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Homélie

Revenir à la page "Quoi de neuf sur le site de la Crypte"     → Recevoir nos mises à jourPère Boris Bobrinskoÿ

Nativité de la Très-Sainte Mère de Dieu et toujours Vierge Marie

XIVe dimanche après la Pentecôte
Philippiens II, 5-11 ; évangile selon saint Luc X, 38-42, XI, 27-28

Homélie prononcée à la crypte par Père Boris le 6 septembre 2009

La Nativite de la Mere de DieuAu Nom du Père et Fils et du Saint Esprit,

Mes chers frères et sœurs, chers amis, nous célébrons aujourd’hui la première grande fête de l’année liturgique, la naissance de la Vierge Marie, la Nativité de la Mère de Dieu. Il y a à peine quelques semaines nous avons célébré son départ vers le Ciel, son Assomption, sa Dormition comme nous le disons chez nous. Et ainsi nous avons clos l’année liturgique.

Dans l’Église Orthodoxe, le 1er septembre est le premier jour de l’année liturgique et non pas le 1er janvier, et par conséquent ce nouveau cycle liturgique nous le commençons avec la fête de la Mère de Dieu. On peut dire que, de sa Nativité à sa Dormition, la présence de Marie enveloppe toute l’année liturgique.

En effet, les événements du Salut sont entièrement accompagnés de la présence de la Mère de Dieu. Ainsi, les épisodes de la vie de la Vierge Marie manifestent et dévoilent le plan du Salut. Tout d’abord nous commençons par sa naissance, puis nous assisterons à son entrée dans le Temple, ensuite ce sera l’Annonciation – "l’Annonce faite à Marie" comme on dit – et peu après la Nativité de Jésus. Ensuite la vie de Marie suivra la succession des événements de la vie du Seigneur car nous voyons que dans tous les événements de la vie du Seigneur – sans exception, on peut le dire – la Mère de Dieu est présente.

À la Nativité et à la Présentation au Temple, Marie est, bien sûr, présente, mais encore certainement au baptême et à la Transfiguration comme le chante le tropaire :  "par les prières de la Mère de Dieu" ; ensuite tout au long de la Passion, elle est là jusqu’au pied de la Croix ainsi que lors de la Résurrection car, dans la Tradition de l’Église, la Mère de Dieu fut la première à entendre la nouvelle de la Résurrection. Nous le chantons à Pâques : "L’ange chanta à la Pleine de Grâce, "ô Vierge Pure, réjouis-toi ! Je te redis : Réjouis-toi ! Ton Fils est ressuscité du tombeau le troisième jour."" où précisément le "de nouveau je te le dis réjouis-toi" est une allusion et un rappel de la première fois où le "réjouis-toi" fut dit par l’archange Gabriel à la Vierge Marie, à Nazareth. Ensuite, la Mère de Dieu est présente à l’Ascension du Sauveur où, dans toutes les icônes, la Mère de Dieu est entourée des apôtres et, enfin, à la Pentecôte également puisque, selon l’évangéliste Luc, la Mère de Dieu était là avec les disciples. Après le départ de Jésus puis la Pentecôte, la Mère de Dieu accompagnera encore l’Église naissante en demeurant auprès des disciples jusqu’au moment où le Seigneur l’appellera et viendra Lui-même prendre son âme et l’élever au Ciel où elle demeure depuis dans la gloire de Dieu.

Aujourd’hui, nous en sommes au premier instant, au premier stade, au premier acte, voici la naissance toute simple d’une enfant de Judée née de parents Juifs, Joachim et Anne. Toutefois, ils sont tous les deux stériles et désormais âgés ; par conséquent cette naissance toute simple est en réalité un don de Dieu car c’est véritablement un miracle dépassant tout entendement humain, si Anne a pu enfanter et mettre au monde cette enfant qu’elle appelle du nom de Marie, Mariam.

