour notre confort matériel ni davantage pour le devenir de notre seule âme, pour notre seule survie dans l'au-delà. Nous ne vivons qu'en dépendance les uns des autres ; et tous nous ne vivons qu'en fonction d'une seule Vie qui nous récapitule tous, celle du Christ notre grand Dieu.

C'est sous l'angle de l'amour qu'il faut nous considérer. Au soir de notre vie, c'est sur l'amour qu'il nous sera demandé des comptes. L'exemple de saint Paul prouve que tout est toujours possible. Le Jugement du Christ ne retient rien de nos péchés, de nos fautes, de nos crimes, de l'infirmité de nos cœurs, si nous comprenons que tout prochain est notre frère et que tout frère est en Christ autant que nous - et plus encore que nous s'il est pauvre, souffrant, humilié, désespéré -.

Il n'y a rien, absolument rien à redouter du Jugement Dernier, si nous acceptons dès aujourd'hui de nous oublier nous-mêmes pour nous centrer en vérité en Jésus-Christ, c'est-à-dire sur la personne de tous nos frères, dans le mystère de la communion des Saints et de la récapitulation du monde entier dans le Christ Jésus.

Père René Dorenlot

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