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Sur la théologie de saint Grégoire Palamas

Cathédrale de Thessalonique

Les saintes reliques de saint Grégoire Palamas reposent en la cathédrale de Thessalonique
source :
http://stmaterne.blogspot.com/2008/03/quest-ce-que-la-grce-dimanche-de-saint.html
traduction de :
http://raphael.doxos.com/comments.php?id=3635_0_1_0_C

Grâce / Sotériologie et saint Grégoire Palamas

De: Huw Raphael | 2006.07.26:2125 (@142)
http://raphael.doxos.com/comments.php?id=3635_0_1_0_C
J'ai reçu le courriel suivant de mon ami le p. Nicholas, qui m'a autorisé à le republier : ---

S'il vous plaît, prenez conscience que j'essaie ici d'expliquer plusieurs siècles de théologie et de n'égarer personne.

Pour le dire simplement, saint Grégoire et ses enseignements font maintenant partie de ce qu'est être Orthodoxe. Ils ne sont en rien optionnels. Ayant dit cela, je dois confesser qu'il resta pour moi juste un saint mentionné le 2ème dimanche du Grand Carême, jusqu'à ce que je me retrouve dans le monastère portant son nom et que j'y vive 13 ans.

Palamas n'était PAS un scolastique.. en fait, tout le problème fut son opposition à toute la méthode médiévale occidentale scolastique de "faire" de la théologie, basée sur la métaphysique aristotélicienne (catégories) qui avait été synthétisée par Thomas d'Aquin. L'enseignement de saint Grégoire est très étroitement associée au concept de déification (theosis), un autre concept qui fut (et est toujours) difficile à comprendre pour la théologie occidentale contemporaine (quoique ce ne fut pas le cas pour l'ère patristique occidentale). Bien que Thomas enseignait qu'il y avait une sorte de connaissance "infuse" (par le Saint Esprit), bien plus fiable et dès lors préférable est la connaissance "matérielle" acquise par l'utilisation de la raison humaine, faisant appel aux catégories aristotéliciennes de pensée telles que la distinction entre substance/caractéristique physique. Ceux d'entre nous qui ont vécu un certain nombre d'années dans le catholicisme-romain se souviendront que la "transsubstantiation" était définie comme un changement dans la "substance" du pain et du vin qui devenait le vrai Corps et Sang du Christ, alors que seules les caractéristiques physiques restent, à savoir l'apparence de pain et de vin.

Le combat que saint Augustin d'Hippone a mené contre le pélagianisme a laissé plaie béante ouverte influençant la théologie mystique occidentale postérieure et la majeure partie de l'expérience des mystiques et moines de l'Église antique finirent par être regardé avec réserve et même suspicion.. même de nos jours, vous trouverez des auteurs qui classent des saints tels que saint Benoît de Nursie, saint Léon le Grand (pape de Rome) et saint Grégoire le Grand (pape de Rome) comme "semi pélagiens"... une opposition inconsidérée à la déification, l'hésychasme et la distinction entre essence et énergie par la plupart des gens qui sont imprégnés de l'anthropologie catholique-romaine ou protestante du bas Moyen-Âge et des débuts de l'ère moderne. C'est véritablement une manière différente de comprendre l'humanité en son noyau. Ce fut le pivot de mon propre parcours vers l'Orthodoxie.

En tout cas, l'idée centrale de l'enseignement de saint Grégoire, c'est que Dieu EST directement connaissable, en contradiction avec les scolastiques qui enseignaient que Créateur et créature sont éternellement séparés et ne savent communiquer qu'à travers quelque sorte de médiation.. La dispute principale éclata lorsque Barlaam de Calabre, un moine Grec d'Italie formé à la scolastique, se moqua des "Latins" qui tentaient de "connaître Dieu" par l'utilisation de la raison humaine, car disait-il, c'était "impossible à réaliser." Il se moqua aussi d'un groupe de moines Grecs qui pratiquaient l'antique tradition de l'hésychasme (silence et paix intérieure), qui disaient contempler la "lumière de Dieu." Il les taxa de "contemplateur de leurs nombrils" (omphaloscopoi) et les classa parmi les hérétiques messaliens. (Les messaliens enseignaient que les sacrements sont essentiellement inefficaces, mais que par la prière dans l'église, les démons sont exorcisés et que l'ont pouvait expérimenter le Saint Esprit en eux à travers l'expression corporelle). Barlaam était la coqueluche du courant anti-occidental dans l'intelligentsia grecque, et il avait les faveurs de la court impériale et du patriarche Akyndinos à Constantinople.

