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Homélie

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Icône des Femmes myrrhophoresDimanche des Myrrhophores et du juste Joseph

Troisième dimanche après Pâques
Lecture des Actes des Apôtres Ac 6,1-7
Évangile selon saint Marc 15,43-16,8

Homélie de saint Grégoire PalamasGregoire Palamas

La Résurrection du Seigneur, c'est le renouvellement de la nature humaine, c’est le retour à la vie, la création à nouveau du premier Adam conduit par le péché à la mort, et par la mort à la terre d’où il fut tiré. La Résurrection, c'est le retour à la vie immortelle.

Personne n'a vu Adam quand Dieu l'a créé, quand il reçut le souffle de vie, car aucun être humain n'existait encore. Et quand après, par le Souffle divin, il reçut celui de la vie, la première créature à le voir, fut la femme, Ève, qui vint après le premier homme.

Il en est de même pour le second Adam, c'est-à-dire le Seigneur. Personne ne l'a vu quand Il est ressuscité des morts. Aucun des siens n'était là et les soldats qui Le gardaient étaient morts de frayeur. Après sa Résurrection, la femme est la première à Le voir, comme Marc nous l'a fait entendre aujourd'hui : Jésus étant ressuscité, le matin du premier jour de la semaine il apparut d’abord à Marie de Magdala. Certains pensent que l'évangéliste a clairement indiqué ici l'heure de la Résurrection du Seigneur, que c'était le matin, qu'Il était apparu d’abord à Marie de Magdala, à l'instant même de sa Résurrection. Mais l'évangéliste n'a pas dit cela, comme on va le voir, si nous faisons bien attention.

Un peu plus haut, en accord avec les autres évangélistes, Marc dit que la même Marie est venue au tombeau avec les autres femmes myrrhophores, qu'elles le trouvèrent vide et qu'elles s'en allèrent. Voyez-vous que le Seigneur est ressuscité bien avant que Marie L'ait vu ? Quand l’évangéliste veut préciser l'heure, il ne dit pas simplement "matin" comme ici, mais "de grand matin". Et par lever du soleil, il entend la faible lueur qui précède le lever du soleil à l'horizon. Jean déclare la même chose quand il dit que "Marie de Magdala est venue dès le matin au sépulcre, avant que les ténèbres fussent dissipées et qu'elle vit que la pierre avait été enlevée du sépulcre." Jean dit aussi que Marie de Magdala n'est pas simplement venue au tombeau, mais qu'elle en est repartie sans avoir vu le Seigneur. Elle a couru et elle est allée trouver Pierre et Jean et elle ne leur a pas annoncé que le Seigneur était ressuscité, mais qu'on L’avait enlevé du sépulcre. Donc, elle ignorait encore la Résurrection.

Ce que je vais révéler maintenant à votre charité, est recouvert comme d’une ombre, par les évangélistes. L'annonce de la Résurrection du Christ, c'est la Mère de Dieu qui l'a reçue la première. Cela, c’est juste et normal. C'est elle qui, la première, L'a vu après sa Résurrection et a eu le bonheur d’entendre sa Voix. Elle ne L'a pas seulement vu de ses yeux et entendu de ses oreilles, mais encore elle a été la première et la seule à toucher de ses mains ses Pieds immaculés, bien que les évangélistes ne disent pas tout cela clairement, pour ne pas éveiller de soupçons chez les infidèles.

Mais puisque par la Grâce du Ressuscité, ma parole s'adresse aujourd’hui à des fidèles, l'occasion de la fête nous pousse à clarifier ce qui concerne les myrrhophores. Et le droit nous est donné par Celui qui a dit : "Il n'y a rien de caché qui ne doive être révélé." Et cela va l'être.

Les myrrhophores sont les femmes qui accompagnèrent la Mère du Seigneur, restèrent auprès d'elle durant les heures de la Passion rédemptrice, et qui avec amour recouvrirent d’aromates le Corps de Jésus. Quand Joseph et Nicodème demandèrent et reçurent de Pilate le Corps du Seigneur, lorsqu'ils Le descendirent de la Croix, L’enveloppèrent dans un linceul avec de forts aromates, Le déposèrent dans un sépulcre taillé dans le roc et en fermèrent l'entrée par une grande pierre, Marie de Magdala et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre et regardaient, selon l’évangéliste Marc. En disant l'autre Marie, il entend, de toute manière, la Mère du Christ, qu'on appelait aussi mère de Jacques et de José, les fils de son époux Joseph.

