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Homélie

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Dimanche de saint Grégoire Palamas

Homélie prononcée le 27 mars 2005, à la Crypte, par le père André

Second dimanche de carême
Dimanche de saint Grégoire Palamas.

Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.

Aujourd’hui, nous commémorons saint Grégoire Palamas.

Les deux premiers dimanches de Carême, l’Église ponctue notre effort de purification en mettant l’accent sur l’intégrité de la foi. Dimanche dernier, il s’agissait de la proclamation de la foi orthodoxe, telle qu’elle est formulée de manière définitive depuis le VIIIe siècle, de la foi des sept Conciles Œcuméniques, en particulier de la réalité de la nature humaine assumée par la Personne divine du Christ. Cela concerne aussi notre salut, car la réalité du salut est inséparable de la vérité de la foi. Les pères ont l’habitude de dire que ce qui n’est pas assumé n’est pas sauvé.

Aujourd’hui, le deuxième dimanche complète cette affirmation de la foi par les précisions apportées au XIVe siècle, et qui ont une valeur permanente pour notre vie spirituelle. C’est à Grégoire Palamas qu’il a été donné d’exprimer, en termes clairs, la foi de l’Église à un moment où elle était menacée par la confusion avec la pensée humaniste de la Renaissance, soutenue par Barlaam.

Je ne vais pas parler ici de la tradition hésychaste, ni de la doctrine des énergies incréées. Je voudrais seulement retenir avec vous quelques arguments de Grégoire Palamas concernant l’articulation de la nature et de la Grâce. (Dans ce mot nature, il faut entendre la nature créée, notre nature humaine avec toutes ses facultés, ce que nous sommes en tant qu’êtres créés.)

Ces précisions du XIVe siècle gardent toute leur actualité en notre temps qui ignore la grâce de Dieu et qui met sa foi dans les capacités naturelles de l’homme, dans notre société où il faut être performant, avec un culte excessif du corps (être bien dans son corps…) et une absolutisation de la raison depuis le siècle des lumières.

Or les moyens naturels et nos propres capacités sont insuffisants pour nous assurer le salut. « Porte-nous secours dans la tribulation, car le salut qui vient de l’homme est vanité » dit un psaume. La nature créée a besoin de la grâce pour s’accomplir, pour se dépasser et devenir conforme à sa vocation qui est de participer à la nature divine.

Lorsque le Christ guérit le paralytique, dans l’Évangile que nous venons d’entendre, Il ne se contente pas de la guérison physique, Il lui pardonne les péchés, Il le restaure dans son intégrité et dans sa vocation à la sainteté. La maladie du paralytique est un symbole de notre paralysie spirituelle. La paralysie spirituelle, n’est-ce pas d’être privé de la grâce ?

Et comment comprendre le commandement : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Soyez saints car Je suis saint. »  ? La nature humaine n’a pas sa perfection en elle-même, mais dans la communion avec Dieu, qui seul est Saint. La perfection, c’est lorsque la nature a revêtu la grâce de Dieu.  « Vous êtes le Temple de Dieu, votre corps est le Temple de l’Esprit Saint » dit l’Apôtre Paul.   « Le but de la vie chrétienne est l’acquisition du Saint Esprit » dit saint Séraphim de Sarov. Ignorer cela, rester dans l’autonomie d’une nature refermée sur elle-même, coupée de Dieu, c’est déjà le péché.

À la base, Grégoire distingue nettement entre don de nature et don de grâce. Par exemple la faculté de connaissance qui, « même si on en fait bon emploi, est un don de nature et non de grâce, que Dieu accorde à tous sans exception et que l’on peut développer par l’exercice. Le fait qu'il n'échoit à personne sans effort et sans exercice est une preuve évidente qu'il s'agit d’un don naturel et non spirituel. »

À cela s’ajoute une complication : le péché qui pervertit nos facultés naturelles. « Aucune chose mauvaise n’est mau­vaise en tant qu’elle est, mais en tant qu’elle s’est écartée de l'action qui lui est propre et de la fin qui lui est assignée. »

Ainsi, la santé rendue au paralytique n’est une bonne chose que si elle est utilisée pour faire le bien, pour glorifier Dieu par sa vie. Si nous demandons la santé pour continuer à vivre dans le désordre ou pour mieux satisfaire nos convoitises, ce n’est plus une bonne chose.

C’est pourquoi il y a une purification et des renoncements nécessaires. Et Grégoire met à juste titre ces renoncements en relation avec la foi, l’espérance de la grâce divine et l’humilité. Voici un passage qui me semble tout à fait approprié pour ce temps de Carême : « Celui qui ne croit pas à ce grand mystère de la grâce nouvelle, celui qui ignore l'espérance de la déification, ne peut mépriser les plaisirs de la chair, l'argent, la richesse et la gloire humaine. Et s'il le peut pour un bref moment, c'est l'orgueil d'avoir déjà atteint la perfection qui prend place en lui et il retombe dans la catégorie des impurs. Celui qui désire cette espérance, même s'il a accompli toutes les bonnes actions, recherche la perfection plus que parfaite et infinie : il ne considère pas qu'il ait acquis quoi que ce soit et progresse ainsi dans l'humilité ; il pleure et s'écrie comme Isaïe : Malheur à moi  ! Je suis impur, j'ai des lèvres impures et j'ai vu de mes yeux le Seigneur Sabaoth. Mais ces larmes font progresser dans la purification et le Seigneur de la grâce y ajoute la consolation et l'illumination. »

Par ailleurs, cette purification n’a rien à voir avec une mortification. Pour Grégoire Palamas, « seules les passions mauvaises doivent mourir. » En effet, lorsque l'Apôtre dit : Faites mourir les membres qui sont sur la terre, il parle de l'impudicité, de l'impureté, de la cupidité et autres mauvaises passions.