Saint Grégoire était un des plus cultivés parmi les hommes de son époque, ayant été élevé à la court et eu le même tuteur que les enfants impériaux, Theodore Metochites; il était considéré comme le plus érudit de son temps. Lorsque Barlaam commença à écrire, Grégoire était devenu moine au Mont Athos. Les enseignements de Barlaam le laissèrent perplexe, et il commença à correspondre avec lui, demandant des éclaircissements. Ca dégénéra en une guerre de théologies, et pour cela, saint Grégoire fut traîné devant le patriarche et la court impériale et condamné. Mais tout l'Athos le soutint, de même que nombre de laïcs cultivés. Un concile réuni ultérieurement reconnu ses écrits et déclara qu'ils faisaient autorité, condamnant Barlaam. Ce concile fut accepté par toutes les autres Églises Orthodoxes et devint dès lors normatif. Il influença grandement l'iconographie de saint André Roubleev et saint Théophane le Grec.

Dans ses écrits, saint Grégoire commença à explorer à la fois les Écritures et l'expérience de ce qui est appelé "Prière du coeur." Cette spiritualité n'était en rien nouvelle, ayant été pratiquée sous diverses formes depuis saint Maxime le Confesseur, saint Nil le Sinaïte et d'autres Pères qui seront par la suite repris dans la Philocalie, et avant eux dans nombre de traditions de prière monastique orale égyptiennes et palestiniennes. Le corps humain était important, et certains moines utilisaient des positions corporelles afin d'aider à la concentration dans la prière privée, agenouillés et la tête courbée, respirant lentement – d'où le quolibet dont Barlaam les avait affublés.

Saint Grégoire sentit que "connaître Dieu" était une partie du coeur même de l'anthropologie humaine. La distinction qu'il faisait entre "essence" et "énergies" de Dieu n'avait rien à voir avec les "catégories" dans la manière scolastique, mais était une manière d'expliquer que Dieu reste Dieu et "au delà" de l'expérience et du raisonnement humains, et cependant, à travers l'Incarnation, est capable de communion réelle et vraiment directement avec l'humanité. Il utilisa l'exemple suivant : regarder directement vers le soleil (essence) causera l'aveuglement, mais sans la lumière solaire (énergies) (qui est le soleil en action), toute vie cesserait. Cela tourne autour de la compréhension de ce que signifie la "grâce." Pour la théologie latine médiévale, la "grâce" était une "chose" (res) crée par Dieu et accordée à l'humain à travers le baptême et les sacrements. Pour la théologie patristique tant de l'Orient que de l'Occident, et pour saint Grégoire, la "Grâce" est "incréée." Ce n'est pas une "chose" mais en fait une extension directe de Dieu Lui-même, et elle est occasionnellement manifestée physiquement par la lumière (comme dans la Transfiguration ou à la Résurrection, ou dans l'Ancien Testament, la Shekinah – gloire dans le Tabernacle, ou l'effet sur la face de Moïse lorsqu'il eut "contemplé la face arrière de Dieu.") Les Pères la virent comme la présence littérale de Dieu qui transforme la Création. Et saint Grégoire enseigna que cette interaction directe avec Dieu n'était pas un fait spécial ou rare et confiné à quelque personnes dans l'histoire, mais que c'était ouvert à tout Chrétien baptisé.

Comme je l'ai dit, ce n'est pas un problème entre Orient et Occident, mais un problème de scolastique médiévale latine contre la compréhension antique occidentale et continuelle orientale. L'on pourrait affirmer que le changement en Occident était survenu à l'époque de Bernard de Clairvaux, qui est toujours discuté dans les livres d'histoire comme étant un moine frénétique et étroit d'esprit, qui s'opposait à la "raison humaine" et le persécuteur des bien-aimés Abelard et Héloïse. En fait, il s'opposait au changement de modèle (paradigme) de l'antique tradition patristique qui estimait impossible de voir l'homme comme vraiment homme si vu à part de Dieu, vers le concept ultérieur qui se déploiera en toute puissance à la Renaissance, qui voudra voir "l'homme" séparément de Dieu avec la spiritualité optionnellement ajoutée après coup. Pour l'antique monde Chrétien, il n'existait rien de tel que cet "homme naturel" avec une "couche de grâce sanctifiante" qu'il aurait subséquemment soit entièrement perdue (protestants), soit temporairement (catholiques-romains) lors de la Chute.

L'essentiel de tout cela, c'est que saint Grégoire a établit une "clarification" dans la dispute, qui sera utilisée pour comprendre ce qu'est la voie "Orthodoxe." Il cita et appliqua en fait les enseignements de saint Basile le Grand. Et après que ses enseignements aient été acceptés par l'Église comme faisant autorité, ils se fondirent tout simplement dans le paysage théologique. Comme la réintégration des Icônes dans la vie de l'Église après l'iconoclasme ou la théologie des Pères Cappadociens.

