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Le Mauvais riche

Épître aux Galates VI, 11-18 - Luc chapitre VI versets 19 à 31 et Commentaire patristique par saint Jean Chrysostome

Homélie prononcée par le hiéromoine Guy à Liège 2010

La Parabole du Mauvais riche et de LazareAu nom du Père, et du Fils et du Saint Esprit, Amen.

L’évangile que nous venons d’entendre a sans doute une particularité : c’est peut-être la seule fois que Jésus évoque ce qui se passe après la mort. La mort est et reste un grand mystère, même si c’est… la seule certitude de notre vie ! Mais si nous savons tous que nous devrons mourir un jour, nous ne savons pas quand, ni comment et, moins encore, nous ne savons ce qui se passe après. Même lorsque l’évangile raconte des résurrections comme celle du fils de la veuve de Naïm ou même celle de Lazare, il ne nous dit rien de ce que les ressuscités ont vu, où ils étaient.

Oui, dans la tradition orthodoxe, il existe des considérations concernant un cheminement de l’âme du défunt qui doit passer des douanes ou des péages célestes, des lieux où les démons et les anges se disputent les âmes et mesurent les fautes, les valeurs de la personne décédée, mais aussi la prière qui accompagne le défunt. Mais ces textes viennent souvent de moines égyptiens et on pense qu’ils sont influencés par les croyances des anciennes dynasties des pharaons. En tout cas, rien n’est dit dans l’Écriture.

Certains pensent qu’il s’agit là d’une manifestation de la sagesse divine. Dieu n’a pas permis aux morts revenus à la vie de s’exprimer sur ce qu’ils ont connu dans l’au-delà pour que le diable n’en profite pas pour susciter de faux témoignages et troubler plus encore les hommes pour qui la mort reste, non seulement un mystère, mais souvent l’objet d’une grande crainte.

D’ailleurs, Jésus ne dit rien d’autre dans cette parabole que nous venons d’entendre. Lorsque le mauvais riche dit à Abraham : « Si quelqu’un vient à eux de chez les morts, ils se convertiront. » Abraham lui répond : « S’ils n’écoutent pas Moïse, ni les prophètes, même si quelqu’un ressuscite des morts, ils ne seront pas convaincus. »

Face à cet inconnu, l’Église cherche pourtant à donner, non pas des réponses, mais des signes. Le défunt est mis en terre le troisième jour, nous célébrons le neuvième, le quarantième jour que nous considérons comme des étapes vers un autre état de l’âme. Nous prions surtout pour que le défunt puisse reposer dans le sein d’Abraham (référence directe au passage de l’évangile que nous venons d’entendre) et dans un lieu de lumière et de fraîcheur, là où il n’y a ni larmes ni gémissements.

Un lieu de repos. Car nous disons que le défunt s’est endormi. Il s’est endormi dans l’attente de la résurrection que l’on espère être pour la vie éternelle en la communion du Seigneur ami de l’homme. Car lorsque Jésus nous raconte cette histoire, il ne nous fait pas un tableau moralisateur pour nous faire peur, il ne pose aucune limite, aucune interdiction : il nous donne une espérance extraordinaire. Cette espérance, on pourrait la dire dans une formule : il y a bien une vie après la mort. Certains diront que c’est peut-être même la vraie vie. Une vie que nous aurons préparée sur terre. Et là aussi, pas besoin de chercher loin : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent » dit Abraham au mauvais riche. Nous pourrions ajouter, nous, que nous avons Jésus-Christ ressuscité des morts qui, par sa mort nous a délivrés de la mort et qui a donné la vie à ceux qui sont dans les tombeaux.

Même les morts sont vivants. Et lorsque saint Paul parle du jugement dernier et qu’il dit : « ensuite nous, les vivants, qui serons restés, nous serons enlevés avec eux sur les nuées, à la rencontre du Seigneur, dans les airs, et ainsi nous serons toujours avec le Seigneur » ne peut-on comprendre qu’il parle de ceux qui sont morts en Christ et qui vivent en Lui ?

Ce même apôtre ne nous dit-il pas : « Nous ne voulons pas, frères, vous laisser dans l’ignorance au sujet des morts, afin que vous ne soyez pas dans la tristesse comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Si en effet nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité, de même aussi ceux qui sont morts, Dieu, à cause de ce Jésus, à Jésus les réunira. » Quelle espérance ! Quelle certitude ! Car les morts dont il parle, ce sont ceux que l’on porte en terre. Mais un jour, ce sera nous aussi.

Nous n’avons pas besoin de témoignages de ceux qui en sont revenus. D’ailleurs, qu’en ferait-on ? Est-ce que ça nous ferait changer de vie ? Peut-être qu’on les traiterait de menteurs ou alors, ce serait le doute, comme ceux qui racontent des histoires de tunnel, de grande lumière après une expérience de mort clinique.

Quand je parle d’un mort, j’utilise souvent une expression que j’aime beaucoup : il est passé de l’autre côté de la vie. Et c’est déjà une première espérance : il y a un autre côté, il y a une vie après la vie, une vie après la mort, un temps de repos en attendant la fin des temps.

Mais notre espérance n’est pas que pour après : elle concerne notre vie, maintenant, car cette vie qui nous est donnée, c’est ce royaume que Jésus-Christ a inauguré pour nous, qui nous est donné. Et c’est ce que nous vivons, maintenant, quand nous célébrons la divine liturgie et que nous participons à la communion au saint corps et au saint sang de notre Seigneur Jésus-Christ.

On ne gagne pas son paradis par la peur, même pas par nos œuvres – c’est saint Paul lui-même qui le dit – mais par la grâce de Dieu.

Gardons-nous donc de nous enfermer dans le confort de nos richesses, dans nos festins. Aller vers les plus pauvres, c’est aller vers le Christ. « Ce que vous aurez fait au plus petit des miens… » c’est aussi laisser son cœur ouvert, son âme ouverte, ouverte à la grâce qui nous est donnée.

La main qui se ferme sur ce qu’elle a ne peut plus recevoir rien d’autre. Si nous nous refermons sur les biens matériels, nous ne seront plus ouverts aux richesses spirituelles.

La main qui s’ouvre, la main qui se tend, la main qui aide font le cœur généreux et ardent. Si on veut laisser entrer le soleil dans nos maisons, il faut ouvrir les volets sinon, comme dans une chanson de Brel, ils se ferment « comme une porte entre morts et vivants ». Mais les morts, ce sont ceux qui se sont enfermés.

Ouvrons nos cœurs ! Laissons, comme nous le disons dans la première prière qui commence la célébration de notre liturgie, laissons l’Esprit saint venir et faire sa demeure en nous. C’est ainsi que, dès maintenant, nous sera donnée la vie, cette vie qu’on ne pourra nous reprendre quand surviendra la mort.

Amen.

Père Guy
Source : site du Doyenné de Belgique et du Nord de la France
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