Ni le corps, ni même la partie passionnée de l’âme, comme la puissance de désir et la combativité, ne sont à rejeter : « L'impassibilité ne consiste pas à faire mourir la partie passionnée de l’âme, mais à la transférer du mal vers le bien, à la diriger vers les choses divines. Car c'est le mauvais usage des puissances de l'âme qui engendre les passions. Mais si l'on s'en sert convenablement, on les fera agir en conformité avec le but que Dieu leur a proposé en les créant : avec l’appétit concupiscible, on embrassera la charité ; avec l'appétit irascible, on assumera la persévérance. » « Il faut donc offrir à Dieu la partie passionnée de l’âme, vivante et agissante, afin qu’elle soit un sacrifice vivant, de même que nos corps, comme l’a dit l’Apôtre : Je vous exhorte, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu.  »

C’est tout notre être qui a besoin de Dieu : « Mon âme a soif de Toi, ma chair Te désire… » dit encore un psaume.

C’est aussi de tout notre être qu’il faut prier pour demander l’Esprit Saint. Grégoire cite ces paroles de l’Apôtre Paul : Priez en tout temps dans l'Esprit, ainsi que du Seigneur : Dieu ne refusera pas l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent, ou encore de la prophétesse Anne :  Dieu donne la prière à celui qui prie. Et il ajoute : « Appliquons-nous à la prière continue, par nos actions, nos paroles et nos pensées, jusqu'à ce que nous recevions le don. »

Alors, lorsqu’elle « reçoit les dons de l’Esprit », notre nature est régénérée, elle « devient différente de ce qu’elle était : nouvelle, déiforme, spirituelle… »

Dans ces précisions sur les relations entre la nature et la grâce, Grégoire Palamas n’invente rien de nouveau, il réaffirme la conception chrétienne et biblique. Saint Paul n’exprime pas autre chose lorsqu’il oppose l’homme charnel à l’homme spirituel. Il ne veut pas dire que la chair est mauvaise en elle-même. La chair, d’ailleurs, dans le langage biblique, ne désigne pas seulement ce qui est corporel en nous, mais tout ce que nous sommes en tant qu’êtres créés. Saint Paul n’oppose pas deux parties de l’homme : le corps qui serait voué au péché et l’âme qui seule appartiendrait à Dieu, mais deux orientations, deux mouvements contraires.

L’homme spirituel est celui qui se tourne vers Dieu pour recevoir l’Esprit Saint et agir selon l’Esprit Saint, tandis que dans l’homme charnel, l’humain reste livré à ses seules forces, coupé de sa relation à Dieu.

Tout cela fait bien sûr partie de notre prière quotidienne, par exemple dans de nombreux psaumes : « Ce n’est pas dans mes propres forces, mais dans le Seigneur, que je mets ma confiance et mon espérance. » Mais souvent il y a une dichotomie entre notre prière et le reste de notre vie.

Les conceptions modernes ambiantes (un certain humanisme païen) présentent bien des affinités avec la pensée humaniste réfutée au XIVe siècle par Grégoire Palamas. Et comme elles ne sont pas sans générosité, on peut être tenté de considérer que les valeurs du monde et les valeurs de la religion se rejoignent. Or il y a un discernement à opérer entre les pensées du monde et les exigences de la vie spirituelle. Rendons grâces à Dieu de nous avoir donné des pères comme Grégoire Palamas pour nous rappeler comment rendre au monde ce qui appartient au monde et à Dieu ce qui appartient à Dieu.

Amen.

Notes


Ps. 59, 13.

Mat. 5, 48 ; I Pi. 1, 16 ; Lév. 19, 2.

I Co. 3, 16 ; I Co. 6, 19 ; II Co. 6, 16.

Tr. I, 1, 22. (Tr. est une abréviation de Triades pour la défense des saints hésychastes.)

Tr. I, 1, 19.

Cf. Is. 6, 5.

Tr. I, 3, 52.

Col. 3, 5.

Cf. Tr. II, 2, 22.

Cf. Tr. II, 2, 19.

Rom. 12, 1.

Tr. II, 2, 20.

Ps. 62, 1 & 2).

Éph. 6, 18.

Luc 11, 13.

Cf. I Rois 2, 9, texte des Septante.

Tr. II, 1, 31.

Cf. Tr. I, 1, 9.

Par exemple : I Co. 3…

Condensé de nombreux versets de psaumes.

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