Dans une famille juive profondément croyante, cette naissance fut évidemment une très grande joie. Néanmoins nous pouvons dire que cette naissance s’est accomplie aussi dans un certain silence. Un certain silence entoure cette naissance miraculeuse parce qu’au-delà de l’événement concret de cette naissance le monde ignore qu’elle est la réponse divine à un vœu des parents. Le monde ignore encore que cette enfant qui naît est déjà l’accomplissement du vœu de Joachim et Anne de voir consacré leur enfant au Seigneur. Le monde ignore que cette naissance relève du plan de Dieu et de la Providence divine. Et le Seigneur agréera cette consécration, Il l’acceptera et par conséquent Marie porte, on peut le dire, dès sa naissance ce sceau, ce signe, cette marque de consécration profonde au Seigneur. Marie grandira, subtilement imprégnée de cette consécration comme d’ailleurs le souligne une tradition. Selon celle-ci, Marie apprit à lire dans les Saintes Écritures – à cette époque-là, les Écritures désignent l’Ancien Testament, c’est-à-dire Moïse et les Prophètes – et quand elle lut cette parole du prophète Isaïe que nous retrouvons aussi dans l’Évangile "voici que la vierge enfantera et mettre au monde un fils et on lui donnera le nom d’Emmanuel" alors Marie s’est écrié "Ah mon Dieu ! Combien je voudrais être seulement la servante de celle qui mettra au monde cet enfant, le Messie !"

Eh bien il lui fut donné d’être la servante du Seigneur mais plus que cela encore : la Mère du Messie. Mais n’anticipons pas, nous n’en sommes pas là aujourd’hui. Ce qui s’accomplit aujourd’hui a lieu dans un certain silence intérieur, parce que les choses, comme le disent saint Ignace et les Pères de l’Église, les choses les plus importantes s’accomplissent dans le silence.

C’est même dans le silence du Père que le Père engendre éternellement son Fils. Ce silence est, par conséquent, une qualité essentielle de notre vie. Si Marie, comme nous le savons et le chantons, a vécu sa jeunesse et son adolescence dans le silence, l’adoration et la prière perpétuelle, et ce, jusqu’au moment où lui apparut l’archange Gabriel, alors, à sa suite, nous devons, nous aussi, entrer dans ce même silence, le silence de celle qui grandira pour être digne de recevoir dans son sein le Verbe éternel, le Fils du Père.

Entrer dans ce même silence signifie que, à l’image de la Mère de Dieu, il nous faut essayer de faire croître dans l’espace de notre cœur une qualité de silence, non pas un silence de vide mais un silence spirituel qui est un silence de très grande plénitude.

Quand nous vivons ce silence, alors le Seigneur s’approche et vient habiter en nous au point que, comme le disent les Pères, nous vivons à l’image de la Mère de Dieu cette maternité – ou cette paternité car en Dieu il n’y a pas de sexe – par laquelle Jésus petit enfant descend dans notre cœur, y vit comme un enfant pour grandir peu à peu jusqu’à occuper toute la place de notre cœur et de notre vie.

Aujourd’hui, à l’insu de tous, dans le silence et la simplicité se vit un premier acte du plan divin. Ainsi tout commence par la venue au monde de celle qui est cachée encore dans le mystère de Dieu.

Le plan divin se révélera plus tard, à Nazareth, par l’archange Gabriel à Marie. Pour le moment, ne brûlons pas les étapes et ne nous impatientons pas, mais, au contraire, vivons simplement le mystère et rendons grâce au Seigneur pour cette venue de Marie dans le monde. Profitons de ce temps de silence et d’attente pour demander que Marie couvre de son voile protecteur – de son Pokrov – toute notre Église et qu’elle couvre, on peut le dire, de son amour maternel, chacun de nous dans notre existence entière. Telle est la promesse que nous annonce cette fête d’aujourd’hui. La Nativité de la Mère de Dieu est véritablement la promesse que Marie, qui n’est encore qu’un tout petit bébé, un tout petit enfant, grandira pour occuper toute la place dans notre Église, dans notre monde créé, dans notre vie et dans notre cœur,

Amen.

Père Boris

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