Site de la Crypte

seraphin

Homélie

Revenir à la page "Quoi de neuf sur le site de la Crypte"     → Recevoir nos mises à jour

Nativité de la Mère de Dieu

XIVe dimanche après la Pentecôte
Philippiens II, 5-11 ; évangile selon saint Luc X, 38-42, XI, 27-28

Homélie prononcée à la crypte par Père René le 9 septembre 2001

La Nativite de la Mere de DieuLa Fête de la Dormition de la Mère de Dieu a été comme le point d'orgue sur lequel s'est achevé le dernier cycle liturgique annuel. La Fête de la Nativité de la Mère de Dieu inaugure celui qui s'ouvre présentement. Il ne faut pas en conclure que notre histoire présente et spirituelle est la répétition indéfinie de cycles refermés sur eux-mêmes. Bien au contraire, l'histoire du peuple hébreu d'abord, la nôtre à la suite, se développent à partir de la Création pour aboutir à l'accomplissement de toutes choses au Jour du Seigneur, quand surviendront les fins dernières de ce monde et que s'ouvriront pour tous les portes du Royaume.

C'est ce développement linéaire et continu que l'Église rappelle d'année en année avec le cycle des Fêtes. Nous y vivons en raccourci le développement de notre devenir spirituel. Il n'y a en cela rien d'un retour indéfini et répétitif des mêmes évènements comme dans certaines croyances, au contraire, l'Église use seulement de chaque année pour nous faire revivre les étapes successives, passées et à venir, de notre salut déjà assuré mais encore non advenu.

Ce point bien précisé nous reprenons à son point de départ en ce mois de septembre le développement du mystère de notre salut qui a connu son extrême conclusion avec la célébration le 15 août de la Fête de la Dormition de la Mère de Dieu.

La Dormition a été pour la Mère de Dieu la consécration de sa gloire par son élévation au Ciel auprès de son Fils notre Sauveur. Mais pour nous-mêmes cela a été la révélation plénière de notre salut. À la Résurrection, Jésus a glorifié notre nature humaine. À l'Ascension Il l'a élevée au Ciel et l'a établie avec Lui au sein de la Sainte Trinité. Mais avec la Dormition de la Mère de Dieu, ce n'est plus seulement une nature humaine mais c'est une personne humaine, la personne même de la Mère de Dieu, qui pour la première fois est ressuscitée et a été établie dans la Gloire de la Sainte Trinité. La Mère de Dieu est la première personne humaine ressuscitée et élevée dans le Royaume.

Certes, Jésus a été et reste le premier-né d'entre les morts et des ressuscités, mais Il est une personne divine. Sa Mère, elle, est la première des personnes humaines à partager avec Lui le mystère de la Résurrection, de l'élévation en Gloire dans les Cieux et de la participation à la vie de la Sainte Trinité.

Or un tel destin débute avec sa Nativité et même bien avant. Anne et Joachim, dans la désolation de leur stérilité, suppliaient Dieu de les délivrer de leur opprobre. Cet appel comblé, ils décidèrent de vouer au Seigneur leur fille Marie. À cette enfant, Dieu devait réserver un destin unique, celui de devenir la future Mère de Dieu. C'est pourquoi, avec et dès la naissance de Marie s'origine dans le monde l'œuvre de rédemption du Seigneur. Aussi, dès sa Nativité, Marie est-elle célébrée comme la « Mère de Dieu », comme « le prélude de la joie universelle, les prémices de notre salut ». Dès sa naissance Marie est fêtée comme Mère de Dieu, comme celle en qui s'accomplira la conception miraculeuse et salvatrice de son Fils. D'ores et déjà, par sa naissance, Marie apporte au monde la promesse de notre salut. Mais d'ores et déjà également, Marie s'offre comme la parfaite servante du Seigneur, celle qui recevra à la Croix les douleurs de l'enfantement.

Dès sa venue au monde Marie est prête à s'engager dans les épreuves douloureuses de Celui qui sera son Fils. Il n'était possible à celle qui sera la personne humaine la plus proche de son Fils le Christ notre Dieu de ne pas prendre part aux souffrances ultimes de la Croix. L'Église célèbre Marie comme « le Paradis mystérieux » en qui s'est opéré la croissance du Christ, plus exactement d'un Christ venu S'incarner pour « planter sur terre l'arbre vivifiant de la Croix. »

Car ce dimanche où nous fêtons la Nativité de la Mère de Dieu est aussi celui qui précède le dimanche de l'Exaltation de la Sainte Croix. Le Christ qui n'avait aucun péché, Dieu l'a fait péché pour nous, nous dit saint Paul[1]. Pour prendre nos péchés, Il a été élevé sur le bois de la Croix. Du haut de la Croix Jésus pourra désormais attirer tous les hommes pour les offrir à Son Père. Encore faudra-t-il que tous - de même que les anciens Hébreux au désert ont dû regarder le serpent d'airain que Moïse avait élevé sur le bois d'un bâton - nous portions dans la foi notre regard vers le bois de la Croix, lieu de l'amour crucifié de Dieu pour nous en la personne du Christ, Fils de Dieu, fils de Marie.

Aussi sommes-nous à notre tour appelés, avec mais après la Mère de Dieu, à entrer nous aussi, à la mesure dont le Seigneur nous le demande, dans les souffrances de la Croix. Et à le faire, à l'accepter et à le supporter dans la simplicité et en vérité. Pour moi, dit saint Paul, à Dieu ne plaise que je me glorifie, sinon dans la Croix de notre Seigneur Jésus-Christ.[2]

Aujourd'hui nous célébrons la Mère de Dieu dans sa Nativité et dans une semaine nous glorifierons la Sainte Croix. Ainsi, dès l'entrée dans l'année liturgique, nous voici projetés au cœur du mystère de notre salut. En cette année nouvelle que Dieu nous donne à connaître, en cette année inaugurée par la Nativité de la Mère de Dieu et accomplie par le sacrifice de la Croix de son Fils notre Dieu, attachons-nous à vivre de cœur et en esprit, dans le comble de la joie et la plénitude de l'action de grâce, la promesse de notre salut. Amen.

Père René

[1] Voir 2-Corinthiens V, 21
[2] Voir Galates VI, 14.

Analyse d'audience