Père Boris BobrinskoyRetour à la page "Quoi de neuf sur le site de la Crypte"

Nativité de notre Seigneur Jésus-Christ

Épître aux Galates IV, 4-7 ; Évangile selon saint Matthieu II, 1-12

NativitéHomélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le  25 décembre 2007

Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit,

Dans l’épître que nous venons d’entendre aujourd’hui, saint Paul proclame avec une particulière solennité : « Lorsque vint la plénitude des temps Dieu envoya Son Fils, né d’une femme, né sous la Loi. »
"Plénitude des temps" signifie que dans l’histoire de l’humanité et du cosmos, dans toute l’histoire des mondes, il y a non seulement une origine, une direction, un chemin, une centralité, mais il y a aussi une plénitude.

L’origine est, bien sûr, la Création. Il ne s’agit pas de n’importe quel surgissement mais d’une création trinitaire car le Père a tout créé par le Fils dans la puissance du Saint Esprit. La direction se perçoit dès la chute avec cette prophétie « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité : celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon » . Puis, le chemin se dessine dans la préparation évangélique où les prophètes nous annoncent la venue du Messie. Enfin, saint Paul évoque la plénitude des temps , le pluriel de nos traductions rend bien compte que cela veut dire que rien ne peut être ajouté désormais. La plénitude coïncide avec la venue du Messie, sachant que celui qui vient n’est pas simplement un messie, c’est-à-dire un homme oint, mais le Fils unique de Dieu. Le Fils de Dieu assume notre nature humaine et, dorénavant, nous sommes dans cette plénitude des temps jusqu’à la fin.

Jusqu’à la fin, nous sommes dans le Christ. Nous sommes dans Sa venue. Contemporains du Christ, nous vivons Sa Nativité comme nous participons également à Sa mort et à Sa Résurrection. Avec la plénitude des temps, nous voici héritiers de la promesse et porteurs de Son Esprit Saint, par lequel nous avons la conscience d’être participant à Sa vie.

Tout ce que je viens de dire nous est connu, nous pouvons en parler mais ce qui importe est que nous puissions réellement assumer ces propos à la fois dans la vie de l’Église et à la fois dans notre existence personnelle. Cette plénitude des temps doit être assumée non seulement par l’Église qui est l’Épouse du Christ, le Corps du Christ et le Temple de l’Esprit mais encore par nous, dans notre propre existence, car chaque âme humaine est, elle aussi, temple de l’Esprit Saint et Corps du Christ que nous recevons dans la communion. Chaque être humain est ainsi créé à l’image du Christ qu’il porte en lui.

Dans l’Église nous sommes contemporains de cette Nativité du Christ et sommes émerveillés par tout ce que signifie un événement aussi extraordinaire. Extraordinaire parce que c’est ici le Fils de Dieu. Et cela veut dire que toute la puissance divine se fait humble, s’humilie, se rapetisse, s’abaisse. Dans Sa toute puissance, Dieu devient un être faible et dépendant des bras, des seins et de l’amour de Sa Mère.

Dans la Nativité, la Lumière divine, la Lumière incréée insoutenable aux créatures, pénètre dans notre existence et nous atteint dans nos ténèbres les plus profondes. Soudain illuminées, ces ténèbres sont vaincues par cette Lumière et se trouvent comme abrogées. Au-delà de la toute-puissance de Dieu, ce n’est pas seulement la sainteté de Dieu qui vient nous pénétrer pour nous embraser par le feu de l’Esprit, c’est aussi l’amour de Dieu qui nous inonde. Et je dirais que ce qui apparaît au premier plan est essentiellement l’amour, car en cet amour divin tout le reste est compris, tout le reste est récapitulé dans le mystère de l’amour de Dieu.

Mais quel amour ?
Les textes bibliques évoquent d’abord un amour compatissant et miséricordieux. C’est l’amour d’un Dieu dont les entrailles de miséricordes s’émeuvent de compassion, l’amour d’un Dieu qui participe à notre souffrance et qui envoie Son Fils unique pour nous. Dieu n’est ni indifférent ni insensible, Son cœur est attentif, tendre et vibrant, c’est un cœur d’amour infini qui saigne par cette blessure d’amour et par les blessures que nous lui portons constamment. Ainsi nous pouvons parler de l’amour de Dieu comme d’un amour compatissant qui participe à notre souffrance et qui porte nos peines et nos tristesses.

