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Saint Luc

Le Mauvais riche

Épître aux Galates VI, 11-18 - Luc chapitre VI versets 19 à 31 et Commentaire patristique par saint Jean Chrysostome

Homélie prononcée par le Père Jean Breck à la crypte le 31 octobre 1999

La Parabole du Mauvais riche et de LazareAu nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, Amen.

À l’origine, cette parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare fut vraisemblablement une ancienne histoire juive, reprise par Jésus et adaptée par Lui afin d’exprimer un message profondément chrétien. Dans sa version originale, ce récit constituait un appel à la conversion, fondé sur la charité : Pour le peuple d’Israël, l’aumône témoignait autant de la dévotion à Dieu que du souci pour les hommes pauvres et démunis. Saint Luc est lui-même très sensible aux besoins des pauvres, à la pauvreté et à la misère humaine. Presque tout le chapitre XVI de son évangile se concentre sur ce problème de l’argent, c’est un appel à la conversion de tous ceux qui sont tentés de servir Mammon – cette idole qu’est l’argent – au lieu de servir Dieu. Dans cette optique, il semblerait donc que, dans sa version originale, la parabole du mauvais riche et du pauvre Lazare se terminât par l’injonction faite par Abraham à l’homme riche : "Tes cinq frères ont Moïse et les Prophètes, qu’ils les écoutent  !"

Or, Jésus et l’ensemble de la tradition chrétienne ont toujours compris et affirmé que Moïse et les Prophètes parlent essentiellement du Christ, du Messie. La Loi et les prophéties de l’Ancien Testament trouvent leur vrai sens et leur accomplissement unique en Lui. Aussi Jésus ajoute-t-il une conclusion à la parabole. D’un simple appel à la charité cette parabole est alors transformée en une véritable prophétie concernant le sort personnel du Christ : Le riche, qui gît maintenant aux enfers, répond à Abraham : "Et si quelqu’un de chez les morts va trouver mes cinq frères, ils se repentiront." Et Abraham de répondre : "Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus."

Il serait facile de conclure qu’il s’agit là, tout simplement, d’une condamnation des Juifs qui ont refusé de voir en Jésus le Messie ressuscité, c'est-à-dire une condamnation de ceux qui restaient insensibles aux apparitions du Christ après Sa résurrection, insensibles aussi à la proclamation apostolique : "Jésus est vraiment ressuscité, nous L’avons vu  !"

Mais à qui s’adresse véritablement la réplique d’Abraham "Même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus." ? Cette réplique s’adresse non seulement aux Juifs non croyants, mais aussi à tous ceux, chrétiens et non chrétiens, qui, consciemment ou inconsciemment, rejettent le message central de l’évangile : "Le Christ est vraiment ressuscité  !"

Ce n’est guère la peine de faire remarquer que notre culture occidentale moderne se moque de l’idée même que quelqu’un puisse être ressuscité d’entre les morts. Quel livre d’histoire, lu par nos enfants à l’école, base son récit sur la résurrection du Christ ?

Aucun, bien évidemment  ! Et pourtant, selon la parole que Dieu, Lui-même, nous adresse dans l’Évangile, la résurrection de Jésus de Nazareth constitue le centre même de l’histoire, le cœur qui seul donne un sens à l’histoire, à la culture, à l’existence.
 "Si le Christ n’est pas ressuscité, nous dit saint Paul, vide alors est notre message, vide aussi votre foi. […] Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espoir dans le Christ, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. »
Pourquoi ? Parce que notre foi et notre proclamation ne seraient que mensonges. La vision du Christ accordée aux saints de l’Église, de saint Pierre à saint Silouane, ne serait qu’une vaine fantaisie, et la fin ultime de notre vie ne serait que la mort et la corruption, donc l’absurde, le néant. Mais combien de chrétiens agissent comme si la résurrection n’était qu’un pur symbole, significatif peut-être pour les croyants mais dépourvu de sens pour les autres ? Et pourtant  ! Si l’Évangile est vrai, si le Christ est vraiment ressuscité, alors tout est changé  ! La Création, elle-même, est transfigurée et nous les hommes, nous pouvons, nous devons nous réjouir, crier de joie, verser des larmes d’action de grâce, car la mort à été réellement vaincue. Ce n’est plus la corruption et le néant qui nous attendent, c’est la plénitude de la Vie en Celui qui nous fait ressusciter avec Lui  !

Cette parabole du riche et de Lazare, telle que Jésus l’a prononcée, représente donc un appel. Non seulement un appel à la charité, si importante qu’elle soit, mais un appel à une prise de conscience qui puisse transformer l’esprit et le cœur. Pensons aux pauvres de ce monde, aux démunis et aux marginalisés, mais aussi à tous ces aveugles, chrétiens et non chrétiens, qui refusent ou qui ne peuvent pas voir et vivre la vérité et la beauté de la liturgie pascale.

Pensons à tous ceux là. Il n’y a peut-être qu’une seule chose à leur dire, pas tant pour les plaindre que pour les consoler, que pour les inviter à se laisser envahir par l’amour de Dieu, source intarissable d’espérance et de Vie. Je pense tout simplement à cette parole si bien connue, adressée par saint Séraphim de Sarov à tous ceux qui cherchaient en lui un témoignage vivant de la vérité de l’Évangile : "Ma joie, le Christ est ressuscité  !".

Que cette parole – que cette certitude  ! – nous accompagne tout au long de notre pèlerinage terrestre  ! Puissions-nous tous voir et accueillir, au cœur même de notre vie, Celui qui est ressuscité d’entre les morts, Celui dont le désir le plus ardent est de nous faire traverser avec Lui et en Lui cet abîme profond entre la terre et le ciel, entre le désespoir et la joie, entre la mort et la Vie.

Amen.

Père Jean Breck


Voir notamment le discours de saint Pierre, lors de la Pentecôte (Actes des apôtres II, 14-36)

Cf. Première épître aux Corinthiens XV, 14-19.

Analyse d'audience
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