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Homélie

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Nativité de notre Seigneur Jésus-ChristPère Boris Bobrinskoy

Épître aux Galates IV, 4-7 ; évangile selon saint Matthieu II, 1-12

NativitéHomélie prononcée à la Crypte par le Père Boris le 25 décembre 1997


Au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Je rappelais hier soir pendant les vigiles que la nuit de Noël est la nuit la plus longue de l'année. Aujourd'hui je voudrais méditer sur le fait que Noël est le jour le plus court de l'année. Cette correspondance mystérieuse est voulue par l'Église pour nous faire comprendre que le cycle naturel de l'année a un sens dans lequel se découvre le mystère de Dieu.

Le jour le plus court de l'année, cela signifie que Dieu est devenu tout petit, le plus petit possible. Jésus, ce petit enfant né d'une femme et neuf mois caché dans le sein maternel, apparaît dans cette théophanie qu'est la Nativité dans toute Sa faiblesse, dans toute Sa pureté, dans toute Son innocence et dans toute Son impuissance. Car Dieu a voulu déposer sa puissance, déposer sa gloire pour ne plus être qu'un enfant, un parmi les mortels, Lui l'Immortel de nature.

Ainsi vivons-nous, d'année en année, ce mystère de la mise au monde de Dieu, cette descente qu'on appelle en théologie la " kénose", selon le mot de saint Paul, et qui signifie abaissement, humiliation. Dieu est devenu homme en assumant toute notre humanité, en l'assumant jusqu'au bout, totalement, sauf le péché. Il l'assume par obéissance. Saint

Paul cite un verset de psaume dans l'Épître aux Hébreux : " Entrant dans le monde, le Christ dit : 'tu n'as voulu ni sacrifice ni holocauste, mais tu m'as façonné un corps. Alors j'ai dit : me voici, je viens pour faire ta volonté'"[1]. Cette volonté du Père est une volonté d'amour, volonté de salut, volonté de vie pour le monde, car Dieu ne peut pas souffrir de voir sa créature s'en aller à la dérive, à la destruction dans les ténèbres lointaines.

Alors Dieu descend, Lui-même, de Son immensité, de Sa transcendance, de Sa béatitude éternelle pour entrer dans nos ténèbres, dans nos enfers, pour découvrir dans les enfers de nos cœurs Son image cachée. C'est pour rendre à la lumière cette image cachée de Dieu en nous que le Fils de Dieu devient petit enfant, devient le Fils de l'Homme.

Saint Athanase le dit ainsi : " Dieu est devenu homme pour que l'homme devienne dieu". C'est la grande tradition de l'Église, depuis saint Irénée, depuis saint Paul, depuis saint Jean, depuis Jésus. Car nous voyons que Jésus prie son Père pour que nous partagions Sa gloire : " Je veux, Père, que ceux que tu m'as donnés contemplent la gloire que tu m'as donnée"[2]. Cette gloire, c'est la plénitude de la vie divine ; cette gloire, c'est la présence de l'Esprit Saint ; cette gloire, c'est ce parfum, cette beauté de l'Esprit qui est en nous et qui œuvre en nous, en puissance, en grâce, en sagesse, en vie, en amour.

Tous ces dons de l'Esprit sont contenus dans ce petit enfant qui grandira et les communiquera aux hommes, car Il est là pour cela : " Je suis venu jeter le feu sur la terre et combien je désire que ce feu s'embrase   !"[3] Le but ultime de ce devenir enfant de Dieu, c'est de nous communiquer l'Esprit Saint. Quant l'Esprit Saint nous est communiqué, Il nous fait grandir, Il fait de nous des enfants, mais aussi des pères et des mères. Il nous fait engendrer en nous le Fils éternel. Alors notre cœur et notre corps deviennent un écrin, un vase sacré, une chambre nuptiale où se forme le Fils comme il fut formé dans Marie.

La naissance du Seigneur est, bien sûr, la fête de la Vierge Marie, de " celle qui a enfanté Dieu", la Theotokos[4]. À la suite des conciles œcuméniques, dans son enseignement, dans sa confession de foi, l'Église affirme contre toute rationalité humaine que Marie n'est pas seulement la mère de l'homme Jésus, mais également la Mère de Dieu, la Mère de Celui qui, prenant chair en elle, demeure Dieu et ne quitte pas le sein du Père. Comme nous le chantons au début de la sainte Liturgie, " l'Un de la Sainte Trinité devient un homme" parmi les hommes, sans cesser d'être l'Un de la Trinité, mais en se défaisant de Sa gloire, de Sa grandeur et de Sa puissance. Jusqu'à Sa Résurrection Il veut rester caché, de telle manière que nous ne pouvons Le reconnaître que par le don du Père. " Béni es-tu, Simon, fils de Jonas, parce que ce n'est pas la chair ni le sang, mais le Père céleste qui t'a révélé cela"[5], déclare Jésus à Pierre. Et saint Paul commentera : " Nul ne peut appeler Jésus Seigneur, si ce n'est dans l'Esprit Saint."[6]

Telle est la grande grâce de l'enfantement du Seigneur dans la crèche par Marie. Cet enfantement de Dieu dans le monde est l'accomplissement de la parole du Seigneur dans l'évangile de Jean : " Si le grain de blé jeté à terre ne meurt, il demeure seul. Mais s'il meurt, il porte un fruit nombreux."[7] Il fallait donc que le grain de blé céleste, que le pain venant du ciel entre dans notre existence, dans notre consistance, dans notre temporalité et notre espace. Il reste d'abord neuf mois caché dans le sein de Marie comme le grain de blé caché dans la terre et puis il apparaît, il grandit et il produit un fruit nombreux. Nous sommes nous-mêmes et tous les saints dans l'Église depuis le commencement, depuis Adam et Ève et jusqu'à la fin des temps, le fruit nombreux du Seigneur. Mais ce fruit nombreux est appelé à se multiplier encore pour embrasser la terre entière. Puissions-nous être en vérité ce fruit nombreux mais puissions-nous être aussi ce grain qui meurt dans la terre du monde pour que le monde entier découvre le mystère de Dieu et adore, avec les mages et les bergers, le Seigneur Jésus, notre Roi et notre Dieu.

Amen.

Père Boris

[1] cf. Psaume XL, 7-9, Hébreux X, 5-8.
[2] Jean XVII, 24.
[3] Luc XII, 49.
[4] En français, la traduction littérale du terme grec " Theotokos", " Celle qui a enfanté Dieu" est Déipare.
[5] Matthieu XVI, 17
[6] 1-Corinthiens XII, 3.
[7] Jean XII, 24.

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