Elles n'étaient pas seules à regarder l’ensevelissement du Christ. Il y avait d’autres femmes, selon le récit de Luc. Des femmes venues de la Galilée pour L’accompagner, qui virent le sépulcre et la manière dont le Corps était déposé, et que ces femmes étaient Marie de Magdala, Jeanne et Marie, mère de Jacques et les autres, qui étaient avec elles. L’évangéliste dit aussi qu'elles étaient allées acheter des aromates, et des parfums. Elles ignoraient encore que Lui était en vérité l'arôme de la vie, pour ceux qui L’approchent dans la foi, comme l’odeur de la mort est pour ceux qui demeurent incrédules jusqu'au bout. Le parfum de ses vêtements, celui de son Corps, sont supérieurs à tous les parfums. Son Nom est comme le parfum qui se répand, son arôme divin a rempli l'univers. Elles ne le savaient pas ! C’est pourquoi elles préparèrent des parfums et des aromates, comme pour honorer un mort, qu'elles inventèrent un antidote pour permettre à ceux qui le voudraient de rester près du Corps décomposé, qu’on allait oindre.

Elles préparèrent les parfums et, selon le commandement, elles se reposèrent pendant le Sabbat. En effet, elles n'avaient pas vécu de véritable Sabbat, pas plus qu'elles ne sentiront ce béni par-dessus tous, qui nous transporte du séjour de l’enfer au sommet lumineux et divin du ciel.

Donc, le premier jour de la semaine, comme le dit Luc, alors qu'il était encore nuit, elles vinrent au sépulcre portant les aromates qu'elles avaient préparés ; Matthieu dit "à l’aube du premier jour de la semaine", et que celles qui vinrent étaient deux. Et Jean le complète : "Dès le matin, dit-il, avant que les ténèbres ne fussent dissipées", et que celle qui y vint était Marie de Magdala. Par "premier jour de la semaine", les évangélistes entendent le Dimanche. Avec les expressions : tard le Sabbat, profond crépuscule, tôt le matin et, le matin alors qu'il faisait encore nuit, ils parlent du moment de l'aurore où l'obscurité lutte avec la lumière, de l'heure où l'horizon oriental commence à s’éclairer et annonce le jour.

Si de loin, on observe l’orient, la lumière change de couleur vers la neuvième heure de la nuit, (1) alors qu'il reste encore trois heures pour l’arrivée du jour parfait. Les évangélistes semblent quelque peu en désaccord, quand à cette heure et sur le nombre de femmes. Cela est dû au fait, comme ils l'ont dit, que les myrrhophores étaient nombreuses et qu’elles ne sont pas toutes venues ensemble, en une seule fois, et pas toujours les mêmes ; toutes à l’aube, mais pas au même moment. Marie de Magdala est venue seule, sans les autres et elle y est restée plus longtemps.

Chaque évangéliste ne parle donc que de l’une de ces venues et de certaines femmes et laisse les autres. Et moi, j'en déduis, après avoir comparé les évangélistes — je l'ai déjà dit — que la première à venir au sépulcre de son Fils et Dieu, fut la Mère de Dieu avec Marie de Magdala. Cela nous est particulièrement rapporté par l'évangéliste Matthieu : "Marie de Magdala, dit-il, et l'autre Marie allèrent visiter le sépulcre. Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre ; car un ange du Seigneur qui était descendu du ciel vint rouler la pierre et s'assit dessus. Son aspect ressemblait à l'éclair, et son vêtement était blanc comme la neige. À sa vue les gardes furent frappés d'épouvante et devinrent comme morts."

Toutes les autres femmes arrivèrent après le tremblement et la fuite des gardes et trouvèrent le sépulcre ouvert et la pierre roulée. Mais la Mère de Dieu était là quand eut lieu le tremblement de terre, quand la pierre fut roulée et le tombeau s’ouvrit, quand les gardes terrifiés n’avaient encore pris la fuite, car ce n’est pas pour rien qu’ils s’enfuirent. La Mère de Dieu, elle, était sans crainte et se réjouissait de tout ce qu’elle voyait. Moi je pense que c’est pour elle, la toute première, que le tombeau porteur de vie a été ouvert. D’abord pour elle et à cause d’elle, puis pour nous tous aussi, que tout a été ouvert, tout ce qui est en haut dans le ciel et tout ce qui est en bas sur la terre. C’est à cause d’elle que l’ange a resplendi, alors qu’il était encore nuit, dans la lumière angélique éclatante, dans laquelle elle vit non seulement le tombeau ouvert, mais aussi les linceuls on ordre, témoins éloquents de la Résurrection de l’Enseveli. L’ange était celui de l’Annonciation, c’était Gabriel qui la voyait se presser vers le sépulcre.