N’oublions pas que l’amour de Dieu est également un amour d’amitié. Le Seigneur le dit à Ses disciples peu de temps avant Sa Passion : "Je ne vous appelle plus Mes serviteurs, Je vous appelle Mes amis.  »,

Cet amour divin est encore, bien sûr, amour paternel parce que Jésus nous révèle le Nom et l’Amour du Père. Le Seigneur nous enseigne comment nous adresser à Dieu : « Quand vous priez, priez ainsi : "Notre Père…" » et dès lors entre Dieu et l’homme s’instaure ou plutôt se rétablit cette relation d’amour réciproque – filial et paternel – qui était compromise et brisée par le péché. Nous retrouvons la faculté non pas seulement de nous adresser à Dieu comme à notre Créateur ou au Tout puissant mais encore de nous adresser à Lui avec tendresse, en Lui disant "Abba ". En français nous pouvons traduire "Abba" tout simplement par le mot "Papa". Ne vous en offusquez pas et ne prenez pas cela pour de la désinvolture ou de l’insolence puisqu’en réalité c’est le Christ, Lui-même, qui nous introduit dans cette tendresse du Père. Par conséquent, nous prenons conscience que si nous parlons de Dieu comme Père c’est que nous sommes Ses enfants, Ses enfants bien-aimés à l’image du Christ sur Lequel se fait entendre la parole du Père « Celui-ci est Mon Fils bien-aimé  »

Et, je dirais que l’amour de Dieu est également un amour conjugal. Ne vous en étonnez pas, car la Bible, les Écritures et les Pères n’hésitent pas à parler de l’amour de Dieu comme d’un amour érotique, comme d’un Eros, c’est-à-dire d’une passion intense et réciproque entre Dieu et l’homme. Saint Paul nous parle de cet amour conjugal, en particulier dans l’épître aux Éphésiens et nous présente le mariage comme l’image de toute relation humaine à Dieu. En vérité, nous sommes unis à Dieu dans une alliance que nous pouvons appeler une alliance nuptiale. Alliance nuptiale d’abord entre Dieu et Son Église, puis alliance nuptiale entre Dieu et l’humanité appelée à devenir Église tout entière, car l’humanité tout entière a vocation à se transformer et se transfigurer en se laissant pénétrer par le feu de l’Esprit. Ainsi Dieu nous appelle, nous attire et nous invite à entrer non seulement dans le Royaume mais aussi dans la chambre nuptiale où le Seigneur nous accueille avec joie, tendresse et amour.

Ainsi toutes ces relations d’amour – amour de compassion, amour d’amitié, amour paternel et filial, amour nuptial – se conjuguent en une seule réalité : l’amour de Dieu. Tout ceci est résumé dans cette crèche et dans le mystère de la venue au monde de l’enfant divin. Aujourd’hui ; le Fils éternel de Dieu vient de naître, Il est couché dans la crèche et reçoit tout d’abord l’adoration et la louange des bergers, des pasteurs et des brebis dont nous sommes nous aussi. Puis Il recevra l’adoration, la louange et les dons des rois mages. Ces trois dons – l’or, l’encens et la myrrhe – sont des images de toute l’œuvre du Christ. L’or est, bien sûr, symbole de la royauté ; l’encens est celui du sacerdoce du Christ, de l’unique Grand Prêtre qui S’offre et qui est offert pour la vie du monde ; enfin, la myrrhe qui est ce dont sont embaumés les défunts, anticipe et rappelle que le chemin du Christ commencé dans la grotte de Bethlehem aboutira à une grotte près du Golgotha où, après avoir été mis à mort, Il sera mis au tombeau.

Ainsi tout le chemin du Christ est déjà contenu dans ce moment où l’ange vient annoncer aux bergers « Je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple, c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur "

Voilà mes amis quelques une des choses que je voulais vous dire. Je voudrais pouvoir dire infiniment plus mais maintenant je conclurai en vous encourageant à vivre simplement, humblement, silencieusement et joyeusement cette réalité de la venue du Seigneur qui vient et revient d’année en d’année, de jour en jour. Non seulement, le Seigneur naît dans la grotte et la crèche mais Il vient aussi dans nos propres cœurs pour y vivre et S’incarner.
Puissent notre corps, notre esprit, notre être tout entier être préparés, parés, ornés pour recevoir l’Enfant divin qui vient en nous comme un petit enfant faible et impuissant et qui grandira au point de prendre toute la place dans notre cœur.

Puissent nos propres cœurs se dilater, au risque d’éclater peut-être, pour accueillir et recevoir Celui qui est infiniment plus vaste que les cieux.

En cette grande fête, puissent la grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père qui a envoyé Son Fils unique, la communion du Saint Esprit dans lequel nous vivons cette illumination de la Nativité, être avec nous tous.
Amen.

Père Boris

Notes
[1] cf. Genèse III, 15.
[2] Voir aussi l’évangile selon saint Marc I, 15.
[3] cf. Évangile selon saint Jean XV, 15.
[4] cf. Épître aux Romains VIII, 15.
[5] Voir notamment l’évangile selon saint Matthieu III, 17 et XVII, 5.
[6] cf. Évangile selon saint Luc II, 10-11.

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