Contrairement à la théologie catholique-romaine (et son droit canon), la théologie Orthodoxe n'est pas prophylactique, c-à-d qu'elle n'établit pas des définitions tentant d'anticiper de futurs problèmes, et puis suit ces définitions. C'est plutôt comme un "centre d'intervention pour catastrophes," une fois qu'une discussion dégénère en controverse ayant un impact négatif sur les fidèles. La controverse, permise par Dieu, devient un moyen de clarification lorsqu'une erreur (ou peut-être qu'une meilleure description pourrait être un "malentendu") ou confusion surgit à propos de ce qu'est la Foi. C'est basé sur les faits, les clarifications dogmatiques le sont sur ce qui pose quelque problème. Ce n'est pas une définition "nette." Intentionnellement, cela n'intervient que sur là où il y a des problèmes perturbants. Ce que les catholiques-romains appellent "magesterium" (magistère) n'arrive que dans les controverses. En fait, le "code" de droit canon, même occidental, n'a été réalisé sous sa forme présente qu'au début du 20ème siècle. Jusqu'alors, il était comme c'est le cas pour nous, non pas un livre de règles, mais une collection d'éclaircissements sur la Foi et de précédents, principalement afin de guider les évêques à discerner comment diriger l'Église. Les enseignements de saint Grégoire tels qu'approuvés par le Concile de Constantinople sont entrés dans cette vaste collection de décrets, règles et lois (Canons).

Je me souviens d'un ami qui était prêtre catholique-romain et qui cherchait (en vain) quelque chose ressemblant à "l'instruction sur la sainte liturgie" qui préface le missel romain. Il n'y en a pas. Chaque prêtre apprend d'un autre "comment accomplir" la Liturgie. Les paroles sont les mêmes, mais le vaste corpus d'action liturgique n'a pas de véritable manuel de "savoir faire." Et cependant, chacun d'entre nous, "Grecs," "Russes,", etc, tenons le linge de communion, nous tournons dans la même direction, encensons, etc, virtuellement de la même manière. Cela laissa mon ami pantois. Et il est extraordinaire que le rituel de tout ce monde de l'Église que nous tenons tous pour acquis nous est transmis de la sorte. Cela explique certaines des différences d'un endroit à l'autre, qui semble être source de confusion (voire de scandale) pour les nouveaux convertis. Mais cela montre aussi à quel point c'est bien vivant.

C'est pour cela que non, nul ne pourrait écarter la théologie palamite, pas plus qu'on ne saurait le faire pour la vénération des Icônes, ou le titre de "Théotokos." C'est devenu une part du tissus de la compréhension que l'Église a de la Voie Orthodoxe.

Saint Grégoire Palamas ne fut pas seulement un moine, mais devint archevêque de Thessalonique et thaumaturge. Et l'hésychasme est fondamental pour les pratiques populaires de la prière et même de l'iconographie. Les "grands mots" tels que "déification," "synergie," et même "incarnation," sont comme "hésychasme," inconnus de la plupart des grands-mères Orthodoxes, cependant elles vivent malgré tout au sein de la spiritualité formés par eux. L'affligeant schisme interne qui a eu lieu dans l'Église de Russie au 17ème siècle avait son coeur partagé entre ritualistes et hésychastes, jusqu'alors combinés. Saint Nil Sorsky et tout le parti des non-possesseurs perdit la faveur royale et partit, non pas exactement au loin, mais vers l'existence cachée. S. Joseph de Volokolomsk fut préféré, et sa théologie de la "3ème Rome" couplée avec une grandiose liturgie se transforma pour finir en Vieux Croyants après Pierre le Grand.

Le bouleversement causé par les Turcs infligea aussi des dégâts et même l'Athos avait quasiment oublié cette profonde forme de prière, lorsqu'au 18ème siècle, saint Nicodème l'Hagiorite, et saint Macaire de Corinthe, "déterrèrent" les livres patristiques et les traduisirent en grec moderne, de sorte que les gens puissent les comprendre. Saint Païssios Velichkovsky, un moine Ukrainien, passa du temps sur l'Athos, apprit le grec, collationna des livres, et ensuite partit pour la Moldavie où il traduisit ces même livres en Slavon, ce qui leur permit de trouver le chemin de la Russie. C'est ce qui amena à la floraison spirituelle dont saint Séraphim de Sarov est l'exemple le plus célèbre. Le "Récit du Pèlerin Russe" est une forme populaire de prière hésychaste de base.

Vous trouverez probablement plus que vous ne voulez en savoir à propos de saint Grégoire et de ses enseignements sur (en anglais) :

http://www.monachos.net/patristics/palamas_theology.shtml

Espérant vous avoir été de quelque secours,
p. Nicholas