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Homélie

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Dimanche du Paralytique
Dimanche de saint Grégoire Palamas

Second dimanche de carême - Dimanche de saint Grégoire Palamas.
Hébreux I, 10 - II, 3
Évangile selon saint Marc II, 1-12

Homélie prononcée par Père René le 31 mars 2002, à Colombelles

Le Paralytique Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

Les leçons du Carême portent moins sur la part de bien et de mal dans le cœur de l'homme que sur celle de la foi et du péché. Il en est ainsi des deux évangiles que nous entendrons cette année, celui du paralytique aujourd'hui et de l'enfant démoniaque la prochaine fois. On remarquera que l'affrontement dans l'homme entre foi et péché devient de plus en plus violent à mesure que nous nous rapprocherons de la semaine des Saintes Souffrances du Seigneur.

La foi du paralytique et de ses amis a quelque chose de l'innocence enfantine. C'est une foi totale, sans réserve, d'une fraîcheur telle qu'elle ne se met pas en question, qu'elle va de soi : elle ne doute pas et ne s'interroge pas. Ces hommes vont vers Jésus pour qu'Il guérisse leur ami paralysé. Il ne leur vient pas l'idée qu'il puisse en être autrement. Ils n'ont pas besoin d'une foi plus grosse qu'un grain de sénevé, et il ne leur est pas demandé de déplacer des montagnes, simplement d'ouvrir un toit et d'y faire descendre leur compagnon paralysé aux pieds de Jésus. Aller dans la foi vers Jésus, voilà la démarche nécessaire et suffisante qu'ils entreprennent sans hésitation, sans le moindre doute, dans la plus grande simplicité et sans le moindre questionnement.

Pour autant, faut-il croire que ces hommes eussent été moins pécheurs que tout autre ? Certainement pas. La meilleure preuve est que Jésus commence en remettant les péchés du paralytique. Lui et ses compagnons étaient des hommes ordinaires, avec des zones d'ombre et de lumière dans leurs vies. Somme toute, des vies "singulièrement banales" et semblables aux nôtres. Comme quoi il convient de ne pas se décourager de nos fautes, si maculées qu'en soient nos existences. Si nous nous présentons devant le Seigneur dans la foi, dans une foi sûre d'elle-même, nous sommes déjà pardonnés. C'est, disons-le en passant, avec une telle conviction que nous devrions tous aller au-devant du sacrement de confession, confession que le Seigneur attend de chacun de nous pour mieux nous accueillir dans son pardon. Pécheurs, nous ne le sommes que trop ; le Seigneur sait tout cela. C'est pourquoi Il est sorti des Cieux et venu dans le monde, pour sauver tous ceux qui croiront en Lui. La question que Jésus nous pose, comme à cet autre paralytique, celui de Bethesda, est : « Veux-tu être sauvé ? » La réponse n'est pas si simple. Le paralytique de Bethesda l'élude en disant : « Je n'ai pas d'homme pour m'aider » alors que l'Homme véritable, le Fils de l'homme se tient auprès de lui et l'interroge. Ce malade de Bethesda est non seulement paralytique mais aveugle. Ceci évoque une phrase tragique d'Arthur Rimbaud dans Une Saison en enfer : « Enfin, je demanderai pardon pour m'être nourri de mensonges. Mais pas une main amie ; et où puiser le secours ? » C'est l'extrême de la déréliction de l'homme privé de foi. Il n'est pas perdu par ses péchés, il l'est par son manque de foi, son absence de foi.

Une autre erreur tragique est celle des scribes. Ceux-ci ne sont pas impliqués dans la confrontation entre Jésus, le paralysé et les compagnons de celui-ci. Ils sont des enquêteurs, dépêchés par les prêtres et les autorités de Jérusalem pour espionner Jésus. Devant Jésus, leur jugement est fait, car leur cœur est déjà corrompu. Leur mission est de pouvoir imputer à Jésus les actes ou les paroles qui puissent Le faire condamner. Jésus dira d'eux plus tard : « Vous êtes du diable et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir. »

Aujourd'hui ces scribes ne s'opposent pas ouvertement. Ils pensent en secret dans leurs cœurs. Mais Jésus pénètre en esprit leurs mauvaises pensées. Il dénonce leur hypocrisie en les plaçant en contradiction avec eux-mêmes. Et Il prouve la guérison intérieure du paralytique par la remise de ses péchés, en faisant éclater la guérison extérieure qu'Il lui accorde en le délivrant de sa paralysie. La confusion.des scribes s'accroît encore devant l'action de grâce de la foule qui glorifie Dieu et dit « Jamais nous n'avons rien vu de pareil. »

À la suite de quoi, Jésus s'en va appeler le publicain Lévi à le suivre et s'en va manger ouvertement avec des publicains et des prostituées, montrant que les plus grands malades ne sont pas ceux qu'on considère comme tels, mais bien ceux qui se croient justes et sans péchés. Le conflit ainsi déclaré entre Jésus et ses ennemis ne s'achèvera qu'à la Croix, par la victoire apparente des derniers, mais en réalité par la défaite du démon et de la mort, et par la victoire du Ressuscité.

Maintenant il nous faut réfléchir. La lutte entre Jésus et les forces mauvaises se passe dans notre cœur. Dès aujourd’hui il nous faut choisir et il nous faut agir. En ce Carême faisons tout notre effort. Allons dans la détermination et la simplicité de nos cœurs au-devant du Christ notre Dieu. Participons dans la foi à son combat. Ce n'est pas un simple devoir moral. C'est un impératif existentiel : il y va de notre présence à venir dans le Royaume. Sachant tout cela, allons dans la foi au-devant de notre Dieu et notre Sauveur. « Veux-tu guérir » nous dit-Il. Oui, Seigneur, répondons-Lui ! Et confessons comme Simon-Pierre : « Toi seul as les paroles de la vie éternelle ; nous croyons et nous savons que Tu es le Saint de Dieu. » Un Dieu qui pardonne et qui sauve tous les pécheurs que nous sommes et qui s'adressent à Lui dans la confiance et dans la joie.

Amen.

Père René Dorenlot

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Notes
(1) cf. Évangile selon saint Jean V, 2 et suivants.
(2) cf. Évangile selon saint Jean VIII, 44.
(3) Voir l'Évangile selon saint Jean VI, 68-69.

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