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Homélie

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Fête de la Nativité du Christ  

Épître aux Galates IV, 4-7
Évangile selon saint Matthieu II, 1-1

Nativité

Homélie prononcée par le Père René le 25 décembre 2006, à la Crypte.


Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Reconnaissons-le, la Nativité du Christ reste pour nous un mystère, même si nous y sommes accoutumés depuis notre enfance. Et, de prime abord, les lectures de la fête ne nous éclairent guère.

Certes Hérode, les prêtres et les scribes redoutent en Jésus, de lignée davidique, un pasteur et un chef à venir. Certes surtout, les mages, mieux avertis, offrent à l’enfant l’or, l’encens et la myrrhe, en signes de sa royauté, de sa divinité et de sa Passion.

Mais la longue généalogie de saint Matthieu aide peu. L’Apôtre, c’est-à-dire saint Paul, est plus que lapidaire : "Dieu envoya son Fils, né d’une femme". Pourtant ce sera encore lui le plus explicite. Avec lui, nous l’apprenons, Jésus est Fils de Dieu. L’Enfant de Bethléem est Dieu Lui-même. Saint Luc le confirme : "Jésus, fils de Joseph, fils d’Abraham, Fils de Dieu", et saint Marc est encore plus catégorique : "Évangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu". (1)

Noël, c’est bien la venue au monde, dans la chair de Marie sa Mère, de Dieu en Personne. Cette naissance miraculeuse est célébrée depuis deux mille ans dans toute la Chrétienté, avec des accents de joie ineffable. Mais avec des variantes inévitables. En Occident, la sensibilité porte davantage sur l’humanité de Dieu en Jésus- Christ. Ce sont les tableaux bien connus de la crèche. En Orient, c’est le drame du Dieu incarné qui domine. C’est évident au vu des Icônes : dans les ténèbres mortifères d’une grotte, Jésus, en nouveau-né humain, paraît comme emmailloté de bandelettes mortuaires, dans un berceau en forme de sarcophage. On ne saurait être plus explicite : Dieu s’est incarné pour mourir. Mourir pour prendre nos péchés, même de ceux qui ne veulent pas le recevoir, et jusqu’au péché du monde. Mais mourir pour ressusciter et nous sauver tous, nous et le monde.

Et désormais c’est saint Paul le plus disert et le plus clair : "Quand vint la plénitude des temps, dit-il, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme, né sujet de la loi, afin de racheter les sujets de la loi, afin de nous conférer l’adoption filiale".(2)

La Naissance de Jésus, l’Incarnation du Christ, nous les célébrons ainsi comme la promesse de notre délivrance du péché et de la mort et l’assurance de notre Rédemption. Dieu envoie son Fils mourir sur la Croix pour supprimer l’ancienne loi, le péché et la mort et nous conférer en retour la qualité de fils adoptifs. Et la preuve que nous sommes déjà des fils, dit toujours saint Paul, c’est que "Dieu a envoyé dans nos coeurs l’Esprit de son Fils qui crie en nous : Abba, Père". (3) Saint Paul lie la venue du Christ à l’accomplissement de la plénitude des temps, c’est-à-dire au temps fixé par Dieu. C’est bien dans le plan de Dieu qu’il convient de chercher la raison et le sens de la Nativité du Christ dans la nuit de Bethléem.

Par la volonté du Père, le Verbe, incarné en Jésus Christ, vient se saisir de la Création pour l’amener à l’accomplissement de sa plénitude en Dieu, non pas elle seule, mais avec nous, à travers nous et en nous qui gémissons dans l’attente de notre rédemption. Mais alors la création et nous, frappés par le péché et la mort, entraînons le Rédempteur dans la nécessité de passer Lui-même par la mort sur la Croix, l’ensevelissement et la Résurrection. Après quoi, nous et la avec le Christ, à être élevés dans les Cieux à la droite du Père.

Dans ce plan prévu dès avant la création, dit saint Paul, "le Christ est déjà Fils Unique, premier-né de beaucoup de frères"(4) Dès avant la création le Père a destiné le Christ "à être le Chef de l’ensemble de la création et la plénitude du tout". (5) Ce n’est donc pas seulement en raison du péché et de la chute que Jésus s’est incarné en ce jour, mais bien pour récapituler en sa personne de Fils de Dieu et de Premier-né d’entre les morts l’ensemble de l’humanité et le cosmos en son entier.

Cette récapitulation s’accomplira pour que le Christ fasse entrer le monde et nous-mêmes dans la totalité de l’amour du Père et qu’il en reçoive la réciprocité. Cette récapitulation, dans ce que l’on appelle la périchorèse ainsi que l’on dit, est tout simplement la communion du Tout en tous. La certitude nous en est donnée avec la Nativité de Bethléem.

La venue au monde du Christ manifeste le mystère d’amour présent chez le Père de toute éternité. Il fallait qu’à Bethléem Jésus Christ, Premier- né de la création, devînt par sa naissance Premier-né d’entre les morts et, déjà, des ressuscités.

Dès Bethléem le Père voit par avance l’humanité et le monde entier renouvelés dans la gloire de son Fils.

Certes, le Père aurait pu limiter la création à celle de l’homme parfait en Jésus-Christ, comme personne humaine unie sans confusion à la Personne du Verbe au sein de la sainte Trinité.

En ce cas, il n’y aurait jamais eu de Nativité à Bethléem. Mais Il a voulu le salut de toute la création et que son fils en Jésus-Christ devienne le Chef d’une lignée indéfinie de ressuscités, dans un cosmos appelé, lui aussi, à un renouvellement total, tout simplement par amour, un amour illimité à la mesure de sa Divinité.

Le Père a voulu le Christ pour Lui-même. Mais c’est pour son Christ qu’Il a créé l’homme et l’univers. Aussi, par le Christ et en Lui, nous avons été et demeurons assurés de toute éternité de devenir participants de la vie divine, de la vie d’amour du Père.

"C’est pour cela qu’en ce Jour le Christ naît d’une Vierge,"chante l’Église. C’est pour cela qu’en ce Jour, comme à chaque Jour du Seigneur, les Anges, le monde et nous-mêmes, nous tous ici présents, sommes dans l’allégresse et l’action de grâce et chantons tous ensemble : "Gloire à Dieu au Plus-Haut des Cieux, paix sur terre et bienveillance aux hommes."

Amen.

Père René

Notes
1. Cf. successivement Lc 3,38 et Mc 1,1.
2. Cf. Ga 4,4.
3. Cf. Ga 4,6.
4. Cf. Rm 8,29.
5. Voir notamment Éph 1,10.