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La Guérison des Dix lépreux

La Guérison des Dix lépreux, la reconnaissance ou de l’ingratitude

Épitre : Cl 3,4-11 Dépouillez le vieil homme - Évangile : Lc 17,12-19 La guérison des Dix Lépreux.   

Homélie du Père Guy Fontaine le 6 décembre 2010 fête de Saint-Nicolas en l'église saint-Alexandre-de-la-Neva de Liège

L’Évangile que nous venons d’entendre apporte une leçon évidente celui de la reconnaissance ou de l’ingratitude. Dix sont guéris, un seul revient. Qu’en serait-il parmi nous ? Combien de fois ne prions-nous pas en disant "Seigneur, fais que…" ou encore "Mon Dieu, donne-moi…" et si ce que nous avons souhaité arrive, n’allons-nous pas trouver ça normal ou alors allons-nous rendre grâce à Dieu ?

Et nous encore… c’est quand même curieux : on vient à l’église, mais on reste dans le fond, comme si on n’osait pas s’approcher, comme si on voulait garder une certaine distance. Comme les lépreux. Oui, mais eux, ils ne pouvaient pas approcher : ils étaient tenus de rester à l’écart.

Ou alors on se dit qu’on n’est pas digne. Nous avons peur de nous approcher tels que nous sommes ; nous avons peine à croire que Dieu puisse nous aimer avec nos fautes, nos faiblesses, nos blessures ; alors que, justement, c’est bien comme cela qu’il nous aime : comme nous sommes et c’est bien pour des gens comme nous, c’est pour nous, qu’il est mort sur la croix.

Mais s’il vient vers nous, aujourd’hui, ce n’est pas pour que nous restions comme nous sommes. Si Jésus se tourne vers les lépreux, c’est parce qu’il a pitié d’eux, il est pris de compassion, oui, il les aime. Mais parce qu’il les aime, il voudra les guérir. Nous aussi, il veut nous guérir de tout ce qui atteint, en mal, notre vie spirituelle.

Mais nous, nous imaginons que notre attitude, notre vie elle-même, met comme une distance qui nous sépare du Christ. Or jamais le Christ n’est plus proche que lorsque nous souffrons, lorsque nous sentons le poids de la solitude et que nous nous croyons coupés de tout secours humain.

Alors, comme les lépreux, il faut saisir notre chance. Eux étaient rejetés de la société et des hommes. Nous, nous savons que nous n’avons rien à attendre de la société et des hommes pour ce qui est de trouver le chemin de la vie. Nous savons quel est ce chemin, nous savons qui est ce chemin. Et ça, c’est vraiment la chance de notre vie !

Et puis ? Serons celui qui revient pour rendre grâce à Jésus de sa guérison ou parmi les neuf autres qui s’en vont sans se retourner. Allons-nous passer à côté de notre chemin de vie ? Pourtant, à nous, on a appris à dire tout simplement : "merci".

Comme quand j’étais petit et qu’au matin du 6 décembre, on me faisait crier : "Merci saint Nicolas !" et crier bien fort pour qu’il entende jusqu’au ciel.

saint Nicolas, dans notre calendrier, c’est aujourd’hui que nous célébrons sa mémoire et c’est sans doute un des saints les plus populaires dans toute la chrétienté. On le dit évêque de Myre. Après avoir été emprisonné sous Dioclétien, il aurait participé au premier concile et serait mort le 6 décembre 343, victime de nouvelles persécutions. On connaît aussi le sort que vont connaître ses reliques, volées par des marins qui les ramènent à Bari. On le dit aussi thaumaturge, c’est-à-dire faiseur de miracles. On en raconte, on en rajoute sans doute. Toujours est-il qu’il est devenu le patron de nombreuses corporations, pays ou peuples et, bien sûr chez nous, le patron des enfants sages. C’est dire s’il est bien difficile de faire la part, dans le récit de sa vie, entre les faits et la légende.

D’autant que, comme beaucoup de ses semblables – je veux parler des saints des premiers siècles – on nous le présente comme une sorte de superchampion de la foi et ce, dès son plus jeune âge. Bref une vie entière tournée vers Dieu, un parcours sans faute. Il devient un exemple.

Voilà qui donne de la sainteté une image absolue, inaccessible aux humbles chrétiens que nous sommes. Certes, à l’époque, l’hagiographie devait être exemplaire, conforter les fidèles dans la foi, les inviter à suivre ce chemin et bien sûr, nous avons hérité de cette littérature et des hymnes qui vont avec. Qu’il ne faut certes pas rejeter mais qui ne doivent pas nous fermer à d’autres formes, dirons-nous, de la sainteté.

Ainsi avons-nous dans notre archevêché deux saints contemporains qui sont aux antipodes pourrait-on dire de l’histoire de saint Nicolas. Et nous les connaissons bien.

Alexis Medvekov, ce prêtre venu de Russie et qui a fini ses jours en France, dans une paroisse de Savoie dont on a retrouvé son corps intact et qui est devenu saint Alexis d’Ugine.

Mère Marie Skobtsov. Poétesse devenue moniale, morte à Ravensbrück pour avoir aidé les Juifs durant l’occupation. Une femme mariée et divorcée deux fois, mère de trois enfants. Devenue religieuse, elle avait gardé plusieurs de ses anciennes habitudes : elle fumait, écrivait des poèmes, entretenait de longues conversations jusqu’aux petites heures du matin avec des hommes. Elle fréquentait les milieux défavorisés de Paris et les marginaux de la société, alcooliques, prostituées, malades mentaux… Elle est devenue sainte Marie de Paris.

Les saints sont comme un pont, un trait d’union entre le ciel et la terre. Et, d’une certaine façon, chaque époque, chaque peuple (ou chaque église pour évoquer le peuple de Dieu) a les saints et les saintes dont ils ont besoin, comme exemples, comme intercesseurs, comme conscience parfois.

La sainteté est bien le programme, la vocation de la destinée humaine. Cette vocation est enfouie dans nos profondeurs comme un germe qui doit grandir, une semence qui croît et qui remplit peu à peu notre espace intérieur. Que ce soit là, humblement, notre programme de vie.

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