Autrefois, il lui avait dit : "Ne crains pas Marie, tu as trouvé grâce devant Dieu." Maintenant, il descend encore une fois, et tient le même langage à la toujours Vierge. Il lui annonce la Résurrection de Celui qu’elle a conçu sans semence, roule la pierre, lui montre le tombeau vide avec les linceuls et lui confirme le message de la joie. Matthieu écrit : "L’ange s’adressant aux femmes leur dit : Vous, ne craignez pas ; car je sais que vous cherchez Jésus qui a été crucifié. Il n'est point ici ; Il est ressuscité de morts". Car le Seigneur que ni les serrures, ni les verrous et les scellées de la mort et du tombeau ne purent retenir est aussi notre Seigneur, à nous les anges du ciel, Il est l’unique Maître de l'univers. "Voyez le lieu où le Seigneur a été mis ; et hâtez-vous d’aller dire à ses disciples qu’Il est ressuscité des morts". Et il ajoute : "qu’elles sortiront du sépulcre avec crainte et joie." Je crois que c'est Marie de Magdala qui est sortie pleine de crainte, de même que les autres femmes qui y étaient venues. Elles n’avaient pas compris le sens des paroles de l’ange, elles n’avaient pu supporter jusqu’au bout l’intensité de la lumière, pour voir et comprendre clairement. Tandis que la joie fut pour la Mère de Dieu ; elle avait compris le sens des paroles de l'ange. Aussi brilla-t-elle dans la lumière, elle qui était toute pure et pleine de Grâce divine. Elle a aussi fait sienne la vérité, elle a cru l'archange, qui dans le passé fut digne de foi.

Et comment la Vierge n’aurait-elle pas compris tout ce qui s'accomplissait, elle qui possédait la Sagesse divine et suivait de près les événements : le grand tremblement de terre, l’ange resplendissant descendant des cieux, les gardes morts de frayeur, le tombeau vide, le grand miracle des linceuls en ordre, conservés par la myrrhe et l’aloès, sans contenir le Corps, et le message angélique plein de joie ? Ce message, Marie de Magdala, sortant du tombeau, paraît ne pas l’avoir entendu — d'ailleurs l'ange n'a pas parlé à elle. Elle a vu que le tombeau était vide, elle n’a pas remarqué les linceuls et elle s’est hâtée d'aller trouver Pierre et l’autre disciple, comme le rapporte Jean.

Tandis que la Mère de Dieu rencontre d'autres femmes, revient sur ses pas et c'est alors que Jésus les rencontre et leur dit : "Réjouissez-vous !" Ainsi donc, la Mère de Dieu, bien avant Marie de Magdala, a vu Celui qui pour notre salut a souffert, a été enseveli et qui est ressuscité.

Matthieu dit encore : "qu'elles s'approchèrent de Jésus et embrassèrent ses Pieds, se prosternant devant Lui".

L’Enfantrice de Dieu est seule à comprendre le sens des paroles de l’ange qui annonce la Résurrection, Marie de Magdala étant présent, comme elle est la première parmi les femmes qui L’entourent à rencontrer son Fils et son Dieu, à voir et à reconnaître le Ressuscité. Aussi se prosterne-t-elle et Lui touche les pieds, et devient ainsi l'apôtre des apôtres.

De ce que Marie Madeleine n’était pas avec la Mère de Dieu qui revenait du sépulcre, quand le Seigneur l'a rencontrée, nous l’apprenons par Jean : Elle courut, dit-il, et vint trouver Simon Pierre et l'autre disciple que Jésus aimait, et elle leur dit : Ils ont enlevé du sépulcre le Seigneur, et nous ne savons pas où ils L'ont mis". Comment donc, comment, si elle L'avait vu, et si elle L’avait touché de ses mains et si elle L’avait entendu, aurait-elle pu dire de telles paroles, à savoir qu’ils L’ont enlevé et on ne sait pas où ils L'ont mis ? Et après la course de Pierre et de Jean au sépulcre, où, après avoir vu les linceuls, ils repartent, Marie, dit encore Jean, se tient près du sépulcre et pleure.

