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Homélie

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Icône des Femmes myrrhophoresDimanche des Myrrhophores et du juste Joseph


Troisième dimanche après Pâques
Lecture des Actes des Apôtres Ac 6,1-7
Évangile selon saint Marc 15,43-16,8Père Boris Bobrinskoy

Homélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 24 avril 1988

Le Christ est ressuscité,
En vérité Il est ressuscité  !

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.

C'est aujourd'hui le seul jour de l'année où l'Église propose la lecture conjointe de l'ensevelissement du Christ et de sa Résurrection. C'est le ministère des femmes qui unit ces deux moments, ces deux étapes du mystère du Christ mort et ressuscité. En ce troisième dimanche depuis la Pâque, l'Église célèbre la mémoire des saintes femmes porteuses de myrrhe, venues pour embaumer le Christ. Elle adjoint à cette mémoire le nom de Joseph d'Arimathie et celui de Nicodème, le pharisien qui vint une nuit interroger Jésus, comme le rapporte l'évangile de saint Jean.

Arrêtons-nous sur ce service des femmes Myrrhophores. On peut y distinguer trois étapes.

Premièrement, ce sont des femmes qui servirent Jésus pendant tout le temps de Son ministère public, comme le rapportent les Évangiles. Elles l'accompagnaient, Lui et Ses disciples, mettant à Son service tous leurs biens. Pendant le ministère en Galilée, pendant les traversées de la Samarie et les séjours à Jérusalem pour la Pâque, elles étaient présentes, ces femmes, celles dont nous connaissons le nom et celles dont nous ne connaissons pas le nom. Elles étaient là, avec Marie, la mère de Jésus, près du groupe que formait Jésus avec Ses disciples. Il faut comprendre combien la fidélité et l'amour - et par conséquent le service - de ces femmes se sont enracinés, développés au cours de cette période d'intimité, de présence de Jésus, pendant laquelle elles se sont profondément et pour toujours attachées à Lui.

Ensuite, la condamnation de Jésus, Sa passion et Sa crucifixion ont signifié pour elles l'effondrement de l'espérance du royaume, l'effondrement de la joie et de la douceur qui les pénétraient lors de l'entrée triomphale à Jérusalem. Elles ont partagé alors l'angoisse des disciples, cette angoisse silencieuse croissant à mesure que le temps du dénouement approchait. Néanmoins, le danger d'être parmi Ses fidèles ne les a pas fait fuir. Elles sont demeurées auprès de Lui pendant Son procès, elles l'ont suivi jusqu'à la croix et sont restées présentes lors de Sa mise à mort. Elles demeurent, regardant la Croix à quelque distance et assistant à la mort de Jésus. Elles sont donc présentes à la descente de croix et participent à l'ensevelissement du Seigneur, avec Joseph et Nicodème. Elles déposent au tombeau, avec Jésus, tout leur amour, toute leur douleur, toute leur désolation, en un mot tout leur cœur. Et lorsqu'elles s'en retournent chez elles pour respecter le Sabbat, le lendemain du vendredi, - et c'était un Grand Sabbat que ce jour-là, disent les évangélistes - leurs cœurs demeurent dans le tombeau, leurs cœurs brûlants d'amour et de larmes.

C'est pourquoi, dès que cela est possible, c'est-à-dire dès le premier jour de la semaine, tôt le matin, elles repartent au tombeau avec des aromates qu'elles ont acheté pour parfaire l'embaumement de Jésus qu'elles n'avaient pas eu le temps de terminer le vendredi soir. Les voici devant le tombeau.

D'après les évangélistes Marc et Luc, le tombeau est déjà vide et la pierre a été roulée. D'après Matthieu, un ange vient et fait basculer la pierre. Cette différence est de peu d'importance et le témoignage de Marc est sans doute le plus archaïque. Il présente l'ange accueillant les femmes à l'intérieur du tombeau et prononçant cette parole que l'on retrouve chez tous les évangélistes, et dans la bouche même de Jésus : « Ne craignez point. »

En effet, les femmes sont là, figées de crainte. Qui les libèrera de leur crainte, qui les rendra à la vie ? Les paroles de l'ange n'y suffiront point. « Vous cherchez Jésus le Nazaréen, le crucifié. Il n'est point ici, voici le lieu où on l'avait mis. » Car les femmes restent dans la crainte, s'en retournent en silence et « ne dirent rien à personne, car, ajoute Marc, elles avaient peur. »

Nous voici nous aussi devant le mystère du tombeau du Christ. Le tombeau où Jésus a été déposé avec notre cœur, nous le retrouvons aujourd'hui, désormais lumineux. Comme les femmes, nous avons déposé au tombeau nos tristesses, nos doutes, nos douleurs, nos épreuves, nos chutes aussi, nos infidélités comme nos espérances. Notre cœur est parfois sombre comme un tombeau dont une grosse pierre barre l'entrée. Il nous faut alors supplier le Seigneur pour qu'un ange vienne faire basculer la pierre. Lorsque cette pierre est retirée, nous découvrons notre cœur plein de lumière, un cœur semblable au tombeau du Christ. Car le tombeau du Christ est désormais un tombeau source de vie, un tombeau source de lumière, un « tombeau vivifiant », comme le chante l'Église Là se trouvent notre foi et notre espérance : tous les instruments de la passion et de la mort du Christ, le fouet, les injures, les crachats, la lance, la croix, tous ces instruments d'humiliation et de souffrance deviennent porteurs de vie, de force, de joie et d'espérance.

C'est pourquoi nous accompagnons ces femmes dans leur troisième et ultime service. Car leur ultime service n'est pas celui du tombeau où elles ont déposé le Seigneur, leur ultime service, c'est d'annoncer la Résurrection. Car ce sont elles, ce sont ces femmes qui sont appelées les premières à annoncer la Résurrection. Elles qui L'avaient servi humblement pendant Sa vie, qui avaient offert leur temps, leur fortune, en restant au dernier rang. Ce sont ces mêmes femmes, si rarement mentionnées, qui sont les premiers témoins de la Résurrection et les premières à porter la Bonne Nouvelle aux apôtres.

Ne devrions-nous pas, nous aussi, nous mettre à l'écoute de tous ceux et de toutes celles qui, dans l'église, accomplissent d'humbles services envers le Christ ? C'est peut-être dans leurs cœurs que résonne en premier le lumineux message de la résurrection, le message de résurrection qu'ils nous transmettent. Car ce ne sont pas seulement les prêtres qui, du haut de l'ambon, disent au peuple de Dieu : « Le Christ est ressuscité  !» Chacun d'entre nous, quelle que soit sa place dans l'Église a besoin de s'entendre dire cette parole :

Le Christ est ressuscité

Père Boris
Analyse d'audience
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