Voyez-vous qu'elle n’avait encore rien vu ni rien entendu ? À la question des anges qui lui apparurent et lui dirent : "Femme, pourquoi pleures-tu ?" elle répond comme s'il s’agissait d’un mort. Et quand elle se retourne en arrière et qu'elle voit Jésus, à nouveau, elle ne comprend rien quand Il lui dit : "Pourquoi pleures-tu ?" Elle répond à côté, jusqu’au moment où Jésus l'appelle par son nom et lui prouve que c'est Lui. Alors elle se prosterne et tente d'embrasser ses pieds, et elle L'entend dire : "Ne me touche pas". On déduit de tout cela que lors de la précédente apparition à sa Mère et aux femmes qui l’accompagnaient, Jésus permit à elle seule de Lui toucher les Pieds, bien que Matthieu permette cela à toutes les femmes. Il ne veut pas ; pour les raisons exposées plus haut, mettre en avant la Mère.

Après la Mère de Dieu qui fut la première à venir au sépulcre, la première à entendre l'évangile de la Résurrection, beaucoup d’autres femmes s’assemblèrent et virent, elles aussi, la pierre roulée et entendirent l’ange. Au retour, elles se séparèrent. Selon Marc, les unes quittèrent le sépulcre, dans la crainte et la stupeur, sans rien dire à personne, car elles avaient peur. D’autres accompagnèrent la Mère du Seigneur et elles purent voir et entendre l’ange. Marie Madeleine, elle, se hâta d’aller chez Pierre et Jean et avec eux revint au sépulcre.

Quand ceux-ci partirent, elle resta seule et put voir ensuite le Seigneur, qui l'envoya dire aux apôtres "qu'elle avait vu le Seigneur et qu'Il lui avait dit ces choses," comme le raconte Jean.

Si Marc dit que cette apparition a eu lieu exactement au lever du jour, après l'aube, il ne prétend pas, cependant, que cette heure fût celle de la Résurrection du Seigneur, ni celle de sa première apparition.

Nous avons donc, pour ce qui regarde les myrrhophores, l'accord rigoureux des quatre évangélistes.

Malgré les femmes myrrhophores, malgré Pierre, Luc et Cléopas, qui disaient le Seigneur vivant et qui L'avaient vu, les disciples furent incrédules ; le Seigneur le leur reprocha quand Il Se manifesta au milieu d’eux, alors qu'ils étaient ensemble.

Après être apparu à beaucoup et de nombreuses manières, montrant qu'Il était vivant, les disciples non seulement crurent mais encore ils allèrent Le proclamer partout. Leur voix se fit entendre par toute la terre et leurs paroles retentiront à travers le monde entier. Le Seigneur coopérait avec eux et confirmait leur parole par les miracles qui suivaient. En effet, les miracles étaient nécessaires pour la prédication de la doctrine sur toute la terre. Ces grands prodiges étaient nécessaires pour l'exposition et le confirmation de la prédication.

Il est vrai que pour ceux qui reçoivent la parole et y croient fermement, les miracles ne sont pas nécessaires. Quels sont ceux-là ? Ceux dont les œuvres témoignent. "Montre-moi ta foi, est-il dit, par tes œuvres". Que celui qui croit le montre donc par les œuvres d'une vie droite.

Car autrement, qui croira que ses pensées sont vraiment élevées, grandes, célestes comme l'exige la piété ? Si ses œuvres sont mauvaises, s’il est attaché à la terre et aux choses de la terre ? Frères, on ne gagne rien à dire qu’on a une foi divine, si nos œuvres ne sont pas en rapport. À quoi ont servi les lampes aux vierges insensées qui n'avaient pas d'huile, je veux dire les œuvres de l'amour et de la compassion ? À quoi a servi l'invocation d'Abraham son père au riche qui brûlait dans la flamme inextinguible, pour son indifférence à l'égard de Lazare ? À quoi a servi l'invitation aux Noces divines dans le palais nuptial éternel, à celui qui n'avait pas la tunique des bonnes œuvres ? Pourtant il a été invité, il a pris place parmi les saints convives, mais pour avoir vêtu la tunique de sa mauvaise vie, de ses actes répréhensibles, il a été confondu, puis jeté les mains et les pieds liés dans le géhenne où retentissent les larmes et les grincements de dents.

Qu'aucun de ceux que le Christ a appelés ne goûte jamais à ce lieu. Que la vie de chacun soit conforme à la foi et que tous entrent dans la chambre des noces de la joie indicible et vivent éternellement avec les saints, dans le séjour de l’allégresse véritable.
Amen !

Grégoire Palamas (1296-1359)
archevêque de Thessalonique

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